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RDC: Fayulu revendique la victoire à la présidentielle avec 61% des voix

 

 

Par RFI Publié le 11-01-2019 Modifié le 11-01-2019 à 17:47

 

En RDC, l'opposant Martin Fayulu conteste sa défaite à la présidentielle du 30 décembre dernier. Ce dernier revendique la victoire avec 61% des suffrages et a l'intention de saisir samedi la Cour constitutionnelle pour exiger le recomptage des voix. Jeudi, la Céni a proclamé vainqueur Félix Tshisekedi avec 38,5% des voix, devant Martin Fayulu qui lui ne recueillerait que moins de 35%.

 

« Nous irons demain samedi à la Cour constitutionnelle » pour exiger « le recomptage des voix », a déclaré ce vendredi Martin Fayulu lors d'un meeting devant ses partisans au siège fédéral du Mouvement de libération du Congo (MLC) de l’opposant Jean-Pierre Bemba, à Kinshasa.

Le camp de Martin Fayulu a par ailleurs revendiqué la victoire avec 61% des suffrages du scrutin du 30 décembre. Il déposera une plainte pour fraude devant la Cour constitutionnelle a-t-il précisé.

« Est-ce que le peuple congolais acceptera de se faire voler la victoire ? Je vous dis levez-vous ! Tenez-vous débout, enfants du Congo. Ouvrez vos yeux ! Nous allons commencer par la Cour Constitutionnelle pour introduire notre dossier de recours. Nous allons leur demander de compter tous les bulletins, l’un après l’autre. Vous m’entendez ? Vous m’entendez ? Nous sommes les enfants de Dieu. Que personne ne vous fasse peur. Nous irons à la Cour constitutionnelle samedi. samedi, nous serons à la Cour constitutionnelle. A partir de 9 heures, soyez-là déjà » a annoncé Martin Fayulu.

« Nous allons demander au président de la Commission électorale (Céni), Corneille Nangaa, de produire les procès-verbaux des bureaux de vote devant les témoins et observateurs internationaux et congolais de l'élection », a-t-il insisté.

Les candidats disposent de 48 heures après la proclamation des résultats pour déposer un recours devant la Cour constitutionnelle qui a ensuite huit jours pour l'examiner.

La Céni a proclamé jeudi Félix Tshisekedi, chef du parti historique de l'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), gagnant de la présidentielle avec 38,57% des voix, devant Martin Fayulu (34,8%). Le candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, ex-ministre de l'Intérieur et « dauphin » du président sortant Joseph Kabila, est arrivé troisième (23,8%).

► 18 personnes tuées depuis la proclamation des résultats provisoires

Selon les informations recueillies par RFI d'une source onusienne, au moins douze personnes, dont deux policiers, ont été tuées dans la province du Kwilu, à Kikwit, fief de l'opposant Martin Fayulu. D'autres morts ont été dénombrés par l'ONU, deux à Kinshasa, la capitale et un à Kamonia dans la province du Kasai. Trois autres personnes sont mortes à Tshikapa dans des manifestations de soutien au président proclamé Félix Tshisekedi. De son côté, la police a dénombré 5 morts, tous des civils, pour la journée de jeudi. Le porte-parole de la police, le commandant Pierrot Mwanamputu, assure qu'aucun policier n'a été tué.

 

 

Felix Tshisekedi, le 18 mai 2018, lors d'une conférence de presse de l'UDPS, à Bruxelles.

 

Par Sabine Cessou Publié le 11-01-2019 Modifié le 11-01-2019 à 10:51

 

La victoire de Félix Tshisekedi à la présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) a surpris aussi en Belgique, dans la diaspora congolaise. Cette communauté, forte d’environ 90 000 personnes, Belges d’origine congolaise inclus, a abondamment commenté les résultats de cette élection tant attendue, à laquelle elle n’a pas pu participer.

« Quand on a appris que Félix Tshisekedi partait à des négociations avant l’annonce des résultats, on savait déjà que c’était fichu »... Jean Bofane, écrivain congolais, ne prend pas de gants pour commenter le résultat surprise de la présidentielle. Il reprend le thème de son premier roman, Mathématiques congolaises, pour marquer sa très relative surprise.

« Après un scrutin, que peut- on négocier ?, s’interroge-t-il. Les résultats des urnes ? Il y a toujours de nouveaux concepts au Congo ! Ce ne sont plus des mathématiques, mais comme elles sont congolaises, c’est OK ! ». Très critique à l’égard de Félix Tshisekedi, dans lequel il voit « le candidat le plus à même d’accepter n’importe quoi », l’écrivain s’inquiète des termes de l’accord qui l’aurait porté au pouvoir.

