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Forrest - Balkany, l’aventure JUDICIAIRE au parfum d’uranium

Lu pour vous

 

Le Soir Samedi 6 et dimanche 7 juillet 2019

 

Le procès Balkany a exploré les aventures de Patrick en Afrique, aux côtés du Belge George Forrest. 5 millions pour une villa au Maroc. Avant une rupture brutale devant le juge

 

RÉCIT LOUIS COLART

 

Les deux hommes se seraient vus une demi-douzaine de fois dans leur vie. Pas plus. Une relation d’affaires vite fructueuse. Avant de se donner du « menteur » dans le bureau du juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke. La relation entre l’homme d’affaires belge, George Forrest, et l’élu sulfureux de Levallois, Patrick Balkany, en dit long sur le dossier qui vient d’être jugé devant le tribunal correctionnel de Paris autant que sur le monde minier en Afrique. Jugé le mois dernier en même temps que son épouse, Isabelle, son fils et de proches collaborateurs, Patrick Balkany risque 7 ans de prison pour corruption et 4 autres pour fraude fiscale. Le maire de Levallois-Perret, commune cossue de la banlieue parisienne, attend son jugement pour septembre et octobre. Un milliardaire belge a joué un rôle prépondérant dans cette déchéance judiciaire. Les liens entre George Forrest, surnommé le « vice-roi du Katanga », et le député-maire s’étaient pourtant noués sous les meilleurs auspices. Avant de tourner au vinaigre. Jusqu’à une confrontation « dure, virulente », se souvient l’avocat de Forrest, Bruno Illouz. Récit de ce mariage de la carpe et du lapin ; du businessman froid et du maire flamboyant.

Voyages en jet

Voyages en jet George Forrest est entendu une première fois par les juges en septembre 2014. A cette occasion, le magnat des mines raconte sa rencontre avec l’élu. « Patrick Balkany m’a été présenté par Laurent Taïeb en octobre 2007 », raconte George Forrest, qui approche les 80 ans aujourd’hui. Taïeb publie le magazine L’Essentiel des relations diplomatiques, une revue « qui fait la promotion de sociétés et de pays ». « M. Taieb est venu me voir à Lubumbashi avec plusieurs personnes : M. Balkany en faisait partie. » Le nom du maire de Levallois apparaît bien sur le plan de vol du jet personnel du businessman belge. Un trajet entre le Bourget, Kinshasa, Lubumbashi et Bangui (Centrafrique). Le tout aux frais de Forrest. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais Patrick Balkany va vite recroiser la route de sa connaissance belge. L’élu tente de s’imposer dans une négociation complexe entre le groupe nucléaire français Areva et le gouvernement centrafricain. Sans y être spécialement invité… « Areva était bloquée, l’Etat centrafricain menaçait de lui retirer ses permis faute d’avoir été mis au courant d’une OPA sur Uramin et réclamait à l’entreprise, de mémoire, 250 millions d’euros », résume devant les juges George Forrest. La cellule diplomatique de l’Elysée appelle son consul honoraire à la rescousse. Il faut sortir le fleuron de l’industrie française du pétrin Uramin. « J’ai joué le rôle de facilitateur » dans cette négociation, explique le milliardaire.

 

L’élu s’impose dans une négociation complexe entre le groupe nucléaire français Areva et le gouvernement centrafricain

Sébastien de Montessus, à l’époque responsable du secteur des mines pour Areva, salue son intervention : « Pour la première fois, j’avais en face de moi un interlocuteur qui comprenait parfaitement le sujet. George Forrest n’est pas un intermédiaire, il est avant tout un industriel et en particulier un industriel du secteur minier ». Montessus est assisté par un banquier de formation, le Belge Jean Wouters. Cela tombe bien, ce dernier est un intime de Forrest. « Il avait été précédemment le banquier de mon groupe lorsqu’il travaillait à la Belgolaise », se souvient le roi des mines. Parallèlement, Balkany ajoute son grain de sel à la négociation. A l’en croire, il connaît très bien le président centrafricain Bozizé. Il fait offre de service à Sébastien de Montessus. Pendant que Forrest négocie, entre février et août 2008, en direct avec Bozizé, Patrick Balkany ne veut manquer aucune miette des débats. « Pendant toute cette période, M. Balkany s’informait très régulièrement de l’état d’avancement de nos discussions. J’ai en tête au moins un déjeuner à la mairie de Levallois » en présence de MM. Forrest et Wouters, relate Montessus. Cette entremise agace certains. Après quelques mois, la négociation est bouclée. Le nom de Forrest en sort grandi. Areva souhaite capitaliser sur sa nouvelle relation et s’associe au Belge pour obtenir les permis qui lui manquent en Centrafrique. Balkany, lui aussi, voudra capitaliser sur sa rencontre avec Forrest.

