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Regards et essais sur un pays sans cinéma

Lu pour vous

 

Par Maria Malagardis (à Bangui) — 11 janvier 2019 à 17:10

En amont de «Camille», des stagiaires centrafricains ont été formés aux métiers de l’image par les Ateliers Varan. Leurs documentaires, projetés à Paris fin janvier, offrent une lecture intime d’une nation mal connue et dépourvue d’industrie cinématographique.

Très vite sur le tournage centrafricain du Camille de Boris Lojkine (lire pages précédentes), on les a collectivement surnommé «les Varans», en référence aux Ateliers Varan, institution parisienne qui avait accepté, un an plus tôt, fin 2017, d’envoyer à Bangui des formateurs afin d’initier aux métiers du cinéma 11 stagiaires du cru, sélectionnés parmi 140 candidats. Par la suite, ils participeront tous au tournage de Camille, à une seule exception près : Mahamat Benamou, embauché au même moment par une organisation humanitaire en province. Difficile de renoncer à un poste rémunéré et stable dans un pays si pauvre, où le cinéma apparaît souvent comme une utopie.

Parmi les «Varans», certains avaient pourtant déjà touché à une caméra avant même cette formation providentielle : Elvis Ngaibiro, 32 ans, cinéphile convaincu, a ainsi réalisé un premier court métrage après avoir achevé ses études de géologie «pour rassurer [ses] parents». Quant à Tanguy Djaka, 34 ans, il a beau travailler comme informaticien à l’Assemblée nationale, il est aussi l’auteur de deux courts métrages.

Enérgie insolente. Du côté des Ateliers Varan, c’est finalement une sorte de retour aux sources. Comment oublier qu’ils ont été créés, en 1981, par Jean Rouch, cinéaste et figure mythique du documentaire en Afrique, trois ans après que ce dernier fut sollicité par le jeune Etat indépendant du Mozambique pour l’aider à former des réalisateurs locaux à l’art du cinéma «au plus proche du réel» ? Trente-huit ans plus tard, l’expérience se renouvelle donc au cœur de l’Afrique. Dans cet immense territoire enclavé, souvent synonyme de massacres à répétition, de malnutrition extrême, de sous-développement endémique, malgré ses immenses richesses minières. La réalité d’un pays se résume-t-elle à des statistiques déprimantes et à une série d’épisodes tragiques ?

La force incroyable des courts métrages réalisés en fin de formation par les «Varans» centrafricains, comme les projets qu’ils doivent achever en avril, c’est de montrer ce pays blessé de l’intérieur. D’offrir un regard plus intime, humain, mais aussi plus complexe sur un pays finalement méconnu. Dans son deuxième court métrage, Leila Thiam, 31 ans, se propose ainsi de filmer la vie d’un quartier de Bangui où chrétiens et musulmans, loin des conflits censés les opposer depuis 2013, ont décidé de reconstruire ensemble leurs maisons. Sur place, les traces des violences passées sont pourtant encore visibles : beaucoup d’habitants, qui ont fui à l’époque, ne sont toujours pas rentrés et, malgré les bonnes volontés réconciliatrices, la plupart des maisons sont encore en ruines,désormais envahies par les hautes herbes.

Les «événements», comme on désigne pudiquement à Bangui la crise sanglante de 2013-2014, s’insinuent souvent à l’arrière-plan de ces courts métrages. Celui de Tanguy Djaka évoque ainsi l’errance d’un jeune combattant démobilisé qui peine à trouver son destin dans ce pays, oscillant toujours entre guerre et paix, plombé par la misère. «J’ai eu du mal à le convaincre, il était très nerveux, en colère, même pendant le tournage», confesse Tanguy. Alors qu’à Bangui, tous les cinémas sont désormais fermés, le jeune réalisateur avait prévu, fin novembre, d’organiser une projection en plein air dans un quartier populaire. Au dernier moment, elle sera annulée en raison d’un nouveau regain de tensions dans une zone voisine.

