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RCA: «L'accord indique le chemin pour arriver à la paix», assure Martin Ziguélé

INVITÉ AFRIQUE

 

RCA: «L'accord indique le chemin pour arriver à la paix», assure Martin Ziguélé

 

Par Laurent Correau  RFI mardi 21 mai 2019

 

C'est un symbole fort : en Centrafrique, les FACA forces armées centrafricaines se sont réinstallées le 18 mai à Kaga-Bandoro, une ville tenue par deux mouvements rebelles, le MPC de Al-Khatim et le FPRC de Noureddine Adam. Ce retour de l'Etat est salué par l'un des leaders de la classe politique centrafricaine, Martin Ziguélé, député et président du parti MLPC. Selon lui, le processus de Khartoum permettra d'avancer vers la paix sans sacrifier la justice... Dans un contexte où les regards commencent à se tourner vers les prochaines échéances électorales, fin 2020, Martin Ziguélé appelle cependant les autorités à ne pas céder à certaines tentations en matière de pluralisme ou de liberté d'expression. Martin Ziguélé, au téléphone avec Laurent Correau.

 

RFI : Une centaine de membres des Forces armées centrafricaines, les Faca, sont revenues à Kaga-Bandoro après cinq ans d’absence. C’est un redéploiement symbolique. Et il intervient après d’autres retours de militaires à Paoua, Bouar, Bangassou ou encore d’autres localités de l’intérieur. Est-ce qu’on peut dire que l’État reprend progressivement le contrôle de l’intérieur du pays ?

Martin Ziguélé : Oui, on peut dire cela. Et on peut même ajouter que c’est la preuve que l’accord, même s’il a suscité des débats et qu’il continue à susciter des débats, marche parce que l’essentiel comme disait quelqu’un, c’est que le mouvement permette d’aller de l’avant. Aujourd’hui, c’est à Kaga-Bandoro. Nous en sommes très satisfaits, mais demain, il faut que les Faca arrivent à Bria, à Ndélé, à Birao, à Zako, à Obo. Après plusieurs années de guerre, un accord de paix n’est que la traduction politique du rapport de force sur le terrain. L’Etat n’a pas fait le choix politique de faire la guerre, l’Etat n’a pas les moyens de faire la guerre. Les forces internationales qui assistent l’État centrafricain ont dit de manière très claire qu’elles veulent accompagner une dynamique de paix. Et je pense que cet accord indique le chemin pour aller vers la paix. Ça va être difficile, mais c’est le chemin le plus réaliste, en tout cas le chemin le plus économe en matière de vies humaines.

Est-ce que vous avez l’impression comme d’autres que le processus actuel fait le sacrifice de la justice au bénéfice de la réconciliation ?

L’impression que j’ai, c’est que la justice n’est pas sacrifiée. Mais il y a un temps pour tout, il faut être réaliste. Il ne faut pas demander de manière concomitante à la fois mettre en prison les personnes avec qui vous signez l’accord de paix, et à la fois obtenir la paix. Donc la justice fera son travail. Mais la justice a une démarche, il y a une démarche d’instruction. Il y a une démarche de mise en œuvre des différentes procédures pour que les uns les autres puissent rendre compte de ce qu’ils ont fait. Parmi ceux qui étaient à Khartoum, personne n’a perdu de vue que la question de la justice est centrale. L’opinion nationale est très vigilante sur cette question parce que la crise centrafricaine, c’est une crise à rebondissements depuis un certain nombre d’années. Et tout le monde a bien compris qu’il faudra qu’on arrive à la case justice. Il y a des victimes, vivantes au sein de la population centrafricaine. Il y a des enfants des victimes, il y a des veuves, il y a des orphelins. Il y a tout ce monde qui a souffert de cette crise. Et donc je ne sais pas par quelle alchimie on peut dire, on ne tient pas compte de tout cela.

Le jeu politique centrafricain s’est enrichi depuis la fin de l’année dernière d’un nouveau venu, le Mouvement cœurs unis (MCU), un mouvement qui soutient le président, Faustin-Archange Touadera. Quel est le regard que vous portez sur la place que prend ce nouveau venu sur la scène politique centrafricaine ?

Lorsqu’un parti était au pouvoir ou du pouvoir, il y a des forces à l’intérieur de ce parti politique, ou il y a des personnes à l’intérieur de ce parti politique qui oublient que les partis politiques concourent à l’expression de l’opinion, mais ne peuvent pas se substituer à l’État, et on peut avoir une tendance à l’hégémonie. Il revient aux Centrafricains dans leur ensemble de veiller à ce qu’aucune force politique ne puisse se comporter comme un parti État. Nous veillons, nous MLPC, et je pense que c’est le cas d’autres forces politiques aussi, nous veillons comme à la prunelle de nos yeux, à ce que la diversité d’opinion soit maintenue dans les faits et dans les actes,  nonobstant  les tendances ou les tentations qui peuvent pousser les uns et les autres vers cette direction.

Est-ce que vous avez le sentiment que de telles tentations existent à l’heure actuelle ?

Elles sont possibles, parce qu’elles sont dans la nature des choses.

La mécanique politique se remet progressivement en route dans la perspective des élections de décembre 2020. Serez-vous de nouveau candidat dans 18 mois à l’élection présidentielle ?

Je suis président du MLPC [Mouvement de libération du peuple centrafricain]. C’est l’un des rares partis politiques centrafricains qui dit que le président du parti n’est pas automatiquement son candidat aux élections. Il y aura un congrès certainement du parti avant les échéances que vous citez.  Et le parti avisera.

Est-ce que vous serez candidat à la candidature ?

Je suis militant, donc je suis susceptible d’être candidat comme beaucoup d’autres. Mais aujourd’hui, ce qui me préoccupe, c’est la paix dans mon pays et le reste viendra naturellement.

