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Accord de Khartoum : « … l’Union Africaine et l’ONU nous ont imposé ce qu’elles n’ont jamais dicté ailleurs », dixit Professeur Gaston Mandata N’Guérékata..

Lu pour vous

 

Par Anselme MBATA , Journaliste et Rédacteur en chef du CNC  le 3 avril 2019 , 5:17

 

C’est dans une interview exclusive à CNC que le Professeur Gaston Ngrékata mandata, par ailleurs Président du Parti pour la renaissance centrafricaine(PARC) réagit pour la première fois depuis la signature à Bangui de l’accord de paix entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés le 6 février dernier.

Voici l’intégralité de l’interview avec le Professeur :

 

Corbeaunews Centrafrique (CNC) : Bonjour Monsieur le Président

 

Gaston Mandata N’Guérékat            a : Bonjour Monsieur le Journaliste

 

CNC: Le 6 février dernier, le gouvernement Centrafricain et les 14 groupes armés ont signé un Accord de Paix à Khartoum sous les auspices de l’Union Africaine et de l’ONU. Le huitième du genre depuis le début de cette crise en 2013. Certains observateurs le qualifient d’un acte politique fort de la dernière chance pour la paix en Centrafrique.

Pour vous Monsieur le Président, en quoi ce nouvel accord se différencie-t-il des précédents ?

Gaston Mandata N’Guérékata : D’abord je fais remarquer que l’Union Africaine et l’ONU nous ont imposé ce qu’elles n’ont jamais dicté ailleurs. En effet, jamais l’Union Africaine et l’ONU n’ont demandé au Président Museveni de négocier avec Joseph Kony et la LRA. Jamais ces organisations n’ont invité le Président Nigérian à s’asseoir à table avec Boko Haram et discuter du partage du pouvoir. En cela je trouve que cette Communauté Internationale fait du deux poids deux mesures. Je dis qu’elle nous méprise.

Ceci dit, étions-nous obligés d’aller à Khartoum tenir une conférence de haut niveau dans un pays où le pouvoir central est contesté dans la rue, où le leader est lui-même poursuivi par la CPI et en bons termes avec certains leaders de ces Groupes Armés? Etait-ce une bonne chose d’aller à des négociations en position de faiblesse militaire, surtout après le camouflet de la journée de l’alimentation à Bambari? N’ayant pas été consulté ou associé à la rencontre de Khartoum, en ma qualité de Chef d’un parti pourtant de la mouvance Présidentielle, je ne peux que me poser ces questions.

Après coup, tout en reconnaissant les qualités de notre Premier Ministre, homme d’expériences et grand commis de l’Etat, je me demande si le pouvoir avait posé des préalables comme il se doit dans ce genre de négociations avant d’aller à Khartoum? Par exemple ne devraient prendre part aux négociations que les Centrafricains et non des étrangers venus à la faveur de nos moments de faiblesse pour tuer, spolier et piller nos ressources naturelles. Le Président Touadéra a un pouvoir issu du peuple tel que la Constitution le lui confère. Il est le garant de la loi fondamentale qui par délimite par ailleurs son pouvoir discrétionnaire. Personne, je dis bien personne ne pouvait lui reprocher de dire non à toute initiative où il ne voit pas l’intérêt pour son peuple.

Maintenant certains disent que c’est un “acte politique fort de la dernière chance”? Wait and see. Combien d’accords ont été signés en une dizaine d’années qui n’ont jamais ramené la paix en Centrafrique?

CNC: Monsieur le Président, vous dites des choses graves sur le régime de votre allié

Gaston Nguerekata: Ecoutez, si à mon âge je ne dis pas ce que je pense, ce ne sera pas dans la tombe que je le ferai. Et puis, de toute façon dans toute famille on peut avoir des points de divergence. Mon parti soutient le Président Touadéra, mais cela ne veut pas dire que nous soyons d’accord sur toute sa politique. Nous ne sommes pas à un stade de divorce, loin de là. Nous parlons de l’intérêt général du pays, non d’un intérêt partisan.

 

CNC: Dans cet accord, les parties s’engagent sur plusieurs points, notamment le partage du pouvoir avec les groupes armés à travers un gouvernement dit « inclusif » et la mise en place des unités spéciales mixtes de sécurité composées des FACAs et des rebelles pour deux ans. C’est une sorte de «transition démocratique » selon certains observateurs de la vie politique centrafricaine. Que dites-vous?

