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MESSE D'OUVERTURE DE L’ANNÉE PASTORALE 2018-2019  HOMELIE du Cardinal NZAPALAINGA

26ème DIMANCHE T.O. B.

MESSE D'OUVERTURE DE L’ANNÉE PASTORALE 2018-2019

 

(Nb 11, 25-29; Ps 18; Jc 5, 1-6; Mc 9, 38-43.45.47-48)

 

HOMELIE

 

« Puisse tout le peuple du Seigneur devenir un peuple de prophètes »         (Nb 11,29)

 

Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat,

Très Honorable Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Honorable Monsieur le Vice-président de l’Assemblée Nationale,

Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Représentants des Organisations Internationales,

Honorables députés,

Messieurs les représentants des églises sœurs,

Monsieur le Président de la Communauté Islamique de Centrafrique,

Distingués invités en vos rangs et grades respectifs,

Chers frères dans le sacerdoce,

Chers religieux et religieuses,

Chers frères et sœurs, et vous hommes et femmes de bonne volonté!

«Chrétiens de l’Archidiocèse de Bangui, au nom du Christ dialoguons avec nos frères»

 

 

L’année passée, du 25 septembre au 1er octobre, nous nous sommes réunis à la paroisse Notre Dame de Fatima pour la rentrée pastorale autour du thème « La famille comme lieu d’éducation » inspiré par 1 Tm 5,8 qui dit : « Si quelqu’un ne prend pas soin de sa famille, surtout de ceux qui vivent avec lui, il a renié sa foi : il est pire qu’un infidèle ». Le slogan retenu était : « Chrétien de l’Archidiocèse de Bangui –  Debout ! Sois responsable de ta famille ». Sept mois plus tard, il y a eu le drame du 1er mai survenu à Fatima. L’attaque d’une Eglise en pleine célébration eucharistique manifeste les déchirures et la haine au sein de notre grande famille, la nation centrafricaine. Le projet de Dieu pour notre pays ce n’est pas la guerre, mais la paix.

 

Nous venons de passer quatre jours ici à la Cathédrale, pour chercher ensemble le chemin de la paix à travers le thème que nous avons choisi pour la nouvelle année pastorale : «Œcuménisme et Dialogue interreligieux dans un pays de conflits : le cas de la République Centrafricaine ». Notre nouveau slogan est, « Chrétiens de l'archidiocèse de Bangui, au nom du Christ – Dialoguons avec nos frères ». Les recommandations et le questionnaire qui nous seront communiqués, nous donneront les nouvelles orientations pastorales. Aussi, les textes bibliques que nous venons d’écouter cadrent provientielllement avec le thème de l’œcuménisme et le dialogue interreligieux.

 

Chers frères et sœurs, la Parole de Dieu de ce 26ème dimanche du temps ordinaire nous exhorte à entrer dans la dynamique de la liberté et de la générosité de Dieu, apprécier le bien qui se déploie dans l’humanité, accueillir les autres, éviter le scandale, nous mettre au service des plus démunis.

 

La première lecture est un extrait du chapitre onze du livre des Nombres (Nb 11,25-29). Dans ce chapitre, les lamentations du peuple à cause du problème de nourriture (source de sécurité économique et politique), poussent Moïse à se plaindre à Dieu tout en reconnaissant qu’il ne peut plus guider le peuple tout seul. Dieu répond à Moïse et lui demande de choisir Soixante-dix (70) anciens qui vont recevoir une portion de son esprit afin de gouverner le peuple avec lui. Soixante-dix est un nombre symbolique qui exprime la totalité, c’est-à-dire, ce que les soixante-dix reçoivent est pour le bien de tout le peuple. Moïse obéit et choisit les soixante-dix anciens tels que Dieu lui a demandé. Il les convoque à la Tente de la rencontre, un lieu de la présence divine. Dieu descend alors dans la nuée, prend une portion de l’esprit de Moïse et le communique aux anciens. Dès que les anciens reçoivent l’esprit de Moïse qui est l’Esprit de Dieu, ils prophétisent momentanément. En prophétisant, les anciens ne communiquent pas le message de Dieu en forme de parole comme le font les prophètes classiques, mais ils démontrent par leur propre comportement que la force de Dieu est présente et active dans le monde. Les anciens sont prophètes dans le sens de leaders charismatiques choisis par Dieu pour guider son peuple, et dans le sens de témoins de Dieu qui aident le peuple à comprendre que Dieu est avec lui. Le charisme de Moïse est ainsi multiplié. Y a-t-il encore des leaders charistimatiques dans notre pays ? c’est-à-dire des hommes et des femmes qui portent des visions liberatrices pour le peuple centrafricain?