Reste qu’à travers ces petites lucarnes de la vie quotidienne en République centrafricaine, s’esquisse aussi un autre pays qui sait faire preuve de résistance et d’une énergie insolente, comme le soulignent les deux films consacrés aux femmes commerçantes, réalisées par Bertille Ndeysseit et Marlyse Yotomane. Acculées à la survie, ces véritables combattantes évoluent dans un monde où les hommes, «ces fainéants» peste l’une d’elle, sont singulièrement absents.

Est-ce un hasard ? Marlyse et Bertille, tout comme Leila, se révèlent farouchement attachées à leur indépendance. Elles ne cachent pas une certaine méfiance vis-à-vis des hommes, «ces casse-tête», persifle Leila. «Eux qui, dès l’adolescence, insistent si souvent pour que tu leur prouves ton amour en tombant enceinte», s’indigne Bertille. «Je préfère être seule plutôt que de quémander de quoi vivre à un homme», renchérit Marlyse, veuve récente d’un médecin et qui élève, désormais seule, ses trois enfants.

Vocations. L’argent est une obsession quotidienne dans ce pays démuni. Une hantise qu’on retrouve d’ailleurs dans tous ces courts métrages. Il y a pourtant aussi des rires qui fusent dans ce monde sans pitié. Comme dans le premier court de Leila, consacré à la section des femmes d’un hôpital de Bangui, sélectionné cette année dans deux festivals au Maroc et en Suisse. Mbi Na Mo («Toi et moi»), le documentaire très tendre de Rafiki Fabiala, qui suit un très jeune couple dans l’attente de son premier bébé, a lui été sélectionné au prochain Fipadoc qui se déroulera fin janvier à Biarritz. Encore étudiant, mais déjà connu comme une star du slam local, Rafiki a découvert que «le cinéma est plus fort que la musique pour faire passer un message», dit-il.

A Bangui, des vocations sont ainsi nées ou se sont confirmées. «Cette aventure humaine tient un peu du miracle», rappelle Boris Lojkine. Le 28 janvier, «les Varans» seront à l’honneur au cinéma le Louxor, à Paris, où leurs courts métrages feront l’objet d’une projection spéciale.

Maria Malagardis (à Bangui)

 

 

«Camille», bande originale à Bangui

Par Maria Malagardis Envoyée spéciale à Bangui (République centrafricaine) — 11 janvier 2019 à 17:10

Fin novembre s’achevait en République centrafricaine le tournage d’un film inspiré de la mort, en 2014, de la photoreporter Camille Lepage. Son réalisateur, Boris Lojkine, s’est entouré de locaux formés pour l’occasion et a tourné sur les lieux de la disparition de la jeune femme, encore hantés par les déchirures du pays. Une expérience vécue par tous entre deuil et exutoire.

 «Les morts, vous pouvez ouvrir les yeux», lance une voix à la cantonade. Ils s’exécutent aussitôt. Christian s’étire lui aussi. Ne peut s’empêcher de faire une grimace ironique face à cette situation incongrue : des figurants jouant de faux cadavres, si près des vrais. Ceux qui reposent dans les salles adjacentes du couloir de cette morgue, à Bangui, capitale de la République centrafricaine. Dans l’immédiat, il faut bien interrompre le tournage : la chambre froide est tombée en panne. Un appel à la radio nationale vient de demander aux proches des défunts de venir d’urgence récupérer les corps, les vrais. Dans la chaleur moite et poisseuse de cette fin de matinée, des familles affluent soudain, trop préoccupées pour s’intéresser aux projecteurs et caméras qui encombrent le couloir. «Mais qu’est ce qu’on va faire du corps, alors qu’on n’a pas encore l’argent pour l’enterrement ?», se lamente, affolée, une jeune femme, avant d’ajouter : «La mort, tu ne t’y prépares jamais.» Les faux cadavres le savent bien. Eux aussi rejouaient un drame réel, un rendez-vous inattendu avec la mort. Celui qui s’est déroulé le 5 décembre 2013. Une journée d’horreur, restée dans toutes les mémoires de ce pays déchiré.