Comme un roi des Belges, mais au Congo

« Si les postes régaliens lui échappent, l’Armée, la Sécurité, la Justice et les Affaires étrangères, il ne détiendra pas les clés du pays. Il sera comme un roi des Belges, mais au Congo ! Il va signer des documents et puis c’est tout… Sans plus. » Jean Bofane n’est pas le seul à faire un parallèle entre la RDC et son ancienne métropole coloniale, la Belgique, en évoquant le livre de l’historien David Van Reybrouck, Contre les élections, sur ces scrutins au suffrage universel « qui ne fonctionnent plus nulle part ».

Monique Mbeka Phoba, cinéaste congolaise installée depuis de longues années à Bruxelles, voit dans la victoire de Félix Tshisekedi celle du « népotisme », avec des « fils de » au pouvoir comme Joseph Kabila, mais aussi Faure Gnassingbè au Togo ou Ali Bongo au Gabon. « Cette génération montre à quel point tout le monde est perdu », estime-t-elle. La Belgique n’est pas en reste, explique la cinéaste, citant un article du Vif Express, puisque les bourgmestres, les députés et les politiciens le sont aussi de père en fils en Belgique.

Sinon, l’élection en elle-même lui était indifférente. « Entre le postier qu’a été Félix Tshisekedi en Belgique et Martin Fayulu, l’homme qui a travaillé pour les Américains et qui était peut-être plus aimé par les Occidentaux, je ne pouvais m’approprier aucun candidat », dit-elle. Seul point positif à ses yeux : « Le fait que ça bouge malgré tout, comme en Angola, un pays où l’on pensait que la situation se coagulerait encore des décennies. Les comptes commencent à se régler à Luanda et les enfants Dos Santos ne peuvent pas revenir au pouvoir par la fenêtre ».

Vrai ou faux changement ?

C’est exactement cette expression qui revient sous la plume de Baudouin Wetshi Amba, rédacteur en chef du site d’informations Congo Indépendant, fondé en 2003 à Bruxelles. Il décrypte en ces termes le résultat de l’élection dans un éditorial : « On ne peut qu’espérer que les "résultats provisoires" publiés ce matin par la Céni procèdent effectivement de la "vérité des urnes" et non d’un "deal politique" dont le but est de permettre à Kabila et ses oligarques – arrogants et incompétents – de sortir par la porte pour mieux revenir par la fenêtre ».

Il précise sa pensée, joint par téléphone : « Les Congolais veulent le changement, mais un changement qui ne soit pas seulement cosmétique, afin de tourner la page du système Kabila. Or, on sent bien qu’il y a eu un arrangement, et que Kabila a choisi le moins "méchant", le plus conciliant ». Il en veut pour preuve les premières déclarations du vainqueur, qui ont rendu hommage au président sortant.

« Le pays a connu des épisodes de protestation en décembre 2017, janvier et février 2018 avec une répression féroce qui a fait des morts, rappelle Baudouin Wetshi Amba. Rossy Mukendi et Thérèse Deshade Kapangala sont tombés, comme de nombreux autres. Beaucoup ont tressailli en entendant Félix Tshisekedi devenir amnésique. J’ai été troublé aussi ».

Dans les cafés congolais du quartier africain de Matonge, à Bruxelles, le son de cloche est différent. La joie prévaut, chez les amis de Félix Tshisekedi, qui parlent déjà de prendre l’avion pour rentrer à Kinshasa, s’empoignant verbalement avec ceux qui protestent contre une « manipulation ». Quels sont les termes de l’accord passé avec Kabila ? Qui va contrôler l’armée et la garde présidentielle ?

« Kabila savait que s’il imposait son dauphin, ce serait le chaos, et il a été bien avisé : tout président sortant doit négocier son départ et assurer ses arrières », explique un proche de Félix Tshisekedi. Il n’est pas le seul à apprécier le fait qu’une alternance prévale enfin, pour la première fois en RDC. « Si les gens étaient vraiment derrière Fayulu, ils seraient dans la rue pour protester. Or, il n’y a personne ! », poursuit-il. La fin de l’ère Kabila est fêtée à Bruxelles, mais avec retenue. Et pour cause : l’homme fort de la RDC n’est pas encore parti, puisqu’une partie du pays doit encore voter au mois de mars.

 

Reportage à Matongé, à Bruxelles de Laxmi Lota

11-01-2019 - Par RFI

Dans les rues du quartier africain de Bruxelles, les Congolais ont parfois veillé toute la nuit pour attendre les résultats. Certains font la fête, d'autres sont plus mitigés...

 

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