Dans cette même première lecture, parmi ceux qui ont reçu l’esprit de Moïse, il y a Eldad et Médad qui ne se sont pas déplacés pour aller à la Tente de la rencontre. Josué qui représente la tendance  au fanatisme, à l’intolérance et au cléricalisme, se sent menacé et s’inquiète à cause de la présence de l’Esprit de Dieu hors de l’espace sacré. Il veut contrôler l’Esprit et ordonne à Moïse de faire taire Eldad et Medad : « Moïse Monseigneur, empêche-les » (Nb 11,28). Moïse répond comme celui sur qui repose l’Esprit de Dieu : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! puisse tout le peuple du Seigneur être prophète, le Seigneur leur donnant son Esprit ! "». Moïse refuse le désir de Josué de contrôler la transmission de l’Esprit aux 70 anciens. Il souhaite que tous les membres du peuple reçoivent l’Esprit de Dieu et soient des prophètes, anciens ou non, dans le camp ou en dehors. Dieu donne avec générosité et à qui il veut. Apprenons donc à discerner, à reconnaître et à apprécier les charismes des autres. Mettons-nous aussi à l’écoute de la voix de Dieu qui résonne en dehors du cercle religieux officiel, à travers nos parents, nos éducateurs, nos collègues, nos frères et sœurs séparés, les adeptes des autres religions…

L’Evangile en Mc 9,33-43c.45-47 s’inscrit dans le cadre des instructions de Jésus à ses disciples. Il donne un enseignement essentiel sur l’œcuménisme. Dès le début, l’apôtre Jean, soucieux des prérogatives de son Maître et du privilège apostolique concernant l’exorcisme dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il nest pas de ceux qui nous suivent ».  C’est une question importante parce que Jésus, qui expulsait lui-même les démons, considère l’exorcisme comme un geste typique de la venue du règne de Dieu. Quand les scribes l’ont accusé d’expulser les démons par la force de Béelzéboul, le prince des démons, il leur a dit : « … Si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous » (Lc 11,20).

Dans l’évangile de ce dimanche, l’apôtre Jean pense que pour utiliser le « nom de Jésus », il faut être dans l’unique groupe des disciples. Mais dans sa réponse, Jésus dénonce l’esprit sectaire : « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». Par cette réponse, Jésus refuse d’être monopolisé par une classe privilégiée. Il autorise ceux qui ne sont pas très proches de lui à utiliser son nom pour combattre le mal et répandre le bien qui vient de Dieu. Apprenons donc à reconnaitre et accueillir le bien qui vient de Dieu même si les auteurs ne sont pas dans notre Eglise, notre fraternité, notre communauté religieuse…

Que faisons-nous aujourd’hui au nom de Jésus ? À Antioche, les disciples du Christ étaient désignés comme « ceux qui invoquent son Nom » (Ac 9,21). Selon Ac 2,44 ; 4,32-35 vivre « au nom du Christ » c’est avant tout s’aimer les uns les  autres et partager les biens selon les besoins de chacun.