Improvisation

A l’époque, Bangui se trouve sous la coupe de la Seleka, une rébellion hétéroclite venue du nord musulman. Indisciplinées, les troupes commettent de nombreuses exactions. La communauté internationale s’inquiète, la France se prépare à intervenir. Quand soudain, des milices d’autodéfense chrétiennes, les anti-balaka, prennent d’assaut la ville. S’en suivra une orgie sanguinaire sans précédent. Même dans un pays habitué aux mutineries et coups d’Etats. Mutilations, viols, pillages… Bangui s’embrase dans une ivresse de meurtres et de destructions. Ce 5 décembre, justement, un groupe de journalistes français s’était rendu dans cette morgue pour évaluer l’ampleur du désastre. Parmi eux, Camille Lepage, une photoreporter française, récemment installée dans le pays. Cinq ans plus tard, en cette fin novembre, elle a le visage de l’actrice Nina Meurisse dans le deuxième long métrage de Boris Lojkine, qui retrace ce destin tragique.

Lire aussi : Regards et essais sur un pays sans cinéma 

L’histoire est désormais connue : quelques mois plus tard, Camille partira avec une de ces milices anti-balaka en province, dans cet immense et imprévisible «arrière-pays», comme on appelle le territoire grand comme la France et la Belgique réunies, auquel Bangui est adossé. Le 11 ou le 12 mai 2014, le groupe, qui circule à motos, tombe dans une embuscade sur une route isolée. A 26 ans, Camille meurt dans des circonstances encore mal élucidées. Sa courte vie reflète néanmoins un engagement, et la rencontre entre une jeune femme venue d’Angers et un pays emporté par un torrent de violences. C’est ce drame, et plus encore cette confrontation entre deux mondes, qu’évoque le film de Boris Lojkine, déjà remarqué avec Hope, sorti en 2015, qui narrait le destin de migrants africains en route vers l’Europe à la manière d’un documentaire, avec des acteurs amateurs filmés sur les lieux mêmes de leur traversée.

Cette fois-ci encore, le pari était donc de tourner sur place, à Bangui, alors même que la situation, cinq ans plus tard, y demeure volatile. Moins meurtrière peut-être, mais toujours violente, instable, fragile. «Avec un petit budget, une équipe resserrée, consciente du challenge : venir passer deux mois dans un pays imprévisible. Certains ont accepté avec enthousiasme, d’autres se sont désistés, jusqu’au dernier moment», précise le cinéaste alors que le tournage touche à sa fin. Il y aura donc Antonin, Bojina, Elin, «JB», Pierre, Jan, Marco, Hélène, Xavier, tous «tentés par l’aventure». Et aussi une poignée d’acteurs professionnels, une première pour Boris Lojkine : outre Nina Meurisse, sont présents Bruno Todeschini, Grégoire Colin et Augustin Legrand. Lesquels seront parfois décontenancés par l’improvisation souvent exigée par le cinéaste qui, au dernier moment, va décider d’intégrer à son équipe des jeunes Centrafricains plus ou moins néophytes.

Parmi eux, Christian, le faux cadavre de la morgue, qui sera également machiniste sur le tournage. Mais aussi Tanguy, Elvis, Bertille, Leila, Marlyse, Rafiki… Ils seront dix en tout à inscrire leurs noms au générique. A la fois assistants et acteurs, selon les besoins. «Après coup, je me rends compte que je n’aurais jamais pu faire le film sans eux, reconnaît Boris Lojkine. Mais au départ, ce n’était pas prévu. L’idée, c’était juste de proposer une formation, avec des courts métrages à la clé, à des jeunes de Bangui. Histoire d’offrir quelque chose en retour à ce pays où il n’y a pas d’industrie du cinéma», rappelle ce cinéaste de 49 ans, lui-même autodidacte, qui dans une vie précédente a été pendant dix ans prof de philosophie.

