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Le cardinal Nzapalainga, porteur d’espérance aux confins de la Centrafrique

 

 

https://www.vaticannews.va 09/03/2019

 

Routes inexistantes, absence de médecins et de professeurs, populations laissées à elles-mêmes, présence constante de groupes armés : le nord-est de la Centrafrique est un trou noir. Le cardinal Nzapalainga, archevêque de Bangui, y a effectué une tournée pastorale où il a pu se rendre compte des besoins de la région.

 

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Bangui, République centrafricaine

 

Effectuer une tournée pastorale en Centrafrique relève de l’aventure. Le cardinal Nzapalainga, l’archevêque de la capitale, Bangui, le sait bien. Il a déjà parcouru plusieurs régions du pays, apportant son témoignage, confirmant la foi des fidèles, prêchant la paix et la concorde. Malgré les difficultés matérielles et la situation sécuritaire encore instable, il n’hésite pas à aller à la rencontre du «peuple de Dieu».

Cette fois, le cardinal revient du nord-est. Il est allé aux confins de la Centrafrique, du Tchad et du Soudan, dans la ville de Birao, à 1 350 kilomètres de Bangui. Une odyssée, considérant qu’il n’y a pas de route, mais que de mauvaises pistes. D’ailleurs, l’archevêque, qui conduit lui-même, a fait une sortie de route. La voiture s’est couchée littéralement. Il en est sorti indemne comme ses compagnons de voyage. 

Mais les risques en valent le jeu : «Depuis dix ans, les fidèles n’ont pas reçu de confirmation. Quelle émotion de voir à chaque fois quelqu’un porté par les bras comme s’il avait marqué un but parce qu’ils ont attendu dix ans. La foi est restée ferme», confie-t-il, le sourire aux lèvres.

Absence de médecins et de professeurs

À travers tout le pays qu’il traverse, le cardinal Nzapalainga se rend compte du dénouement dans lequel vit la population. Les communications rapides d’un lieu à un autre sont quasi impossibles à cause de l’état exécrable des routes. Comment faire pour se rendre à un dispensaire quand il faut plusieurs heures de routes pour l’atteindre, et encore, quand on a la chance de disposer d’une moto ou de monter à bord d’un camion ou d’un pick-up. Que dire de ceux qui ne peuvent que se déplacer à pied ?

Et encore, une fois arrivé au dispensaire, les problèmes ne sont pas résolus. Il n’y a pas de médecins, au mieux des infirmiers qui s’improvisent sages-femmes ou chirurgiens. Idem pour l’école. Le cardinal Nzapalainga n’a rencontré que deux maîtres dans la région. L’un d’eux lui a remis «une lettre bourrée de fautes», avoue-t-il, regrettant que les fondations éducatives de la population soient si fragiles. Pour lui, c’est une évidence : «il faut être là pour leur donner leur dignité d’enfants de Dieu».

Présence des groupes armés

Malgré la signature de l’accord de Bangui, le 6 février dernier, les groupes armés qui contrôlent encore l’essentiel du territoire, n’ont pas été dissous. Ils imposent encore leur loi et contraignent l’ONU, les ONG et le gouvernement centrafricain et ses représentants, à parlementer sans cesse. Ils sont «partout» explique le cardinal venu également apporter une parole «d’apaisement».

Mais il a l’impression que «certains groupes armés font des surenchères», une allusion aux critiques formulées par plus de la moitié des quatorze groupes signataires de l’accord, après la formation du nouveau gouvernement dimanche 3 mars. Pourtant, l’heure est au dialogue, à la construction d’un pays meilleur affirme l’archevêque de Bangui.

Un don de Dieu

Dans ce tableau noir, il y a un signe d’espoir et une source de joie : le nouveau centre de re-nutrition thérapeutique des enfants mal-nourris de l’hôpital pédiatrique de Bangui, inauguré le 2 mars, en présence du cardinal Krajewski, l’aumônier du Pape François. «C’est un don de Dieu», «c’est un clin d’œil que Dieu nous fait à travers le Pape», s’exclame le cardinal. Ce centre, dont la construction a été pilotée et en grande partie financée par l’hôpital du Bambino Gesù, l’hôpital pour enfants du Pape, va permettre de mieux répondre aux besoins des plus faibles, comme l’avait souhaité François après sa visite sur place, le 29 novembre 2015.

«Dieu est venu, proche de nous», s’émeut l’archevêque de Bangui. «En réhabilitant ce complexe, il donne la vie, la dignité». «Il permet que les gens qui sont ici, puissent être considérés comme des êtres humains, pas comme des bêtes». Et d’insister : «C’est le geste de proximité d’un père, d’un pasteur qui est venu et qui, non seulement a senti l’odeur des brebis mais les touche !». «C’est un grand témoignage d’amour», conclut-il, prêt à poursuivre sa mission aux quatre coins de la Centrafrique.

 

 

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