Chers frères et sœurs, dans l’évangile, en employant un langage hyperbolique, Jésus parle de trois membres de notre corps que nous avons en pair : la main, le pied et l’œil. Généralement, la main déploie la force, le pouvoir, la puissance. Le pied exprime la manière d’agir, de se comporter ou de se conduire. L’œil souligne le regard, l’évaluation de la réalité, l’aspiration, le désir. Jésus nous invite à tailler ou arracher les membres de notre corps qui nous entraînent au péché. « Tailler » ou « arracher » signifie supprimer une dimension, aspect de soi, une idée, un désir, un comportement ambigüe qui entrave le dialogue et la paix. Nous avons durant les assises parlé de l’oecuménisme comme la maison commune. Par extension la République centrafricaine est notre maison commune. Hors, certains frères pour des raisons politiques, économiques, ethniques et égoistes y ont fait entrer des mercenaires qui ont remis en cause le vivre ensemble en compliquant le dialogue. Aujourd’hui encore, les groupes armés et ceux qui les soutiennent ont la mainmise sur les biens de notre pays. L’enrichissement excessif et rapide de certains au détriment des autres nous inquiète.

Saint Jacques, dans la deuxième lecture, condamne les riches propriétaires fonciers qui exploitent leurs ouvriers et vivent dans le plaisir et le luxe alors que les autres souffrent dans le dénuement. Au nom de Jésus, apprenons à promouvoir la justice et à être solidaires des plus démunis quelque soit leur appartenance religieuse.

Depuis un certain temps, l’esprit de Caïn qui a tué son frère Abel en Gn 4,1-16 s’est multiplié dans notre pays et a engendré la haine, la désolation, la vengeance, la misère, la division… Certains souhaitent même que cet esprit maléfique se répande partout. Mais l’esprit de Caïn n’a pas pu vaincre l’esprit de Moïse qui est l’Esprit de Dieu.

 

Chers frères et soeurs, tout à l’heure, le charisme diaconal et le charisme sacerdotal qui viennent de l’Esprit de Dieu, vont se multiplier à travers l’ordination d’un diacre, Marcel Jasmin KPONDAYEN et de cinq prêtres, Dieu-béni BANDA BELADE WENDE; Guénolé  FIZOUA-ABDI; Donald NDOUA NOAZI; Jerry Junior YOUANE BEKAKA de l’Archidiocèse de Bangui et  Olivier Leonardo KOZZO de la congrégation des fils de l’Immaculée Conception (appelés Conceptionistes). Mes chers enfants, Dieu lui-même va faire de vous des leaders religieux. Sachez que Moïse n’a pas monopolisé le prestige et le pouvoir pour lui seul. Le charisme que vous allez recevoir n’est pas un bien individuel destiné à élever le niveau de votre prestige personnel. Ce charisme est plutôt le don de Dieu pour l’édification de son peuple dans le monde. Comme vous le savez déjà, vous, les trois prêtres de l’archidiocèse de Bangui, vous êtes nommés dans les diocèses où vous avez fait votre stage diaconal : Abbé Guénolé  FIZOUA-ABDI dans le diocèse de Mbaiki; Abbé Donald NDOUA NOAZI dans le diocèse d'Alindao et  Abbé Jerry Junior YOUANE BEKAKA  dans le diocèse de Bossangoa, tandis que l’Abbé Dieu-béni BANDA BELADE WENDE est envoyé comme économe au Moyen Séminaire Saint Paul de Bangui.

 

Chers frères et sœurs, l'Archidiocèse de Bangui, après presque 125 ans d'évangélisation, envoie ses prêtres en mission. C’est le signe de la vitalité de notre Eglise particulière et de la solidarité entre les Eglises. Allez, mes chers enfants semer la Bonne Nouvelle du salut et allumer la flamme de l’amour dans les cœurs de ceux et celles que vous rencontrerez. Nous serons à vos côtés pour vous accompagner et vous soutenir.   

 

Que le Seigneur arrache en nous l’intolérance, la discrimination, la méfiance, la misère, la colère, la haine, le désir de vengeance. Qu’il sème dans nos cœurs la confiance, la tolérance, la bonté. Que la Vierge, Mère de l’Oubangui, reine de la paix, nous apprenne à dialoguer avec nos frères et sœurs dans l’amour et la vérité.

 

Donnée à la Cathédrale Notre Dame IC, Bangui, 30-09-2018

Dieudonné Cardinal NZAPALAINGA

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