Notre mission, toujours vous informer
Accueil » Point de vue » La faiblesse de l'Etat centrafricain suscite les convoitises
La faiblesse de l'Etat centrafricain suscite les convoitises

https://www.voaafrique.com   07 août 2018  Nicolas Pinault

 

La présence de plus en plus visible des Russes en Centrafrique pose la question de l’intérêt des puissances étrangères dans ce pays en crise. Thierry Vircoulon est chercheur associé à l'IFRI. Il a séjourné récemment sur place et nous livre son analyse.

 

Que faut-il penser de la mort des trois journalistes russes qui enquêtaient sur une société de sécurité en Centrafrique ?

Thierry Vircoulon : "Le fait qu’ils soient retrouvés morts alors qu’ils enquêtaient sur cette société Wagner est surprenant. L’explication du gouvernement est tout aussi floue sur le fait qu’ils auraient été tués par des hommes enturbannés."

Cela repose la question de la présence russe en Centrafrique ces derniers mois.

Thierry Vircoulon : "Tout à fait. On les voit partout. Dans le centre-ville de Bangui et même dans la partie rebelle du pays contrôlée par l’ex-Seleka où ils sont installés à deux endroits. Officiellement, il y a un accord de défense avec le gouvernement russe pour former l’armée centrafricaine et assurer la sécurité rapprochée du président Touadéra."

Que font les Russes en zone rebelle ?

Thierry Vircoulon : "Je crois qu’ils sont installés dans des zones riches en or et en diamants avec de nombreuses mines artisanales. Ils souhaitent probablement s’impliquer dans ce business qui se trouve en zone rebelle. C’est pour cela que le gouvernement russe a tenté de monter une médiation à Khartoum début juillet entre le gouvernement centrafricain et les seigneurs de guerre de l’ex-Seleka. Cette tentative a échoué mais elle visait à obtenir un accord de paix dans une zone où les Russes pourraient faire du business."

Quelles zones sont aujourd'hui contrôlées par l'Etat centrafricain ?

Thierry Vircoulon : "J’aurais tendance à dire que rien n’est contrôlé par le gouvernement central, sauf les zones où il y a une présence de la Minusca, notamment à Bangui. Certaines provinces de l’ouest du pays sont aussi calmes et il n’y a plus d’affrontements sur place."

L’élection non contestée de Faustin-Archange Touadera à la tête du pays n’a pas permis de rétablir la paix et la stabilité partout en Centrafrique. Pourquoi ?

Thierry Vircoulon : "Une élection ne permet jamais de rétablir tout cela comme on l’a vu en Somalie, au Mali, en RDC, etc. Il y a une illusion électorale de penser qu’un scrutin est un mode de règlement des conflits. "

Diriez-vous aujourd’hui que la Centrafrique est un Etat en faillite ?

Thierry Vircoulon : "L’administration a complètement disparu en Centrafrique, qui est un territoire à prendre. L’arrivée des Russes illustre cela mais les risques sont grands. La Centrafrique c’est aussi un environnement difficile, le gouvernement étant virtuel et les Nations Unies ne contrôlant pas grand-chose."

Peut-on dire que ce sont les groupes armées qui contrôlent le pays ?

Thierry Vircoulon : "Bien sûr. Quand on se promène dans les zones tenues par les groupes armés, on voit bien qu’ils s’enrichissent. Par exemple, dans l’est du pays, ils perçoivent des taxes sur les commerçants et jouent aux douaniers."

Les Forces armées centrafricaines (FACA) ont-elles les moyens de sécuriser le pays ?

Thierry Vircoulon : "On parle sur le papier de 7.000 hommes pour les FACA. Ils sont déployés dans quelques grandes villes du pays mais n’ont qu’une très faible capacité opérationnelle. Là encore, on bâtit une armée sur des sables mouvants puisqu'elle n'a pas de budget."

Qu’en est-il de l’influence tchadienne en Centrafrique ?

Thierry Vircoulon : "Les relations entre les deux gouvernements restent mauvaises. Un certain nombre de groupes armés, qui opèrent dans la partie nord du pays, ont une relation coupable avec N’Djamena. Une partie de leur business se retrouve au Tchad."

Devant un tableau si sombre la situation en Centrafrique, y a-t-il des pistes de sortie de crise ?

Thierry Vircoulon : "Il y a une médiation de l’Union africaine qui ne donnera rien. Il y a aussi, depuis l’année dernière, des accords locaux qui sont des trêves conclues entre des communautés trop épuisées pour continuer à se battre. Cela semble être le plus efficace, pour l’heure, pour instaurer un semblant de paix localement."

 

0 commentaire

Soyez la première personne à vous exprimer !

Mon commentaire

Dans la même catégorie
Dans une conclusion d'un article récent, je demandais au Président élu des Français de ne plus remettre les pieds en Afrique puisqu'il n'était pa » ...la suite
Dix ans après le lancement de Serval au Mali, l’ancien président de la République française (2012-2017) affirme, dans une interview à RFI et Fr » ...la suite
Le sociologue centenaire évoque les conflits traversés et plaide pour une résolution négociée du conflit en Ukraine. Le jour est gris, il pleu » ...la suite
Emmanuel Macron a accusé la Russie d'alimenter une propagande anti-française en Afrique pour servir un "projet de prédation" sur des pays africains » ...la suite
En Centrafrique, après sa lettre au président Faustin-Archange Touadéra, Danièle Darlan sort maintenant de son silence médiatique. L'ex-présiden » ...la suite
Dans le discours controversé qu'il a prononcé du haut de la tribune des Nations unies le 24 septembre dernier, le Premier ministre malien par intér » ...la suite
ENTRETIEN. L’économiste et ancien ministre togolais publie un livre plaidoyer dans lequel il propose un nouveau modèle économique basé sur le n » ...la suite
Je reviens de Bangui et ce que j'y ai vu m'a laissé complètement pantois : absence de rues praticables, chaussées abandonnées aux motos-taxis qui » ...la suite
En Centrafrique, c’est la parole d’un homme de paix : le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, s’inquiète de la montée des d » ...la suite
Cette Chronique n’a pas pour objet de dire à l’Afrique qu’elle doit choisir son camp dans la guerre invisible que se livrent l’Occident et la » ...la suite