A Bangui, le projet de formation enthousiasme tout de suite Olivier Colin, le directeur de l’Alliance française, qui sera un rouage indispensable dans toute la genèse du film. A Paris, Lojkine sollicite l’aide des Ateliers Varan, institution réputée pour ses formations exigeantes au documentaire (lire page 31).

«Pendant ce stage de deux mois, on s’est vite senti très proches. Leur participation au tournage s’est imposée comme une évidence»,explique Lojkine, assis ce matin-là sur la véranda de l’hôtel Oubangui où loge l’équipe. C’est à peine s’il remarque, sur les canapés voisins, les hommes aux biceps recouverts de tatouages gothiques qui conversent en russe. Un peu plus loin, quatre Polonais aux crânes rasés cherchent à se rendre dans une mystérieuse mine de diamants au centre du pays. Personne ne semble s’émouvoir lorsqu’un serveur évoque des tirs à l’aube dans l’enclave musulmane du quartier de PK5. Malgré sa vue féerique sur les rives du fleuve éponyme, l’Oubangui s’offre d’emblée comme un monde incertain où cohabitent des mercenaires russes - Moscou étant le nouvel allié du régime -, des diamantaires polonais et une équipe de tournage immergée dans une réalité où le passé revient sans cesse en boomerang hanter le moindre décor. Plane comme une ombre dans le regard des figurants et des assistants centrafricains associés au film.

Retenir ses larmes

Dans le quartier Socoda, un bâtiment en ruines sert de décor pour reconstituer la destruction d’une mosquée de la ville, que les photos de Camille ont immortalisé. La maison appartient à Yvette, jolie quadragénaire vêtue d’une robe au gris fané. «Notre maison a été détruite bien avant les derniers événements, explique-t-elle. Lors de la prise du pouvoir du président Bozizé en 2003.» Dix ans plus tard, il sera lui-même renversé par la Seleka. Un malheur en chasse l’autre en Centrafrique. «Ce qui ne change pas, c’est la misère»,lâche Yvette, qui dort à même le sol avec une vingtaine de ses proches dans le dernier petit réduit de la demeure familiale encore recouverte d’un toit.

Le mari d’Yvette est mort pendant la dernière crise, «tué par la Seleka».Elle l’évoque en passant, comme une fatalité, tout en observant la scène de carnage qui s’improvise dans ce qui reste de sa maison. Des jeunes font tomber des tôles en hurlant, un feu brûle. Le vacarme attire de nombreux badauds, visiblement ébahis de revivre ces scènes si familières. Un graffiti a été rajouté sur un mur, un de ceux que l’on voyait beaucoup à l’époque : «On ne veut plus des misilmans» (sic). Christian a soudain du mal à retenir ses larmes. Contrairement à ce que peut suggérer son prénom, il est musulman lui aussi. Fils d’un imam, vite perçu comme un «traître» par la Seleka, car réticent à faire allégeance aux rebelles après leur prise du pouvoir. Avec sa famille, le jeune homme a dû fuir Bangui, bien avant les événements de décembre 2013. Réfugié de l’autre côté du fleuve, en république démocratique du Congo (RDC), Christian a pourtant su comment, à partir du 5 décembre, toute la minorité musulmane a été pourchassée, stigmatisée, identifiée collectivement à la Seleka par les miliciens anti-balaka. «Ils décapitaient même les cadavres, leur coupaient le sexe et le brandissaient en trophée»,se souvient Rafiki qui, bien que chrétien, sera lui aussi attaqué par les anti-balaka en septembre 2016. «Ils ont tiré trois fois sur moi et m’ont laissé pour mort», précise le jeune homme, second assistant-réalisateur sur le tournage, qui vivait, à cette époque, chez un commandant de la gendarmerie auquel les miliciens vont reprocher d’avoir arrêté un de leurs chefs. Touchée par l’émotion de Christian, Bertille soupire : «Tant de mosquées ont été détruites comme ça… La dernière, il y a seulement six mois lors d’une nouvelle poussée de violence, rappelle la jeune femme de 24 ans, qui affiche un look de garçon manqué et assiste «JB» sur la lumière pendant le tournage. Dans ma famille, on m’a toujours appris à ne compter que sur moi. Mais pendant la crise, tous les chrétiens ont quitté mon quartier à PK5. Je suis restée et ce sont mes voisins musulmans, avec lesquels j’ai grandi, qui m’ont protégée. Musulmans, chrétiens. Tout ça, ce sont des manipulations politiques…»,lâche-t-elle, désabusée. «Nina, s’il te plaît, regarde vraiment ce que tu es censée photographier», exige au même moment une voix dans le mégaphone s’adressant à l’actrice qui joue Camille.

