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CENTRAFRIQUE : LA FIN DE L

 À l’instar des entreprises commerciales, la fin de l’année est le moment idéal, propice pour faire l’inventaire et de façon pragmatique le bilan de l’exercice au cours de l’année civile. Le bilan annuel est ainsi un processus comptable décrivant et évaluant de façon exhaustive les actions et programmes déjà bouclés et en cours. L’intérêt du bilan annuel est d’évaluer les réalisations, de tirer les conclusions afin de définir de nouvelles orientations. Dans la sphère politique, le bilan des activités annuelles qui complète les différents bilans à mi-parcours correspond généralement à un tableau synoptique où les grands thèmes politiques sont représentés par des voyants.

 Les voyants rouges attirent l’attention et exigent le renforcement des capacités, les voyants jaunes réclament des ajustements tandis que les voyants verts représentent des objectifs atteints. Il est ainsi important de rappeler que les nouvelles autorités ont notoirement hérité d’un pays agonisant. Les défis à relever par le gouvernement sont énormes et surtout dans un contexte sécuritaire difficile. On peut citer entre autres le redressement d’une économie sous perfusion, le retour de la paix et sécurité malgré la présence lourdement armée des douze mille casques bleus de l’ONU, la restauration de l’autorité de l’Etat, la réconciliation nationale et le vivre ensemble, le sort des réfugiés et déplacés...

 La réussite des politiques publiques ne peut être certaine qu’à la condition sine qua non que cet exercice soit mené par des experts objectifs, neutres et exempts de toutes masturbations politiques. En d’autres termes, la malhonnêteté politique et l’autosatisfaction conduisent systématiquement à un résultat biaisé et inévitablement contesté. Préoccupé par les festivités de Noël et du nouvel an, le citoyen lambda, un habitué de questions sensibles ne cesse de s’agiter, de s’interroger sur les politiques publiques du gouvernement : Le programme des nouvelles autorités respecte-t-il le cahier de charges et le chronogramme ? Les objectifs définis par le projet de société sont-ils atteints ?

 Quels sont les améliorations, les avancées et les reculs ? Le bilan à l’approche du mi-mandat est-il satisfaisant ? La paix et la sécurité qui demeurent les priorités de la population connaissent-elles un début de changement ? Quelles sont les réformes politiques, économiques, structurelles et institutionnelles engagées ou en cours de réalisation ? Qu’en est-il de la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national ? La restauration de l’autorité de l’Etat se limite-t-elle seulement à l’installation des préfets ? Que reste-t-il de la célèbre anaphore de « rupture » proclamée en grande pompe lors de la prestation de serment ? Les promesses de campagne électorale connaissent-elles déjà un début du commencement ? Qu’en est-il de l’indépendance de la justice ?

 Du respect du sacré principe de séparation de pouvoir ? Qu’en est-il du respect des droits de l’homme consacrés par le préambule de la constitution du 30 mars 2016 ? Qu’en est-il de la lutte contre la corruption et surtout de l’impunité ? Le pouvoir de Bangui croit-il encore au programme DDRR ? Les nouvelles autorités continueront-elles de gérer le pays sans s’appuyer sur un parti politique ? Sinon, à quand le nouveau parti politique du Président de la République ? Nous vous rappelons au passage que le Président de la République est et demeure toujours le deuxième vice-président du KNK dès lors qu’il n’a pas encore officiellement démissionné. Nous faisons l’économie des autres grands thèmes de politiques publiques y compris le chômage, l’éducation, la santé sur l’ensemble du territoire national car ils sont tributaires de la paix et de la sécurité.

 Fort de ce qui précède et nonobstant les efforts consentis par les nouvelles autorités, nous pouvons affirmer avec réserve que le bilan annuel de l’exercice n’est ni contrasté, ni mitigé mais inférieur ou égal à la dérivée d’une fonction constante. Ce cuisant échec se fonde sur le volet sécuritaire car la situation s’est empirée comparativement à l’époque de la transition. Ce sévère constat n’occulte pas certaines avancées enregistrées mais lorsque ces avancées ne répondent pas aux aspirations primaires du peuple que sont la sécurité, la reconquête des territoires occupés etc...elles ne peuvent être visibles.

 Pour finir et en guise de contributions, de résolutions, nous proposons au détenteur du pouvoir de Bangui de tendre la main à l’opposition démocratique et la société civile en troquant son premier ministre contre une personnalité consensuelle qui mettra en place un gouvernement resserré, restreint avec des cahiers de charges conçus dans l’intérêt général. Mais attention, ne le dites a personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.                                                                                            

 

Paris le 29 décembre 2017

Bernard SELEMBY DOUDOU

Juriste, Administrateur des Elections.   

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