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“Pardon et réconciliation, voies royales de sortie de crise en Centrafrique”, estime Mgr Nongo Aziagbia

Lu pour vous

 

 

https://www.la-croix.com  La Croix le 25/04/2019 à 09:34 

 

(*)

Dans son message de Pâques en date du 16 avril 2019, intitulé « En route avec le Christ », Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia, sma, évêque de Bossangoa (République Centrafricaine) souligne notamment que la « célébration de la Résurrection engage les chrétiens à l’adéquation à la volonté de Dieu ». Ce qui, pour lui, signifie « devenir acteurs de libération » et « promoteurs de paix et de justice dans un monde solidaire et plus humain ». À la suite du Christ, trois attitudes fondamentales sont à privilégier, poursuit-il, « à savoir l’humilité, le service et la réconciliation ». Un chemin de l’humilité exigeant « dans un environnement où tout le monde cherche à s’accrocher au pouvoir aussi bien dans le monde politique que dans l’Église ». Un contexte militaro-politique où certains « se sont arrogé le droit de décider du destin de leurs frères et sœurs en leur imposant la misère et la pauvreté dans un climat délétère… », affirme Mgr Nongo Aziagbia. L’évêque de Bossangoa qui précise également que ni l’Église ni même le diocèse « ne sont épargnés par ces déviances ». Alors que les bases du vivre-ensemble sont ébranlées en Centrafrique, il estime que « seuls le pardon et la réconciliation sont les voies royales de sortie de cette crise ». Un pardon sans condition qui donne toutes ses chances « à la reconstruction et à un nouveau départ ». « Tels sont les défis que nous sommes appelés à relever avec le Ressuscité », conclut Mgr Nongo Aziagbia.

La DC

Depuis le premier dimanche de Carême, nous nous sommes mis en route avec le Christ. Cette belle aventure nous a conduits à la joie de Pâques et de la Résurrection. Pourtant quels chemins avons-nous parcourus à ce jour ? Tandis que les exigences de la vie du disciple imposent une parfaite adéquation au Christ, les fidèles sont appelés à opérer des choix radicaux.

Face aux multiples tentations liées au besoin de survie, à l’envie de pouvoir en vue de tout contrôler et de tout soumettre à sa propre volonté et enfin au désir de se prendre pour Dieu et de douter de sa protection, le fidèle est exhorté à résister à Satan et à toutes ses manipulations pour que se manifeste dans sa vie (cf. Lc 4, 1-13) la pleine volonté de Dieu. C’est pourquoi Saint Paul encourage les Philippiens à tenir bon dans le Seigneur (Ph 4, 1).

Certes les tribulations sont énormes. Mais de diverses manières, le Seigneur ne cesse d’encourager et d’affermir la foi de son peuple. En effet le récit de la transfiguration (Lc 9, 28b-36) donne aux disciples d’entrevoir la gloire à laquelle ils aspirent dans le Christ. Dieu se révèle dans sa magnificence et se fait proche des hommes. Sa beauté est irrésistible au point que Pierre souhaite planter sa demeure chez Lui (Lc 9, 33a). Pourtant le chemin vers la gloire passe par les blessures, les fragilités et les vulnérabilités de notre vie. C’est l’expérience de la croix qui traverse notre existence marquée par la jalousie, la haine, la méfiance, la rancœur, l’envie de vengeance et l’hypocrisie. Aussi sommes-nous prestement invités à sortir de la bulle d’évasion du merveilleux et d’un monde idyllique pour nous plonger dans les conditions parfois difficiles de notre existence en descendant de la montagne. En effet la Résurrection ne nous coupe pas de nos réalités. Mais elle les illumine du rayon de la foi et de l’espérance.

Marcher avec le Christ sur le chemin de Pâques, c’est s’engager à faire la volonté de Dieu, sortir de l’esclavage, créer les conditions d’une humanité nouvelle dans un monde renouvelé en Dieu.

Confrontés aux doutes qui nous assaillent et à l’indécision qui caractérise nos choix, nous nous sentons comme ballotés par les vents contraires sans orientation précise. Nous succombons ainsi à la tentation de culpabilisation et de remise en cause de l’existence de Dieu. Et pourtant la volonté de Dieu vise en toutes circonstances le bonheur de l’homme dans les choix parfois difficiles que chacun est appelé à faire en vue de rester humain et proche des autres. Cette volonté se déploie dans les événements de notre quotidien et nécessite de manière active notre collaboration. Dans cette perspective, la volonté de Dieu n’est ni un diktat qui s’impose à l’homme, ni une liste de tâches à cocher.