Epoque bénie

Que retient-on d’un conflit ? Un cliché qui montre l’horreur ? Les photographes présents sur place se sont souvent posés la question, se sont parfois autocensurés. Le scénario évoque ces interrogations qui ont donné lieu à d’interminables discussions chez Freddy où logeaient, à l’époque, la plupart des journalistes français présents sur place. Freddy est, encore aujourd’hui, une personnalité locale. Un ancien militaire à la retraite, propriétaire du Relais des chasses, hôtel-restaurant bien connu en ville. Dans le film, c’est Olivier Colin, le directeur de l’Alliance française qui tient, plus ou moins, le rôle dévolu à Freddy. Le tournage de ces scènes-là aura lieu dans un restaurant voisin : l’Equateur, ouvert il y a bien longtemps par une ancienne «claudette», l’une des danseuses de Claude François dans les années 70. Jean-Michel et Jackie, couple franco-centrafricain qui l’a racheté en 2009, évoquent avec nostalgie l’époque bénie où la paix régnait en ville. En 2012, ils ont même ouvert sur les bords du fleuve un dancing, très fréquenté le week-end, le Bangui Plage. Entièrement pillé et détruit un an plus tard, à l’arrivée de la Seleka dans la capitale. Le couple passe alors une semaine terré au premier étage du restaurant. «Allongés par terre à chaque fois que ça tirait», se souvient Jean-Michel, originaire de Besançon, qui a mal vécu «l’abandon total de l’ambassade de France» à l’époque.

Un peu plus loin, Elvis observe, le visage crispé, le tournage de la scène où des journalistes français suivent à la télé l’intervention de François Hollande annonçant l’envoi de troupes en Centrafrique. «Ça me fait mal de revoir ça,confie l’assistant accessoiriste. Je me souviens bien de ce discours télévisé. Ce soir-là j’avais eu les larmes aux yeux, il y avait un tel espoir ! Mais les militaires français sont repartis au bout de deux ans, sans rien régler. En dehors de Bangui, le pays est toujours sous la coupe des chefs de guerre. Et même ici, en ville, on sent cette colère latente qui peut ressurgir à tout moment», murmure Elvis.

En face de l’Equateur, l’ancien cinéma le Club, avec son écran panoramique, a été reconverti en église évangéliste. La quête de Dieu est omniprésente à Bangui. Devant la porte, Mario, le pasteur d’origine mozambicaine, déplore«la perte des valeurs qui a instillé le poison de la division». Surgit soudain Christian qui le salue chaleureusement. «Le père Mario m’a beaucoup conseillé pour le court métrage que j’ai réalisé, après ma formation, sur les enfants des rues. Il les connaît bien !» explique le jeune homme. Les «godobe», comme on les appelle à Bangui, sont nombreux à traîner aux alentours de L’Eglise du Christ universelle où le père Mario officie. «Ce film, c’est une bonne chose. Le cinéma est une aventure collective», énonce solennellement le pasteur, les yeux tournés vers le ciel qui vire à l’orange flamboyant, juste avant que la nuit ne tombe comme un rideau.

