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Objet de toutes les convoitises : la Centrafrique, un pays dévoré par la guerre

Lu pour vous

 

https://www.famillechretienne.fr  | 04/01/2019 | Numéro 2138 | Par Théo Debavelaere

 

L’instabilité chronique à la tête de l’État condamne la population à subir le cycle des vengeances sans fin entre une myriade de groupes armés, qui se déchirent pour le contrôle des richesses minières du pays.

 

République centrafricaine

 

  • 623 000 km².
    • 5,7 millions d’habitants.
    • 2e pays le plus pauvre du monde.
    • Espérance de vie : 52 ans.
    • 1,4 million de déplacés depuis le début du conflit *.

 

* Selon un organisme de l'ONU

 

Issue de la réunion de plusieurs territoires durant la période coloniale française, l’Oubangui-Chari devient la République centrafricaine indépendante le 13 août 1960. Depuis, le pays n’a pas connu de gouvernement stable. Jeux d’alliance, conflits à répétition… les nombreuses ethnies ne cessent de se disputer le pouvoir. Les dirigeants sont, la plupart du temps, propulsés à la tête de l’État par des putschs successifs. Au début des années 2000 commence la crise militaro-politique qui dévore le pays encore aujourd’hui.

Le 15 mars 2003, énième coup d’État, François Bozizé renverse le président Ange-Félix Patassé. À peine un an plus tard, un groupe rebelle déclenche la première guerre civile : l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) dirigée par Michel Djotodia conteste l’accession de Bozizé à la présidence. Malgré des accords de paix signés en 2007 le conflit se poursuit. Djotodia revient à la tête de la Séléka (« alliance » en langue sango), une coalition d’ethnies musulmanes originaires de Centrafrique, mais aussi du Tchad et du Soudan voisins. Le groupe rebelle accuse le président Bozizé de ne pas respecter ces accords et lance une offensive le 10 décembre 2012 sur tout le territoire. La Séléka prend le pouvoir le 24 mars 2013, et Djotodia s’autoproclame président de la République, contraignant Bozizé à s’exiler au Cameroun.

Le nouveau dirigeant se laisse vite dépasser par la Séléka, qui massacre, pille et viole en masse. Michel Djotodia annonce sa dissolution le 13 septembre 2013, mais elle éclate en de multiples factions disséminées à travers le pays, refusant de se désarmer. Face aux exactions de la Séléka émerge alors la mouvance anti-balaka. Ces milices d’auto-défense constituées en majorité de paysans chrétiens ou animistes commettent à leur tour des atrocités. Le pays plonge dans le chaos.

 

Des militaires russes, de l’argent américain

 

Début décembre 2013, une résolution de l’Onu autorise la France à intervenir pour désarmer le conflit et protéger les civils. C’est l’opération Sangaris, qui prendra fin en octobre 2016. Le 10 mai 2015, une dizaine de groupes armés ex-Séléka et anti-balaka signent un accord de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR), initié par la Minusca, la Mission des Nations unies en Centrafrique (voir notre entretien avec son chef). Depuis, le président Faustin-Archange Touadéra, élu en février 2016, peine à faire appliquer ce programme de désarmement. Pas moins de quatorze groupes armés identifiés ont la mainmise sur la majeure partie du territoire. Les Forces armées de la République centrafricaine (Faca) n’ont plus les moyens de rétablir l’autorité. Seules la capitale Bangui et de rares grandes villes sont véritablement contrôlées par le gouvernement, avec l’aide de la Minusca.

Désemparé face à cette crise militaro-politique pour le contrôle des richesses minières du pays, le président Touadéra accepte volontiers la main tendue par Moscou. En janvier 2018, la Russie envoie plus de six mille fusils d’assaut et des armes lourdes, ainsi qu’une mission de formation des Faca. Parmi les militaires russes déployés, une quarantaine d’hommes assurent la sécurité rapprochée du président centrafricain.

Devant cette avancée des pions russes, les États-Unis annoncent en ce même mois de janvier vouloir investir près de 13 millions de dollars dans la formation des Faca. La France a, quant à elle, annoncé un investissement de 24 millions d’euros en Centrafrique et a récemment envoyé 1 400 fusils d’assaut. Environ 200 soldats français (contre 2 000 à l’époque de Sangaris) sont encore présents en Centrafrique.

Théo Debavelaere

 

Une sœur, une mère de famille, un prêtre en Centrafrique témoignent

 

https://www.famillechretienne.fr  04/01/2019 | Numéro 2138

 

Sœur Isabelle, des Petites Sœurs de Saint-François-d’Assise d’Angers : « Ici, il n’y a plus de travail pour personne »

 

« Je suis arrivée en Centrafrique, à Bangui, il y a une dizaine d’années. Durant la guerre civile, j’étais comme tout le monde sous les tirs… Voilà cinq ans que je suis à Ngotto, où je supervise les écoles paroissiales et les classes dans les villages pygmées. Tout a été mis à sac durant les événements, il n’y a plus de travail. Certains rêvent seulement de trouver des diamants et d’avoir une vie facile. Les jeunes s’adonnent à la consommation d’alcool frelaté, de vin de palme, ou de médicaments. (Vous voulez me prendre en photo ? Pas sans l’une de mes quatre Sœurs de communauté !) »

Priscilla, jeune mère de famille : « J’ai arrêté mes études en 6e »

« Je vis à Bagandou, une commune de 22 000 habitants répartis dans de multiples petits villages au cœur de la forêt, non loin de la frontière avec le Congo-Brazzaville. L’an dernier, à 22 ans, j’ai accouché de mon premier enfant, un garçon. Alors j’ai été obligée d’arrêter mes études au niveau de la classe de 6e car je ne peux plus continuer avec un enfant. Désormais je vais aux champs dans la journée, et je m’occupe de la maison et de l’enfant. Mon mari, lui, est chercheur de diamants. Mais il est exploité par des petits chefs. »

Le Père Abdi Fizoua, vicaire à la paroisse Saint-Augustin de Mbaïki : « Les jeunes, des proies faciles pour les rebelles »

« Ordonné prêtre pour l’archidiocèse de Bangui en septembre dernier, j’ai 32 ans. Le cardinal Nzapalainga m’a envoyé comme “fidei donum” dans le diocèse de Mbaïki. Je porte un prénom islamique car mon père avait fait un pacte avec un musulman, preuve de leur grande amitié. Ici, il est urgent d’offrir aux jeunes une formation morale et spirituelle, mais aussi une formation professionnelle en menuiserie, électricité, mécanique, etc., afin qu’ils ne deviennent pas des proies pour les groupes rebelles qui enrôlent quiconque pour de l’argent. »

Antoine-Marie Izoard : le off du journaliste

Si le Christ choisissait d’effectuer son retour glorieux en Centrafrique, il y a de fortes chances qu’Il soit accueilli comme le cardinal Nzapalainga lors de cette visite pastorale dans le sud du pays. Jamais je n’avais vu une telle liesse chez des catholiques accueillant leur pasteur… et une telle ambiance de folie ! S’il assure que cela ne lui monte pas à la tête, il ne boude pas son plaisir pour autant. Mais devant les fidèles, en plein temps de l’Avent, il a rappelé qu’il venait « comme Jean Baptiste qui montre le Christ ». Ce jeune cardinal est un fin politique, y compris rusé, et un pasteur de feu. Dans un pays qui semble éternellement voué à la violence et à la misère, l’homme fort de l’Église en Afrique centrale entend bien poursuivre sa mission, à ses risques et périls.

Suite et fin.

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