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La sécurité, argument de la Russie pour avancer ses pions en Afrique

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La sécurité, argument de la Russie pour avancer ses pions en Afrique

 

https://www.france24.com  27/01/2019 - 16:56 Dernière modification : 27/01/2019 - 17:01

 

Présence d'entreprises militaires privées en Centrafrique et au Soudan, tournée diplomatique au Maghreb… l'Afrique attire la Russie, qui cherche à étendre son influence sur le continent.

Petit à petit, la Russie fait son chemin en Afrique. Mercredi 23 janvier, Moscou a confirmé la présence d'entreprises de sécurité russes au Soudan. Plus que jamais, le continent est dans le viseur des intérêts de la Russie.

"Selon nos informations, des représentants d'entreprise russe de sécurité privée, n'ayant rien à voir avec l'État, opèrent bien au Soudan", a confirmé Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse.

La porte-parole répondait aux allégations de médias britanniques, notamment le Times, qui affirme que des mercenaires russes aident à la répression des manifestants soudanais, qui réclament le départ du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans.

"L'objectif [de ces entreprises de sécurité] se limite à entraîner les militaires et forces de l'ordre de la République du Soudan", a-t-elle souhaité clarifié.

Une influence en Centrafrique qui inquiète la France

Le Soudan n'est pas le seul pays où des sociétés militaires privées russes avancent leurs pions. En Centrafrique, la situation commence à préoccuper la diplomatie française. Le 23 janvier dernier, Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s'est inquiété devant la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées du Sénat d'"une présence active de la Russie, récente, significative, antifrançaise".

Pour le chef du Quai d'Orsay, les Russes sont représentés sur place "en grande partie par la force Wagner. C’est-à-dire, ce n’est pas vraiment l’armée, mais des supplétifs".

Le groupe Wagner n'a pas d'existence légal, les sociétés militaires privées étant officiellement interdites en Russie. Sa réputation est pour le moins sulfureuse. En juillet 2018, trois journalistes, Orkhan Dzhemal, Alexander Rastorguev et Kirill Radchenko, ont été assassinés en Centrafrique alors qu'ils étaient accompagnés d'un chauffeur lié au groupe Wagner. Le Centre de gestion des investigations qui les employait estiment qu'ils ont été tués en raison de leur enquête sur les mercenaires russes. Moscou retorque qu'il s'agit d'un braquage qui a mal tourné.

Selon les autorités russes, un total de 175 experts militaires, dont cinq instructeurs, sont bien présents en Centrafrique, à la demande de la présidence centrafricaine, dépassée par les agissements de nombreux groupes armés. "Les spécialistes militaires russes ne participent pas aux combats, ils ne s'occupent que de formation", précise Maria Zakharova, cité par Russia Today France.

Preuve de l'entente, la ministre de la Défense centrafricaine, Marie-Noëlle Koyara, a invité la Russie, le 10 janvier, à ouvrir une base militaire dans le pays, déchiré par la guerre civile.

L'offensive "sécurito-commerciale" ne se limite pas à ces deux États. En témoigne la présence de Rosobonexport, l’agence russe d’exportation d’armes créée par un décret de Vladimir Poutine en 2001, au Salon international sur la sécurité et la défense "Shield Africa 2019" qui s’est tenu à Abidjan, en Côte d’Ivoire, du 22 au 24 janvier. La présence de l'entité russe a été annoncée par un communiqué au titre évocateur : "Make Africa safe" (Rendre l'Afrique plus sûr).

"2019 devrait devenir 'l’année de l’Afrique' pour la coopération militaro-technique de la Russie", se réjouit, Alexandre Mikheiev, directeur général. Il assure "travailler avec succès" avec le G5 du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) et la Communauté de développement de l’Afrique australe.

Une offensive diplomatique en Afrique

L'expansion des sociétés de sécurité privées russes sur le continent s'accompagne d'une offensive diplomatique de la part du Kremlin. En mars 2018, le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, avait effectué une grande tournée en Afrique australe et centrale. Il avait successivement visité l'Angola, la Namibie, le Mozambique, le Zimbabwe et l'Éthiopie. Peu après, Vladimir Poutine a annoncé l’annulation de 20 milliards de dollars de dettes contractées par des pays africains au près de Moscou. Puis des accords militaires ont été conclus avec la RD Congo, l’Éthiopie, et le Mozambique.

Dès 2016, cette stratégie d'influence avait été théorisée dans un document de politique extérieure, relève Le Monde : "La Russie élargira sa coopération avec les États africains sur une base bilatérale et multilatérale (…) en développant des relations économiques et commerciales mutuellement bénéfiques, en instaurant une coopération globale, et en contribuant à prévenir les conflits régionaux et les situations de crise ainsi que les règlements post-conflit en Afrique."

Pour sa première tournée de 2019, c'est le Maghreb et plus précisément l'Algérie, le Maroc et la Tunisie que Serguei Lavrov a choisi, une première depuis près de 14 ans.