Ce soir-là, le fantôme de Camille plane à nouveau comme une ombre. «Il m’a fallu entrer dans cette histoire pour me rendre compte combien cette fille était forte, dotée d’une véritable empathie pour les gens d’ici»,confesse Fiacre, 25 ans. Il joue le rôle de Cyril, l’étudiant tourmenté, ami de Camille dans le film. Un personnage en réalité imaginé pour les besoins du scénario. Repéré lors d’un match de foot en ville, Fiacre n’avait jamais songé à participer à un film. Lui, plutôt méfiant, facilement désabusé face à la situation dans son pays, ce chaos persistant «dont tant de gens profitent», s’est finalement pris au jeu. «Quand je vois Fiacre. Cette colère qu’il montre dans certaines scènes. Il ne mime pas, il exprime ce qu’on a tous ressenti à un moment ou un autre», note Christian.

Gaieté insubmersible

La hantise du passé est pourtant loin d’être le seul ressort qui anime les jeunes pousses centrafricaines, propulsées dans une fiction dont le tournage n’aura duré qu’une saison. Sans leur énergie farouche, leur gaieté insubmersible, l’épilogue de l’aventure en question aurait d’ailleurs été bien amer. Que peut-il rester en effet de cette rencontre entre deux mondes dans un pays aussi instable ? Il y a pourtant ce lien, presque un pacte, qui les soude désormais : «Au sein du groupe centrafricain, on est devenu très complices, très proches. On veut continuer à faire des films. Et on va s’entraider, se soutenir»,assure Bertille.

En Centrafrique, il existe une formule typique quand on se salue : «On est ensemble». Elle est d’ailleurs évoquée dans une scène du film, lorsque Cyril (Fiacre) explique à Camille : «Ça veut dire qu’on se soutient, qu’on ne se lâchera pas.» A l’image de ce que professe ce groupe réuni lors du tournage. Aucun d’eux n’a connu Camille Lepage. Mais à la faveur du film qui lui est consacré, tous ont une certitude, quand bien même ce ne serait là qu’un idéal dans ce pays démuni : le cinéma fait désormais partie de leurs vies.

Maria Malagardis Envoyée spéciale à Bangui (République centrafricaine)

 

1 commentaire

N
LE TITRE DE CET ARTICLE EST: "REGARDS ET ESSAIS SUR UN PAYS SANS CINEMA".
MOI JE DIS NON ! CAR NOTRE PAYS N'EST PAS UN PAYS SANS CINEMA. JE VOUS INVITE A TAPER: "MBI NA MO OU TOI ET MOI" SUR YOUTUBE. IL S'AGIT D'UN TRES BEAU COURT METRAGE TOURNE A BANGUI AVEC DES ACTEURS CENTRAFRICAINS. C'EST DEJA PAS MAL POUR UN TRES BEAU COURT METRAGE TOURNE A BANGUI AVEC DES ACTEURS CENTRAFRICAINS. C'EST DEJA PAS MAL POUR LE CONTENU BIEN MAÎTRISE MALGRE L'ENCADREMENT MATERIEL DE TOURNAGE TRES INSUFFISANT. UNE CHOSE TRES SURPRENANTE POUR CE TOURNAGE, IL Y A EU UN PLETHORE DE SPONSORS DONT CERTAINS DE HAUT NIVEAU QUI SONT APPARUS DANS LA REALISATION DU FILM, MAIS MALHEUREUSEMENT, ON NE SENT PAS CONCRETEMENT LEURS AIDES DANS LA QUALITE FINIE DU FILM. CELA VEUT DIRE QU'EN REALITE, CES MULTIPLES SPONSORS (CES GRANDS ORGANISMES) N'ONT RIEN FAIT ET C'EST HONTEUX. C'EST DE LA MOQUERIE PURE ET SIMPLE POUR NOUS CENTRAFRICAINS. POUR NOS PROCHAINS TOURNAGES, QU'ON SE PRENNE EN CHARGE NOUS MÊMES AVEC NOS MOYENS DE BORD (TOURNAGE AVEC TELEPHONES PORTABLES ETC). INUTILE DE RECHERCHER DESORMAIS DES SPONSORS. » lire la suite

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