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L’accord de paix de Khartoum constitue une chance pour la paix, la justice et la réconciliation

Côte d’Ivoire-Inter / Human Rights Watch estime que la justice en Centrafrique est essentielle à la paix (communiqué)

 

Abidjan, 22 fév (AIP) – L’accord de paix entre le gouvernement de la République centrafricaine et les groupes armés, signé en février ne doit pas affaiblir ou déplacer les efforts visant à rendre justice pour les crimes les plus graves commis pendant le conflit, a déclaré Human Rights Watch, dans un communiqué.

L’accord visant à mettre fin à un conflit qui a coûté la vie à des milliers de personnes a été négocié par l’Union africaine pendant 18 mois de pourparlers avec les groupes armés, alors que ceux-ci continuaient à mener des attaques brutales contre des civils. Les violences dans les régions du nord et de l’est du pays se sont intensifiées au cours des derniers mois, avec notamment plusieurs attaques contre des camps de personnes déplacées internes. Environ 1,2 million de personnes ont été déplacées du fait des combats dans le pays.

« Avec les multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis pendant ce conflit, et plus d’un million de personnes déplacées, nombreux sont ceux qui, en République centrafricaine, veulent désespérément voir la fin de ces combats », a expliqué Lewis Mudge, directeur pour la République centrafricaine à Human Rights Watch. « Mais les efforts pour traduire en justice les responsables des pires crimes doivent faire partie intégrante de la solution, et une amnistie générale ne devrait en aucun cas être envisagée. »

L’accord a été conclu à Khartoum, au Soudan, mais il a été signé par 14 groupes armés en République centrafricaine. Des membres de certains des groupes sont suspectés d’avoir commis de nombreux abus graves contre des civils, y compris meurtres, viols, esclavage sexuel, actes de torture, pillages, persécutions et destruction de bâtiments religieux.

L’accord est vague sur les mesures nécessaires pour garantir la justice après le conflit et ne mentionne pas de processus judiciaires spécifiques ni les efforts récents pour promouvoir la justice dans le pays, même s’il reconnaît le rôle que l’impunité a joué dans la pérennisation des violences.

(AIP)

 

 

L’accord de paix de Khartoum constitue une chance pour la paix, la justice et la réconciliation

 

20/02/2019

 

COMMUNIQUÉ

 

République centrafricaine

 

Sous l’égide de l’Union Africaine, des Nations unies et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le gouvernement centrafricain a signé un accord de paix avec 14 groupes armés à Khartoum le 3 février et l’ont ratifié le 6 février 2019 à Bangui. La FIDH, l’OCDH et la LCDH saluent cette avancée majeure pour tenter de résoudre le conflit qui a déjà fait des milliers des morts depuis 2012 et appellent les parties prenantes à le mettre en oeuvre. Nos organisations se félicitent notamment qu’aucune amnistie n’ait été consacrée pour les auteurs des crimes les plus graves et saluent la prochaine mise en place d’une Commission vérité, justice, réparation et réconciliation (CVJRR).

« Le fait qu’aucune amnistie automatique ne soit octroyée aux responsables des crimes les plus graves est un signal encourageant pour les milliers de victimes qui attendent la vérité et souhaitent que justice soit faite. »

Me Drissa Traoré, vice-président de la FIDH

 

L’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République Centrafrique doit conduire à une stabilisation du pays après 6 années de guerre, de violences et de violations graves des droits humains. Il prévoit, outre l’engagement de lutter contre l’impunité, la cessation des hostilités, le désarment et la suppression des groupes armés, la mise en place d’un gouvernement inclusif, une décentralisation renforcée ainsi que des mécanismes de justice transitionnelle.

Des mécanismes de mise en œuvre et de suivi tripartites de l’Accord sont créés et des sanctions prévues en cas de non respect des dispositions de l’accord de paix.

« En matière de justice et de réconciliation, les différents mécanismes créés viendront accompagner les efforts de vérité, de justice et de réparations initiés par les juridictions nationales et internationales telles que la Cour pénale spéciale ou la Cour pénale internationale. En aucun cas ils ne viendront s’y substituer. »

Me Mathias Morouba, président de l'OCDH, également l’un des observateurs de la société civile aux discussions de Karthoum

 

Nos organisations se félicitent en particulier du renforcement des mesures en faveur de la justice transitionnelle et en particulier de la Commission vérité, justice, réparation et réconciliation (CVJRR) qui devrait lancer ses travaux dans les 90 jours. Faisant partie des recommandations du forum de Bangui, la CVJRR constitue une opportunité pour engager un travail de vérité, de réparation et permettre d’entendre la voix des victimes. La Commission devra inventer son propre modèle de justice pour une transition vers la paix en incluant à la fois les victimes des crimes les plus graves mais également ceux qui ont pu commettre des délits ou des crimes. Concilier la vérité, la justice, la réparation et la réconciliation pour garantir la réintégration des combattants des groupes armés afin de parvenir à une paix durable constitue le principal défi de la future CVJRR. Pendant la période des 90 jours, une Commission inclusive sera chargée de proposer des actions dans le domaine de la justice afin de garantir une cohérence entre processus de réconciliation et lutte contre l’impunité.

« Lancer les travaux de la CVJRR dans un bref délai était une nécessité. Les centrafricains ont besoin d’exprimer ce qu’ils ont vécu et de reconstruire ce qui a été brisé. Il faut maintenant faire en sorte que les modalités de cette réconciliation garantissent une paix durable et une justice équitable. »

Joseph Bindoumi, président de la LCDH

 

CONTEXTE

L’accord politique de paix est le 8ème accord signé depuis 2012 entre les groupes armés et le gouvernement en Centrafrique. Fin 2012, des groupes armés réunis au sein de la coalition des Séléka avaient pris le pouvoir le 24 mars 2013. Des groupes d’auto-défense appelés les Anti-balaka s’étaient rapidement constitués pour les combattre plongeant un peu plus le pays dans la violence et obligeant l’Union africaine, la France puis les Nations unies à intervenir. Fin 2018, à la veille de l’Accord politique de Khartoum, et malgré la présence de plus de 10 000 casques bleus, le pays était toujours contrôlé à près de 80 % pas les groupes armés.

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