Dans quel climat politique d’ailleurs cette précampagne s’installe-t-elle par rapport aux libertés, notamment aux libertés d’expression et de réunion ?

Ces derniers temps, il y a eu des mouvements de la société civile. Il y a eu même des arrestations d’un certain nombre de personnes, en l’occurrence Beninga Crescent de la société civile [porte-parole du Groupe du travail de la société civile (GTSC])]. Moi, j’ai fait un appel pour demander sa libération parce que j’ai dit, c’est normal que dans un pays qui aspire à être démocratique, il y ait des hommes, des femmes qui jugent des actes posés par l’État, qu’ils soient d’accord ou pas d’accord, et qu’ils l’expriment, mais sans violence. L’État ne doit pas se raidir, l’État ne doit pas faire la même chose que ceux qui luttent contre les libertés, parce que les groupes armés luttent contre les libertés.

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Combien de morts depuis l'accord de Khartoum en février 2019 ?

Le scepticisme se confirme par le carnage de plus de 30 morts dans l'Ouham et l'Ouham-Pendé par 1 des groupes armés.

Dorénavant toutes nominations dans l'administration centrafricaine ou dan l'exécutif d'1 gouvernement se vant toutes nominations dans l'administration centrafricaine ou dan l'exécutif d'1 gouvernement se feront par une présentation d'1 C.V (curriculum vitae) qui résume de l'activité d'1 candidat(e), ayant une bonne capacité d'analyse, de compréhension et de compétences, sachant lire, écrire, parler au moins 2 à 3 langues (de préférences Sangö, Français, puis Anglais ou autre avec 1 traducteur).
Mais tant que cette notion de base minimum ci-dessus n'est pas requise, il va falloir faire autre chose. Puisque cet accord forcé au forceps pour faire entrer les groupes armés par l'Union Africaine et l'ONU, imposé aux centrafricains bantu Ubuntu, afin d'apaiser la frustration des pions (groupes armés) laissés sur le tatami par les sponsors obscurs (ceux qui veulent à tout prix déstabiliser la R.C.A à cause de ses matières premières). C’est ainsi que le niveau de compétence dans le gouvernement de NGREBADA, s’est abaissé, si l’on fait une moyenne générale, nous sommes loin du niveau des années 1970 dans l’administration centrafricaine. Car il fût 1 temps les autres pays de l’Afrique Centrale venait se former en Centrafrique dans nos institutions et administrations, et oui qu’on se le dise…

Par rapport à ces 30 morts annoncés en province, comme quoi il fallait attendre au moins 6 mois pour faire le bilan de cet accord de Khartoum qui fait qu'augmenter le nombre des morts de civils non-armés. Mais tout accord et révisable ou encore de mettre cet accord caduc, si cela ne correspond plus aux aspirations du peuple centrafricain Bantu Ubuntu.

1 contrôle aux frontières de la R.C.A doit reprendre pour filtrer et interdire les nuisibles.

Les responsables des groupes armés qui font partie du gouvernement centrafricain légal, doivent prendre leurs responsabilités par rapport à leurs éléments électrons libres, car 1 accord peut facilement être caduc, si ces responsables ne tiennent pas en laisse leurs fous furieux qui sont en marge de la société comme des grands bandits voleurs.

Les civils ne sont pas encore dans la phase de prendre les armes, mais s'il faut que cela se fasse, cela se fera. Pour l'instant c'est le job d’autorités légales de faire respecter la LOI et REGLEMENTS en VIGUEUR.

L'exemple des exactions sur l'axe économique entre la R.C.A et le Cameroun, doit s'arrêter par ce FDPC, si cela se répète, le Préfet de la région doit prendre ses RESPONSABILITES en tant qu'entité de ce FDPC. On ne va pas non plus foutre la merde dans l'exercice de fonction de ce Préfet issu de FDPC, mais si son groupe armé FDPC rejoue le blocage, ou de voler, de brûler les camions, alors le Préfet qui a encore les gènes de son groupe armé doit monter aux fronts pour parler à son équipe d'embuscade.

Comme quoi ces groupes armés confondus ne savent pas exactement, ce qu'ils veulent, puisque eux même ne comprennent pas pourquoi ils sont dans cette galère qu’ils ont eux mêmes créée.
A qui la faute ? Eh bien la faute incombe aux groupes armés qui pensaient tout avoir avec des armes et munitions, mais jamais du jamais une cartouche a fait pousser du maïs ou du goundja ?
Car on vous a roulé dans la farine et laisser sur le bord de la route, c'est aussi simple que cela, parce que vos sponsors obscurs n'ont rien à faire de vous et c'est ainsi.

Ce qui vient de se passer dans l'Ouham et environ, ce n'est pas du Fake News, mais c'est du réel, donc on aimerait que ceux qui se disent politiciens en Centrafrique, de réagir, de monter sur le strapontin et dire quelque chose de fort, que de faire de interviews publicitaires pour endormir les gens, le centrafricain a besoin du concret, pas de théorie, non et non.
L’Union Africaine et l’O.N.U doivent convoquer les responsables des groupes armés de toutes ces situations tordues pour leur signifier la conduite à tenir.
Evitez de faire déborder le vase, par ces personnes à qui il faut encore « ré-pré-formater » avant de s’insérer dans la société, vu leur fonctionnement anarchiste dans la brousse, leurs chevilles gonflent de voir les siens dans le gouvernement NGREBADA, alors ils ne tiennent plus, dites à qui vous voulez, évitez de faire déborder le vase, afin d’éviter 1 point de clash…et de non-retour.
So ta ingango dô ti a zo so a yé méné, a ké da pépé, ala yé nyen ?
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