 

Gaston Mandata N’Guérékata: Vous posez plusieurs questions en une seule. D’abord Je ne pense pas que le Président pense un seul instant “partager le pouvoir” avec les groupes armés. Ce pouvoir, encore une fois, il le tient du peuple souverain. Ce qui pour moi pose problème ici c’est la nomination des personnes, en particulier des étrangers, sur lesquelles pèsent de forts soupcons de crimes de guerre aussi bien que de crimes contre l’humanité en tant qu’auteurs ou co-auteurs, à de hautes fonctions de l’Etat, ce que certains considèrent comme une violation de la Constitution et des Recommandations du Forum de Bangui, un forum qui a pourtant réuni l’ensemble de la communauté nationale, y compris ceux que vous appelez Groupes Armés.

En outre, comment l’enseignant que je suis pourrait dorénavant exiger de ses étudiants plus d’efforts, dans la mesure où les diplômes et durs labeurs à l’école semblent être éclipsés, voire foulés du pied par la nomination de demi-lettrés pour ne pas dire d’illettrés et autres étrangers à des fonctions ministérielles.

Croyez-moi, ces nominations sont un accident grave de l’histoire dont nous n’avons pas encore mesuré les conséquences sur la stabilité du pays. Les véritables fondamentaux d’un développement et d’une paix durables sont la justice, une éducation de qualité de l’ensemble de la population et une recherche permanente de valeurs de travail, d’excellence et de mérite.

Pour ce qui concerne le gouvernement dit inclusif, je me demande comment des personnalités aussi compétentes que sont par exemple les ministres du Plan, de la Défense, de la Santé, de la Justice, de la Recherche Scientifique ou de la Promotion de la Femme, pour ne citer que celles que je connais bien, vont pouvoir cohabiter avec des analphabètes et autres bras cassés qui souvent ne connaissent pas le fonctionnement de l’Etat.

A propos des brigades mixtes, je crois que ce n’est pas une mauvaise idée en soi, mais à condition qu’elle soit bien exécutée. La réussite de ce projet dépendra de la satisfaction des conditions suivantes :

 

– des critères précis doivent être définis pour le choix des éléments des Groupes Armés devant faire partie de ces brigades mixtes ;

 

-une petite formation devant être donnée à ces éléments et un esprit de corps et de solidarité doit être créé avec les FACAs.

 

-enfin la chaine de commandement doit être clarifiée.

 

CNC: Selon vous, le partage du pouvoir avec les rebelles est une meilleure option ou c’est juste une prime aux nombreux crimes qu’ils auraient commis?

Gaston Mandata N’Guérékata Encore une fois je ne crois pas que le Président Touadéra veuille partager le pouvoir avec les Groupes Armés. Remarquez qu’il a bien conservé la main sur les portefeuilles régaliens. Si mon Parti avait été consulté avant la rencontre de Khartoum, nous aurions proposé un autre schéma, par exemple un Conseil Consultatif dirigé par le Chef de l’Etat ou son Représentant et composé des principaux chefs des Groupes Armés, Partis Politiques et Société Civile, chargé de veiller au respect des dispositions dudit accord, mais à titre bénévole. Il est injuste, voire indécent, de nommer des bourreaux à des fonctions où ils seront payés sur des taxes prélevés chez les victimes.

 

CNC: Parlant du gouvernement inclusif, l’Opposition Démocratique et la Société Civile ne sont pas représentées. Ce qui a poussé quatre partis politiques de l’opposition a critiqué dans une déclaration commune le caractère non inclusif du nouveau gouvernement dirigé par le Premier Ministre Firmin Ngrébada et issu de l’accord de Khartoum.

Selon vous, en votre qualité du Président du Parti Centrafricain pour la Renaissance Centrafricaine (PARC), la mise à l’écart de l’opposition démocratique n’est-elle pas une faute politique pour le Premier Ministre ?

 

Gaston Mandata N’Guérékata Si la composition d’un gouvernement inclusif suffisait à ramener la confiance, cela se saurait. Je vous ai donné des exemples où aucune action inclusive n’a permis de ramener la paix, je citerai en plus le cas du Rwanda qui fait école en la matière.

Les Partis Politiques n’ont pas été suffisamment associés au règlement de la crise alors que la rencontre de Khartoum en donnait la possibilité.

L’ouverture s’est portée particulièrement en direction des Groupes Armés et pas assez en direction des Partis Politiques et la Société Civile.

Les Groupes Armés ont des intérêts divergents. Je ne comprends pas que nous n’ayions pas été capables de rassembler les forces vives de la nation pour ceux-ci en minorité. Au lieu de cela, nous avons réussi l’exploit de les fédérer contre nous, contre le peuple souverain, au point de leur donner désormais un statut official – c’est incroyable et déplorable!