Une belle affaire en Namibie

Une belle affaire en Namibie En septembre 2008, il appelle son nouvel « ami ». Il y aurait une affaire à réaliser en Namibie. Forsys, une société cotée à la Bourse de Toronto, y exploite des gisements d’uranium. Une OPA est envisageable pour quelque 500 millions de dollars. Forrest envoie sur place son bras droit, l’ancien député VLD Pierre Chevalier. Avec Balkany, ils se rendent en Namibie. On parlemente avec les dirigeants de Forsys, on visite ses installations... Décision est prise de lancer cette OPA. « Comme M. Balkany m’avait apporté l’affaire et que tout commissionnaire reçoit une commission entre 2 et 5 %, voire 10 %, j’ai négocié avec M. Balkany à 1 %. On a arrondi à 5 millions de dollars. J’ai effectué deux virements de 2,5 millions de dollars les 22 et 29 juin 2009, à partir de mon compte personnel en Suisse, en faveur du compte numéro 16.51.663.21 ouvert à la Commerz Bank de Singapour de la Société Himola », expose George Forrest dans le bureau du juge. C’est une bombe. Les investigations appuieront en tout point le récit du Belge. Cette commission de 5 millions n’est pas déclarée. Une grande partie de la somme servira, via un schéma complexe, à financer et meubler une villa somptueuse à Marrakech, au Maroc. C’est dans le bureau du maire de Levallois que l’élu remet les chiffres du numéro du compte sur un bout de papier. Sous les yeux d’une effigie de Marianne et du portrait de Nicolas Sarkozy. « On nous dit que seuls les Napolitains et les Siciliens croient aux statues qui pleurent. Mais j’ai le sentiment que Marianne a dû pleurer ce jour-là » s’est figuré, lors de ses réquisitions en juin dernier, le procureur Arnaud de Laguiche. Face aux affirmations de Forrest, Balkany nie en bloc. Il n’aurait jamais mis les pieds en Namibie. Il ne sait rien de Forrest et de l’entreprise Forsys. Les juges décident de confronter les deux hommes. La rencontre, organisée le 28 janvier 2015, fait des étincelles. D’autant que l’avocat de Forrest fait verser au dossier des photos et relevés de comptes attestant de la présence de Balkany en Namibie. « Je n’ai jamais fait d’affaires avec M. Forrest ni avec personne d’autre d’ailleurs », fulmine Patrick Balkany. L’homme est dans les cordes. Il finira par admettre avoir fait un crochet en Namibie. Dans le bureau du juge, le ton monte. Le maire s’engouffre dans ce qu’il croit être une faille dans le récit : l’OPA sur Forsys n’est jamais allée à son terme. La faute à l’explosion de la centrale de Fukushima, qui fera s’effondrer le cours de l’uranium, ainsi qu’à la crise financière. « C’est formidable, vous avez devant vous la seule personne qui touche des commissions sur des affaires qui ne se font pas », jubile Balkany. « Pour moi, l’accord avec M. Balkany était terminé lorsque j’ai lancé l’OPA », réplique Forrest. « Il était normal que je respecte mon engagement de verser une commission pour l’apport d’affaire. » « Je n’ai jamais remis de numéro de compte à M. Forrest ni à qui que ce soit. Je ne connais pas ces comptes et sociétés. M. Forrest est un menteur ! Je demande qu’on le mette en majuscules et souligné », s’emporte le maire. George Forrest, de marbre : « J’ai bien reçu de M. Balkany, honorable député, le numéro du compte de sa société à Singapour. Or, rien n’interdit à un citoyen quel qu’il soit d’avoir un compte à l’extérieur ». Patrick Balkany peste : « Ce n’est qu’un mensonge de plus dans la bouche de M. Forrest ». Forrest conclut : « Lequel des deux est le menteur ? Je crois, moi, que c’est M. Balkany le menteur. » Ce sera leur dernière rencontre.

Pourquoi Forrest n’a pas été poursuivi

Lorsqu’il est entendu pour la première fois dans l’enquête visant les époux Balkany, George Forrest est placé sous le statut de témoin assisté. Un statut hybride, entre simple témoin et mis en examen (inculpé). L’organisme anti-blanchiment français, Tracfin, était tombé sur le virement de 5 millions de dollars du compte personnel du Belge vers un compte soupçonné bénéficier in fine à Patrick Balkany. Les enquêteurs soupçonnent un « blanchiment », dans le chef du magnat des mines. L’enquête le démentira. « Ce n’est pas par charité que les juges n’ont pas poursuivi George Forrest », analyse son avocat, Bruno Illouz. « Il n’a simplement commis aucune infraction. Il a payé, en toute transparence, Patrick Balkany en sa qualité d’apporteur d’affaire. » Cet argent, non déclaré par les époux de Levallois, ne met pas en cause le Belge. « Mon client ne saurait être tenu responsable du non-respect de ses obligations par Patrick Balkany », conclut Me Illouz.

L.CO.

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