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 LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE COMME ELLE VA  par David KOULAYOM-MASSEYO

                                                            

    Comme a son habitude, l’histoire de la RCA a connu une foudroyante accélération qui laisse sceptique plus d’un observateurs . L’Assemblée nationale s’est débarrassée de son sulfureux Président pour le remplacer par un autre au prénom chrétien mais islamisé . A l’occasion de cette destitution, un député a tiré dans l’hémicycle sans qu’on sache exactement s’il voulait faire un coup d’Etat, massacrer ses collègues ou seulement les effrayer pour amuser la galerie . Cet épisode rocambolesque révèle au grand jour les tares et les faiblesses de la RCA telle qu’elle va .

  I . Au niveau du législatif

    Le Président de l’Assemblée nationale a acheté sa majorité parlementaire avec « un plat de lentilles » il y a deux ans avec force promesses, monts et merveilles . Les vendus viennent de lui vomir ce plat à la figure et d’une drôle de façon . Décidément, bien mal acquis ne profite pas ! Les « honorables » qui se sont déshonorés ont manifestement préféré sacrifier leur Président que de courir le risque de retourner devant leurs électeurs ! Passons car il y a plus grave dans cet épiphénomène qui eut déjà un précédent en Centrafrique . Après tout, ce mode de gestion de la chose publique n’est pas inscrit dans la loi fondamentale centrafricaine comme au Liban !

    La chose la plus inquiétante est d’apprendre que certains parlementaires se trimballent tranquillement dans les travées de la représentation nationale armés jusqu’aux dents . Qui, de la Minusca, de la police ou de la gendarmerie centrafricaine est chargé de protéger ce lieu sensible de la jeune démocratie ? Pourquoi ce travail a-t-il été négligé en ce jour crucial ? On attend impatiemment des explications et un portique détecteur de métaux !                                                                

     La destitution du PAN a provoqué une onde de choc chez ses électeurs du KM5 et SURTOUT parmi les fameux « généraux » d’opérette de la Séléka . Le PAN serait-il le chef putatif des Séléka ? Ecoutera-il les imams de Bangui et celui de la grande mosquée de l’Arabie Saoudite ?

    Rappelons que primitivement, le rôle du législatif est de faire des lois et de contrôler le gouvernement et non servir de sinécure ou de simple tremplin pour assoiffés du pouvoir et recalés du suffrage universel .

  1. Au niveau de l’exécutif

   Tout le monde parle de la RCA comme d’un pays qui a la chance d’être dirigé par deux professeurs d’université surdiplômés . Ma philosophie politique me pousse à préférer un paysan centrafricain qui aime son pays à un professeur d’université qui louvoie .

   Le Premier Ministre de la RCA est un géographe de formation . Quelle que soit sa spécialisation, comment peut-il ignorer le titre révolutionnaire de Lacoste : « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre » ? Ce remarquable titre date de 1976 et pose clairement le géographe comme un géopoliticien capable de comprendre et de gérer une situation de crise dans un espace-temps donné . Cela fait plus de deux ans qu’il est Premier Ministre sans compter les cinq autres années où il a servi de directeur de cabinet à l’actuel Président quand ce dernier était à la primature . Alors pourquoi aucun chef de la horde sauvage venue de l’extérieur semer la discorde dans le pays n’est arrêté ? Pourquoi se laisse-t-il narguer par des apatrides sans foi ni loi, des va-nus-pieds devenus aujourd’hui des millionnaires et des milliardaires ? Des gens qui veulent détruire la RCA parce qu’ils n’ont rien à perdre .

    Une fine stratégie aurait dirigé la Minusca non pas à faire la guerre en lieu et place des Centrafricains mais à s’interposer véritablement pour empêcher les tueries quotidiennes . Et si la Minusca ne veut pas jouer ce rôle, il reste toujours la possibilité de partir en signant son forfait de non-assistance à peuple en danger .

    La Minusca pourrait nous aider à construire des écoles, des ponts, des édifices publics en remplacement de ceux détruits par la Séléka , y compris des prisons hermétiques sans quoi  la Cour Pénale Spéciale mise en place à Bangui apparaîtra pour ce qu’elle est : une coquille vide . Les assassins de la RCA n’ont pas peur parce qu’ils savent qu’il n’y a aucune structure pénitentiaire capable de les contenir dans le pays .

    Les ONG doivent se soumettre à un rigoureux cahier des charges correspondant aux besoins actuels et futurs de la RCA qui ne doit pas être un moulin . Les mécontents seront priés de remballer leurs « biloko » …etc . Les règles doivent être centrafricaines !

    Quant au Président de la République, je ne sais pas s’il continue ses cours de mathématiques à la faculté des sciences mais il ferait mieux de faire donner des cours de maths partout sur le territoire, de détruire les immenses panneaux publicitaires qui polluent les grandes villes pour les remplacer par des figures géométriques de manière à instruire son peuple .  Donner des cours à quatre ou cinq étudiants seulement laisse penser qu’il a du temps à distraire ou qu’il est irremplaçable en RCA . De plus, sa présence à la faculté doit générer d’inextricables problèmes de sécurité .

    Si la géographie doit servir d’abord à faire la guerre, les mathématiques sont là pour étudier les proportions, les volumes, les périmètres…La RCA a deux spécialistes dans chacune des deux sciences . Alors pourquoi depuis bientôt cinq ans que les djihadistes stipendiés de l’extérieur ne sont-ils pas encore arraisonnés et jetés en prison ? Plus prosaïquement pourquoi les monuments censés embellir Bangui sont-ils lourdauds, obèses ( soldats) et cette colombe symbole de la paix qui fait penser plutôt au dodo ! Etonnez-vous après cela que le pays ne décolle pas ! Gouverner c’est penser à tout . La RCA va mal …

                                                   David KOULAYOM-MASSEYO  . Le 2 Novembre 2018 .

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