 

CNC: Pour faire taire les armes, le gouvernement et les 14 groupes armés ont décidé de mettre en place des unités spéciales mixtes de sécurité. Et ces unités, faut-il le rappeler Monsieur le Président, prévoient une composition à majorité des rebelles, forces, non-conventionnelles, que des FACAs. Quelle est votre lecture de leur mission?

Gaston Mandata N’Guérékata Je me suis deja prononcé sur ce point. Je suis sûr que nos autorités auront la sagesse de ne pas choquer outre mesure nos forces de défense et de sécurité, lesquelles ont été formées à grands frais par le sacrifice du peuple et les efforts de la Communauté Internationale.

 

CNC: En d’autres termes, le Président Touadera a failli à sa mission de protection du peuple?

Gaston Mandata N’Guérékata. Non. Le Président Touadéra a une volonté manifeste de nous conduire vers la paix. Mais comme vous savez, il y a toujours mille chemins pour y parvenir. Nous n’avons pas l’apanage de la vérité. Nous pensons néanmoins que continuer à tendre la main aux rebelles qui ne respectent jamais leurs paroles et qui n’ont aucun projet pour le pays, ne fera que retarder l’avènement d’un jour meilleur pour nos populations meurtries. Voyez-vous, ces gens prétendent occuper 80% du pays. Que font-ils dans ces territoires? Construisent-ils des écoles, des centres de santé, des routes? Organisent-ils les populations autour des projets de développement? NON. A l’inverse, ils spolient les populations, lèvent des taxes illégales pour leurs propres besoins, bref – rien de révolutionnaire, de progressiste. En bon francais, ce sont des aventuriers pour ne pas dire des prédateurs économiques et des criminels.

 

CNC: Contrairement à l’année dernière, le Président Touadéra a fêté son troisième anniversaire au pouvoir sans tambour ni trompette. Est-ce parce qu’il a échoué?

Gaston Mandata N’Guérékata De quel échec parlez-vous? Le Président Touadéra a hérité d’une situation très difficile. Il ne pouvait faire de miracle en si peu de temps. Je crois plutôt qu’il n’a pas suffisamment capitalisé le soutien du second tour de l’élection présidentielle. Voyez-vous, un pouvoir issu des urnes ne doit pas négocier avec des gens qui prennent en otage des populations entières. Que veulent-ils en fin de compte? Quelles revendications politiques? Quelle idéologie? Les Sélékas ont pris le pouvoir en 2013. Qu’en ont-ils fait? Sinon des tueries, des exactions les plus graves de mémoire de centrafricain, la destruction de biens notamment les archives des municipalités aux fins d’introduire illégalement dans le pays des tueurs étrangers qui les ont aidés à prendre le pouvoir. Ils ont favorisé l’émergence des anti-balakas comme force de défense patriotique hélas devenue elle aussi force du mal. Il est temps qu’ils le reconnaissent.

Je me permets ici d’interpeller mon frère Nourredine Adam. Je lui dis ce que j’avais dit à mon autre frère Djotodia en 2013 dans son Palais du Camp de Roux. Nous sommes de la même région, Monsieur Nourredine. Vous fustigez le pouvoir de Bangui d’avoir abandonné notre région. Mais sommes-nous les seuls à être abandonnés par Bangui? Et l’extrême Est, le Sud-Ouest, le Nord-Ouest, autant de régions toutes aussi abandonnées par le pouvoir central depuis des décennies? Pourquoi prendre les armes et non adopter un combat non-violent comme Gandhi, Martin Kuther King Jr., Nelson Mandela par exemple aux fins de préserver des vies humaines? Quelle est votre vision pour notre pays? Parce que dans ce domaine, il n’est possible de gagner de combat que si vous tenez un discours clair, lisible, patriotique.

Enfin pour revenir à votre question, je me dois de saluer la décision du Chef de l’Etat qui n’a pas invité la population à des grandes festivités ce 30 Mars. J’ai toujours pensé qu’il n’y a rien à fêter tant que le peuple est dans cette immense souffrance.

Mon parti le PARC est toujours disposé à contribuer au retour de la paix, et je réitère encore une fois notre adhésion à la politique du Président Touadéra, même si nous ne partageons pas son approche de la question sécuritaire tout en souhaitant que nous ayions tors sur ce point.

 

CNC: Monsieur le Professeur, je vous remercie

 

Gaston Mandata N’Guérékata. Merci de l’opportunité que vous m’avez offerte pour m’adresser aux Centrafricaines et Centrafricains.

 

Propos recueillis par Anselme Mbata

 

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