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La RCA, six noms pour un Etat failli

L’ancien journaliste au « Monde » Jean-Pierre Tuquoi retrace l’histoire, tragique et absurde, de la République centrafricaine.

 

LE MONDE | 21.11.2017 à 10h54 • Mis à jour le 21.11.2017 à 11h54 |Par Cyril Bensimon

 

Livre. Une nation peut-elle être condamnée à l’échec, victime d’une maladie originelle en apparence incurable ? Le premier mérite de Jean-Pierre Tuquoi, ancien journaliste au Monde, est de rappeler que le mal centrafricain ne relève pas d’une fatalité. Illustration caricaturale d’Etat failli, la République centrafricaine, dont le nom a changé à six reprises, évoque un point géographique et non une histoire. Peut-être parce que cette dernière est trop tragique, trop absurde.

Terre bénie des prédateurs, en premier lieu des sultans esclavagistes venus du nord, l’Oubangui-Chari fut une création de la France, lancée à la fin du XIXe siècle à la conquête du « dernier blanc » sur la carte de l’Afrique. La puissance coloniale s’y comporta très vite de la manière la plus brutale – ses missions pour rallier les rives de l’Oubangui à celles du lac Tchad firent une hécatombe parmi les populations –, avant de céder la gestion de cette « Cendrillon » de l’Empire, trop peu rentable, à des sociétés concessionnaires, dont la plus importante se vit attribuer un territoire deux fois plus grand que l’Irlande.

Le discours prononcé en 1885 par Georges Clemenceau fut à cet égard visionnaire, qui déniait « le droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures ». « Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie », déclarait-il.

L’ombre de l’ex-colon

Pendant les cent trente ans qui suivirent, Paris n’a cessé de déterminer, volontairement ou à son corps défendant, le présent de la Centrafrique, sans être en mesure de lui assurer un avenir. L’auteur le rappelle à travers les portraits de Barthélemy Boganda, « le prophète foudroyé », premier prêtre noir du pays, qui, après s’être émancipé de l’Eglise, devint le premier pourfendeur de la colonisation, avant que son avion ne s’écrase un an avant l’indépendance.

Ou bien encore celui de « l’empereur » Jean-Bedel Bokassa, qui, dans la nuit du 31 décembre 1965, conduisit à la pointe de son revolver le président David Dacko devant les membres du Rotary Club de Bangui pour l’introduire en ces termes : « Voilà Dacko, qui a vendu le Centrafrique à Israël, à la Chine et à l’URSS. J’ai fait un coup d’Etat, je l’arrête. J’arrache le Centrafrique à ces pays et je le rends à la France. » Paris couvrira sa prise de pouvoir, financera son sacre ubuesque, avant de le déposer, lorsque l’admirateur du général de Gaulle et le « cher parent » de VGE devint trop encombrant.

Jean-Pierre Tuquoi interroge : l’ex-colon fait-il partie de la solution ou du problème ? Près de quatre ans après le déclenchement de la dernière opération militaire française – lancée au nom du « devoir d’ingérence humanitaire », un concept créé, ironie du sort, pour justifier le renversement de Bokassa –, la réponse est forcément complexe pour un pays désormais sous tutelle sécuritaire de l’ONU, sous tutelle financière des bailleurs de fonds et sous tutelle sociale des ONG.

 

« Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas », de Jean-Pierre Tuquoi, La Découverte, 272 pages, 21 euros.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/11/21/la-rca-six-noms-pour-un-etat-failli_5218038_3232.html#4xJzdMHvVFxt9eMA.99

1 commentaire

N
DANS CET ARTICLE, IL YA DES PASSAGES TRES IRONIQUES QUI FONT ENERVER, SOURIRE EN M

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