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Des prêtres africains en CDD d'été dans les diocèses français

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https://www.franceinter.fr par Delphine Evenou publié le 23 août 2019 à 7h10

 

Pendant l'été, certaines églises françaises reçoivent le renfort de prêtres étrangers pour pouvoir animer les messes quotidiennes. Le diocèse d'Angers en accueille 34 cette année. Le père Freddy Wakanga, centrafricain, vient ainsi de passer deux mois à Béhuard.

 Freddy Wakanga, 41 ans, n'a pas parcouru beaucoup de kilomètres pour arriver à Béhuard, village de 125 habitants au cœur du Maine-et-Loire : il est arrivé au début de l'été de Belgique, où il suit depuis un an des études de catéchèse. Mais le chemin qui l'a mené jusqu'à ce CDD d'été a, lui, été plus long. Le prêtre vient du diocèse de Kaga Bandoro dans le nord de la Centrafrique. C'est son évêque qui lui a suggéré de partir étudier quelques temps en Europe pour sortir de sa tête les images dont il a été témoin. 

Un départ en Europe pour se reconstruire

Si les violences se sont calmées depuis la signature d'un accord de paix le 6 février 2019, la Centrafrique est ravagée par un conflit inter-communautaire depuis 2013 et la chute du président François Bozizé. 80% du pays est contrôlé par des groupes armés et des milices. Le diocèse de Kaga Bandoro et la paroisse de Mala, où Freddy Wakanga a exercé pendant cinq ans, n'ont pas échappé aux violences, même si la situation s'est apaisée depuis le mois de mai 2019 avec le retour des militaires centrafricains.

"À l'apogée de la crise", raconte le père Wakanga, "au moins 3 000 personnes sont venues se réfugier autour de la mission et de l'évêché, plus ou moins sécurisés par les soldats de l'ONU, mais il y a eu des attaques de groupes armés". 

À ce moment-là, c'étaient les pasteurs qui faisaient la médiation entre les belligérants. Mais parfois, j'en étais incapable, face aux faits : il y a des gens qui ont été enterrés vivants car accusés de sorcellerie, des gens qui ont été mutilés. Il y avait cette espèce de vengeance dans les cœurs, et les gens, débordés, ne pouvaient plus écouter leur pasteur."

Sur les conseils de son supérieur, Freddy Wakanga est donc arrivé en octobre 2018 en Belgique pour suivre des études, et c'est un camarade prêtre qui lui a parlé de ces remplacements d'été dans les églises françaises. Comme plus d'une centaine de religieux, il a fait une demande auprès du diocèse d'Angers, et sa candidature fait partie des 34 acceptées cette année. 

Un sanctuaire du Ve siècle comme paroisse

Pour cette première expérience, le père Freddy Wakanga a été affecté à l'église de Béhuard, construite sur un rocher où a été érigé en 431 un sanctuaire à Marie, puis une église voulue par Louis XI.

 Pendant la période estivale, le dimanche, et tous les matins à 9 heures, il célèbre la messe pour un petit noyau de fidèles. Le prêtre centrafricain a d'abord du s'adapter : "Chez nous, c'est plus animé, ça chante, ça danse. Ici c'est un peu plus mort. Et chez nous, tout est très préparé, un peu moins ici. Mais chaque pays a sa réalité". En revanche, Freddy Wakanga est surpris de voir que les églises françaises sont plus fréquentées que ce qu'il imaginait : "Chez nous, en Afrique, on entend que l’Occident est sécularisé, qu’il y a peu de foi, que les gens ne viennent plus à l’église. Je voulais voir cette différence.

Je suis très étonné de voir qu’il y a la foi ici, les gens viennent à l’église, et notamment les jeunes. Alors que chez nous, on pense qu'il n'y a que les personnes âgées. Et ce qui m’a frappé, c’est la piété, ici.

Accueilli à bras ouverts par les fidèles, durant son séjour, le père Wakanga, a pu aussi visiter le patrimoine français, avec parfois des chocs : "On m'a emmené au Puy-du-Fou. C'est assez étonnant de voir qu'on est capable d'esthétiser la guerre...". Avant de repartir en Belgique, début septembre (puis dans son diocèse de Kaga Bandoro dans un an), il veut visiter la cathédrale de Lisieux en Normandie. 

Un regret pour lui en revanche : ne pas avoir pu célébrer des mariages ou des baptêmes. L'église Notre-Dame de Béhuard est en effet un lieu de pèlerinage, plus qu'une paroisse classique, et voit surtout défiler des croyants de passage.

"C'est du gagnant-gagnant"

Mais reste que pour les habitants catholiques de Béhuard, l'arrivée du père Wakanga pour ces deux mois est une chance. Les messes quotidiennes du matin n'auraient pas pu avoir lieu sans lui. Faustine, 43 ans, estime ainsi que "l'Église d'Afrique vivifie l'Église elle-même. Du coup on ne peut pas se passer des prêtres africains qui sont très nombreux et nous permettent aujourd'hui d'évangéliser en France". 

 Tout le monde a à y gagner, renchérit Philippe Loiseau, recteur du sanctuaire de Notre-Dame de Béhuard et prêtre du diocèse d'Angers depuis trente ans. "Il y a d’abord une raison pratique : les curés sont moins nombreux, ils ont beaucoup plus de communes sous leur responsabilité, se déplacent beaucoup. Donc ces remplacements d’été leur permettent de partir en vacances, se reposer, penser à autre chose. Et puis il y a quelque chose de plus fondamental : une ouverture d’esprit avec les autres églises. On peut appeler ça l’ouverture à l’international ; nous les chrétiens, on parle d’universalité de l’Église."

Ça nous enrichit de ce que vivent nos frères africains. Et eux découvrent nos pastorales [ndlr : l'animation d'une paroisse], avec une plus grande participation des laïcs, ce qui est nouveau pour eux. Il y a un véritable échange, une émulation.

On se re-dynamise les uns les autres. 

 Ces intérims d'été ont toutefois un coût, plus important pour les prêtres qui arrivent directement d'Afrique : s'ils sont nourris, logés et touchent une petite indemnisation, ce sont eux qui doivent financer leur billet d'avion et leur visa.

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