Selon Le Temps, Moscou s'appuie largement sur le crédit obtenue grâce à son soutien actif à Bachar al-Assad en Syrie. Alliée du dirigeant syrien envers et contre tout, la Russie est apparue en mesure d’apporter une solution sécuritaire aux pouvoirs en place contre les oppositions armées (ou terroristes), en contraste avec des Occidentaux qui ne feraient que déstabiliser la situation (Irak, Libye).

Cette vision du monde séduit un nombre croissant d’hommes d’État, frappés par les destins opposés de Bachar al-Assad et de Mouammar Kadhafi et pas seulement en Afrique : selon Reuters, un groupe d'agents de sécurité privée russe seraient arrivés au Venezuela pour renforcer la sécurité de son président, Nicolas Maduro.

 

 

 

Qui est le groupe Wagner, pourvoyeur de mercenaires russes en Centrafrique?

Par franceinfo Afrique – Rédaction Afrique – France Télévisions

Mis à jour le  29/01/2019 | 14:28  – publié le  29/01/2019 | 14:28

Lors d’une intervention au Sénat le 23 janvier 2019, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a dénoncé ouvertement la présence de mercenaires russes en République centrafricaine en citant nommément le groupe militaire privé Wagner. De quoi s’agit-il exactement ? Quelques éléments de réponse.

Les accusations de Le Drian 

Lors d’un point sur la Centrafrique, le ministre français des Affaires étrangères a évoqué "une situation très confuse". Il a surtout pointé du doigt la présence "anti-française" de la Russie. "Ce n'est pas vraiment l'armée (mais) des supplétifs qui agissent sous l'autorité d'un Monsieur qui s'appelle M. Prigojine", a lancé Jean-Yves Le Drian en nommant "la force Wagner". Cette déclaration s'inscrit sur fond de rivalités franco-russes en République centrafricaine.

Le groupe Wagner

Wagner ou PMC Wagner est une société de mercenaires russe créée par Dmitri Outkin, un ancien officier du GRU (renseignements militaires russes). Le groupe paramilitaire privé a déjà fait parler de lui lors de son intervention en Syrie, dans le sillage de l’armée russe. La société Wagner est par ailleurs citée par le département du Trésor américain pour son implication dans le conflit en Ukraine.

Si M. Prigojine m'entend (...) qu'il sache qu'on le connaît bien Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères

Prigojine, "le cuisinier du Kremlin" 

Le groupe Wagner serait financé par un oligarque russe, Evguéni Prigojine. Surnommé "le cuisinier du Kremlin", l’homme d’affaires, proche de Vladimir Poutine, a fait fortune dans la restauration avant de conclure de nombreux contrats avec l’armée russe, comme le rapporte l’AFP. Evgueni Prigojine est par ailleurs accusé par la justice américaine d’être l’instigateur de l’"usine à trolls"  (publication massive de messages tendancieux sur internet) destinée à favoriser l’élection de Donald Trump en 2016. 

Que dit la Russie ?

Moscou a toujours réfuté toute présence militaire russe en Ukraine et n’a jamais cautionné officiellement l’intervention de mercenaires russes en Syrie. Interrogé en décembre 2018 sur le groupe Wagner, le président Vladimir Poutine a toutefois défendu "le droit de travailler" des sociétés militaires privées tant qu’elles respectent la loi, la même qui interdit la création de sociétés de mercenaires...

EIles (les sociétés militaires privées, NDLR) ont le droit de travailler et de défendre leurs intérêts commerciaux aux quatre coins du monde Vladimir Poutine, président russe

Des "instructeurs" en Centrafrique

Depuis janvier 2018, il y a une double offensive russe, diplomatique et militaire, en République centrafricaine. Moscou a déployé plus de 170 "instructeurs civils" pour former les soldats de la Force armée centrafricaine (FACA). "Ce sont des gens qui appartiennent à une société de sécurité privée (…). C’est aujourd’hui une dimension importante des guerres contemporaines et des guerres contre le terrorisme. Il y a une privatisation de la guerre", expliquait à RFI en novembre 2018  Roland Marchal, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (CERI). 

L’assassinat de trois journalistes enquêtant sur Wagner

A priori, la présence de la Russie en Centrafrique n’a rien de choquant. La livraison d’armes aux soldats centrafricains a été validée par le Conseil de sécurité de l’ONU et le président Faustin-Archange Touadéra a lui-même choisi le Russe Valeriy Zakharov comme conseiller en sécurité.

La présence et le rôle des mercenaires russes du groupe Wagner est néanmoins opaque et suscite de multiples interrogations. En juillet 2018, trois journalistes russes de l’opposition ont tenté d’enquêter sur les activités de Wagner en Centrafrique et ses liens avec la richesse minière du pays, mais ils sont morts sur place dans des conditions mystérieuses. 


La version officielle a conclu à un crime crapuleux, alors qu'aucune enquête sérieuse n’a été menée à ce jour.

 

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