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 TUERIES EN CENTRAFRIQUE  par David KOULAYOM-MASSEYO

                                            

   Tuer un abbé en Centrafrique a toujours été le prélude à des évènements graves, lourds de conséquences à moyen et long termes . Ainsi la disparition prématurée de l’abbé  Barthélémy Boganda le 29 mars 1959, dans des circonstances jamais élucidées, a littéralement décapité l’Oubangui-Chari à la veille de son indépendance . Aujourd’hui, c’est l’abbé Toungoumalé-Baba qui est assassiné avec ses paroissiens dans l’église de Fatima, rejoignant ainsi l’abbé Nzalé dans un scénario macabre monté par les Séléka pour faire accroire à une guerre confessionnelle en Centrafrique . Ce plan satanique doit être vigoureusement dénoncé car tous les Centrafricains savent pourquoi et comment des égorgeurs apatrides sont arrivés dans leur pays .

 

  1 . Une situation ahurissante

 

  Seuls les naïfs n’ont pas pris la mesure du travail en synergie des ennemis de la RCA dans la guerre imposée et livrée quotidiennement aux populations centrafricaines depuis bientôt cinq ans ! Le Président élu Touadera continue de réciter son mantra ahurissant : « je refuse de faire la guerre » à la tête d’un pays dont il ne contrôle qu’à peine 20% du territoire . Cela revient à castrer le peuple centrafricain et surtout les FACA . Ensuite il se tait dans les cas de meurtres en province ou décrète des journées de deuil et envoie ses ministres rendre visite aux blessés dans les hôpitaux de Bangui . La guerre, « si on la diffère, c’est à l’avantage de l’ennemi » conseillait déjà Machiavel à son prince . Choisir son champ de bataille peut se révéler plus profitable pour le pays que l’attentisme mortel actuel du gouvernement . Après tout, la guerre ne se fait pas uniquement avec des chars, des grenades et des mitrailleuses . Gouverner, c’est prévoir !

   Malgré l’embargo insensé de l’ONU, des accords bilatéraux avec des pays comme le Cameroun, le Rwanda, l’Angola etc auraient permis de desserrer l’étau au lieu d’attendre le bon vouloir de l’ONU qui servait de faux nez à la France dans cette histoire . Cette France qui s’est coalisée avec l’Amérique, la Russie…pour juguler l’état islamique, doit dire aux Centrafricains comment ils peuvent nommer les Sélékistes sanguinaires qui sévissent dans leur pays . Cette question cruciale appelle une réponse sans ambiguïté depuis que deux Français sont censés être derrière les attentats de Fatima . Ah, la France et ses Mirages 2000 survolant à basse altitude Kaga-Bandoro pour amuser la galerie alors qu’elle laisse assassiner de paisibles populations centrafricaines à Alindao, Bambari, Bangassou, Batangafo, Bria… !

 

 

   2 . Une campagne de presse sans précédent

 

  A lire la presse française ces derniers temps, la RCA est devenue le champ clos de la guerre froide depuis que les Russes y ont débarqué ! Cette campagne de presse rappelle furieusement la rumeur à la veille de la Saint Sylvestre 1966 qui prétendait que le Président David Dacko avait vendu la RCA aux Chinois, justifiant a priori le coup d’état de Bokassa .

   Rappelons d’abord que la coopération entre la Russie et la RCA n’est pas nouvelle . Des générations de Centrafricains qui ont des professeurs soviétiques peuvent en témoigner .

Ensuite, la nature ayant horreur du vide, la Russie de Poutine est arrivée sur une terre laissée en friche depuis sa colonisation par la France : ni voie ferrée, ni routes, ni université, ni hôpitaux…mais un pillage en règle des richesses nationales . Cette prédation sauvage et éhontée a laissé une mine d’uranium à ciel ouvert jouxtant aujourd’hui des champs de cultures vivrières à Bakouma avec une école et un poste de santé inachevés par Areva qui brasse des milliards grâce aux mines africaines . Deux sites à Bangui : le hangar de l’ambassade de France et le building de celle de l’ex-Urss valent le détour .

Enfin la RCA est en guerre quoi qu’en pensent la presse française et le quai d’Orsay . Dans cette perspective, l’ouverture vers la Russie qui effraie tant, doit être jugée à l’aune de l’enjeu centrafricain : il s’agit de sauver un peuple en danger de mort . Qu’y a-t-il de mal à cela ? N’est-ce pas le rôle légitime du gouvernement centrafricain de protéger son peuple ?

 

  1. Un gouvernement inaudible

 

  Seulement voilà : le gouvernement centrafricain se mure dans un silence assourdissant dans un pays qui aurait besoin d’exemplarité, de pédagogie, d’encouragements multiformes pour réussir sa lente résilience . De plus, la RCA est le seul pays où un ministre peut laisser un sextape sur les réseaux sociaux sans être puni . C’est encore en RCA qu’un Premier Ministre et son ministre de la Défense plus celui de l’intérieur peuvent aller s’afficher tranquillement avec l’ennemi public numéro un de Bangui . Les photos sur les réseaux sociaux sont rhédibitoires ! A la vue de ces photos, une question me taraude : que se sont-ils dit avec ce brigand, le seul en Centrafrique à parler du « koulomètre 5 » ? Quels engagements ont-ils pris vis-à-vis de ce malfrat qui a du sang centrafricain sur les mains ? Si la paix n’a pas de prix, le gouvernement ne doit pas s’abaisser à faire n’importe quoi non plus . La preuve, le pays n’a pas retrouvé la paix en dépit de leurs courbettes insupportables et reste soumis aux caprices des Séléka qui exécutent leur propre calendrier .

   Ce gouvernement lessivé, essoré et au bout du rouleau doit être remplacé par un autre plus restreint et responsable pour amorcer une autre politique et explorer d’autres voies de sortie de crise en Centrafrique . Pourquoi garder un ministère qui ne sert à rien ?

 

   Les tueries en Centrafrique concernent tous les citoyens et pas uniquement un gouvernement autiste, peu réactif qui donne l’impression de surfer sur l’insécurité ambiante pour aller jusqu’aux élections . Ce calcul est faux et éminemment dangereux . Il implique que des Centrafricains vont encore mourir d’ici là . C’est pour cela que le Président élu doit faire confiance au peuple centrafricain, retrouver tous les officiers centrafricains formés dans les académies militaires du monde entier, faire appel à toutes les bonnes volontés, où qu’elles se trouvent pour sauver la RCA que nous avons reçue en héritage de nos ancêtres .

   Quant à la guerre froide transposée sur les bords de l’Oubangui, cela me laisse froid et indifférent . Si les Russes permettent un jour de sauver la RCA, je leur dirais BRAVO .

Que Dieu bénisse la RCA .

 

 

                         Le 5 juin 2018

 

 

                         David KOULAYOM-MASSEYO 

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