Dans l’accomplissement de la volonté de Dieu, l’homme coopère à sa propre libération. Tel est fondamentalement l’événement que nous célébrons dans la résurrection du Christ. De la victoire sur le péché et le mal, du passage des ténèbres à la lumière ainsi que de la mort à la vie, Pâques nous inscrit résolument dans une dynamique de vie nouvelle en Jésus le ressuscité. Dans le contexte vétérotestamentaire de la sortie d’Égypte et de l’exode, la libération prend la forme d’un environnement socio-politique où l’homme jouit de tous ses droits. Nous pouvons à juste titre l’étendre aux combats de toute personne en faveur d’un monde plus juste et solidaire, aux préoccupations liées à la protection des enfants et des personnes vulnérables, aux combats pour l’égalité entre les hommes et une meilleure reconnaissance des femmes.

Ce combat mène inéluctablement au paradigme d’une création nouvelle (1 Co 5, 17-21) et d’une nouvelle humanité (Lc 4, 1-13) dont Jésus est le modèle par l’indéfectible foi et la confiance qu’il a placées en son Père. Il trace ainsi à tous ses disciples le chemin d’humilité dans l’abnégation à soi au service des autres. Dans cette perspective, la célébration de la résurrection engage les chrétiens à l’adéquation à la volonté de Dieu, à devenir acteurs de libération pour leurs frères et sœurs, et promoteurs de paix et de justice dans un monde solidaire et plus humain. Ambassadeurs du Christ dans un environnement hostile, nous sommes appelés à témoigner à temps et à contretemps, enracinés dans la foi et la Parole de Dieu.

Humilité, service et réconciliation

En dehors des structures du péché qu’il faut éradiquer et un ordre socio-éthique qu’il convient d’établir, comment pouvons-nous donner sens à la résurrection du Christ dans le contexte pastoral et sociopolitique qui est le nôtre ? Loin de satisfaire à une quelconque convenance culturelle, la résurrection nous transforme dans notre manière d’être avec Dieu et avec nos frères et sœurs. Nous pouvons à la suite du Christ privilégier trois attitudes fondamentales, à savoir l’humilité, le service et la réconciliation.

De nature divine et d’égale dignité avec le Père, le Christ s’est entièrement dépouillé pour se faire serviteur de ses frères et sœurs sans considérer le prix à payer jusqu’au don de sa propre vie (Ph 2, 6-8). Le chemin de l’humilité est exigeant dans un environnement où tout le monde cherche à s’accrocher au pouvoir aussi bien dans le monde politique que dans l’Église. Il parait normal de se hisser en haut de la pyramide en prenant les autres pour marchepied. L’autre devient littéralement un instrument à mon service. C’est la logique qui soutient et perpétue le conflit qui a complètement plongé notre pays depuis bientôt sept ans dans une profonde crise militaro-politique aux conséquences désastreuses. Certains se sont alors arrogé le droit de décider du destin de leurs frères et sœurs en leur imposant la misère et la pauvreté dans un climat délétère, fait d’insécurité et de précarité. Comme des vampires ils se nourrissent de leur sang.

Notre Église et notre diocèse ne sont pas épargnés de ces déviances qui fragilisent notre témoignage et l’efficacité de nos actions pastorales. C’est le risque du cléricalisme que dénonce avec force le pape François. Le ministère est perçu, non plus comme un service au profit de la promotion de l’homme et de l’annonce de l’Évangile, mais plutôt comme un moyen de faire carrière, de bien se faire voir, de faire pression sur ceux qui sont confiés à notre charge pastorale et de les exploiter à notre avantage. Le défi de la résurrection consiste, en ce domaine particulier, à imiter le Christ dans le service de nos frères et sœurs. En effet Jésus l’a rappelé à ses disciples, il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (Mc 10, 45). Avec le ressuscité, nous sommes invités à un changement de paradigme et au renouvellement de notre schème mental.

La configuration au Christ fait de nous des créatures nouvelles et un peuple de réconciliés (2 Co 5, 17). En Jésus-Christ, nous sommes en effet réconciliés avec Dieu et les uns avec les autres. Nous avons obtenu, comme le rappelle saint Paul, le ministère de la réconciliation. Comment pouvons-nous donc exercer ce ministère si nous trouvons difficile de dépasser les fautes de nos frères et sœurs ? Dans le contexte militaro-politique qui a détruit les bases du vivre-ensemble et provoqué certains antagonismes entre communautés voire entre individus, seuls le pardon et la réconciliation sont les voies royales de sortie de cette crise. Pardonner sans condition, donner la chance à la reconstruction et à un nouveau départ, tels sont les défis que nous sommes appelés à relever avec le Ressuscité.

En route avec le Ressuscité et pour une résurrection qui fait de nous des acteurs de notre propre libération et du renouvellement de notre société à l’image de la création voulue par Dieu, laissons-nous conduire par l’Esprit d’amour, de justice, de paix, de pardon et de réconciliation.

(*) Titre et intertitre de La DC.

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