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https://www.dw.com 11.09.2019

 

Minusca: Mankeur Ndiaye n'exclut pas le recours à la force mais privilégie la négociation

 

Interview avec Mankeur Ndiaye, chef de la Minusca, mission de l'ONU en Centrafrique

 

Pour Mankeur Ndiaye, il est important de discuter avec tous les acteurs de la société centrafricaine, et d'exiger des groupes armés signataires de l'accord de paix qu'ils respectent leurs engagements.

Il évoque également les déplacés de Centrafrique. Et ses espoirs d'une solution politique à la guerre.

***

DW : Dans quelques jours, il va se tenir à New York l'Assemblée générale de l'Onu. Quels sont les points clés que vous porterez au nom de la République centrafricaine à la tribune de cette Assemblée générale ?

 

Mankeur Ndiaye : Merci pour l'intérêt que vous portez à la Minusca et à ses activités en Centrafrique. Naturellement, la situation en Centrafrique sera l'objet d'échanges au cours de cette rencontre aux Nations Unies.

 

DW : D'aucuns disent que vous plaidez pour le renouvellement du mandat de la Minusca. Qu’est ce qui justifierait cette présence des casques bleus dans le pays ?

Mankeur Ndiaye : Vous savez, la Minusca est une opération de maintien de la paix. C'est comme la Minusma au Mali ou la Monusco en République  Démocratique du Congo. La Minusca est là depuis cinq ans. Elle travaille sur la base de principes qui régissent  toutes les opérations de maintien de la paix. L'autre principe aussi important c'est le non recours à la force. Parfois, les gens ne comprennent pas. Une mission de paix est là pour la paix. Cette mission qui est déployée pour faire la paix compte accompagner le processus de paix. Donc une mission de maintien de la paix n'est pas une mission de guerre. 

 

DW : Une mission de paix oui mais la situation sur le terrain est délétère. Comment allez-vous faire pour accompagner cette paix dont vous parlez ?

 

Mankeur Ndiaye : Notre mission est une mission multidimensionnelle. Nous avons un accord de paix qui a été signé depuis le 6 février 2019 et que nous appelons l'Accord de Bangui parce qu'il a été signé à Bangui même s'il a été négocié et paraphé à Khartoum en usant de nos bons offices et en travaillant avec le gouvernement et les 14 groupes armés qui l'ont signé. Nous sommes dans tous les mécanismes de suivi qui ont été mis en place depuis la signature de cet accord. 


La violence a baissé


DW : Justement parlant de cet accord de paix qui a été conclu entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés, la situation est cependant loin de s'améliorer, sept mois après la signature dudit accord. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

 

Mankeur Ndiaye : Il faut être patient. Les accords de paix c'est comme ça que ça fonctionne. On a parfois des avancées parfois des reculs. Et je donne toujours l'exemple de l'accord de paix signé au Mali qu'on appelle l'Accord d'Alger signé depuis  plus de cinq. Vous voyez également l'accord de paix signé en Colombie. Il y a quelques temps, vous avez vu que le numéro deux des FARC s'en est retiré pour reprendre la guérilla. Donc, vous voyez c'est comme ça que les accords de paix fonctionnent. Mais, il faut faire le maximum pour que les signataires restent dans l'accord. Il y a toujours des exactions sur les populations civiles, il y a toujours des barricades qui sont installées et des taxations illégales qui sont perçues sur le terrain mais nous constatons qu'il y a une baisse des violences. Il faut s'en féliciter. Un comité exécutif de suivi de l'accord existe et lors de ce comité nous allons interpeller les uns et les autres sur les cas de violations. Il faut être patient pour qu'on avance un peu dans la consolidation de la paix dans ce pays.

 

DW : Vous avez déploré la persistance des cas de violations des droits humains. Pourquoi des sanctions ne sont pas prises à l'encontre des auteurs ?

 

Mankeur Ndiaye : Il y a l'article 35 de l'accord qui parle de sanctions mais ne définit pas la nature et quels types de sanctions si un groupe signataire de l'accord viole ses engagements. Quels types de sanctions on peut lui appliquer. Ce travail n'avait pas été fait et certainement le sera dans les prochaines semaines.

 

DW : Malgré cet accord et malgré la présence des casques bleus, on a assisté à un regain de violences à Birao dans le nord du pays. Comment vous réagissez à cela?

 

Mankeur Ndiaye : Nous avons condamné cela fermement parce qu'il s'est agi d'une violation flagrante de l'accord qui interdit tous les mouvements militaires non autorisés dans cette confrontation entre les FPRC et MLCJ à Birao avec des morts et surtout des conséquences humanitaires catastrophiques. Aujourd'hui, nous avons plus  de 13 000 personnes déplacées et nous sommes en train de sécuriser la ville. Nous avons mis en garde tous les groupes armés pour qu'ils évitent toute reprise des combats. Et je pense que jusque-là, la situation est calme. Nous allons encourager toutes les initiatives de médiation parce qu'il ne faut pas que le conflit se transforme en conflit interethnique extrêmement grave. Nous avons pris contact avec le sultan. Nous sommes en train de parler aux uns et aux  autres afin que la situation se calme, que la Minusca contrôle la ville, que tous les groupes armés sorte de Birao. 


La force contre les groupes armés


DW : Est-ce qu'on peut s'attendre également à l'usage de la force ?

 

Mankeur Ndiaye : Mais l'usage de la force n'est pas absolument interdit. Je l'ai dit, l'un des principes essentiels des opérations de maintien de la paix, c’est le non recours à la force. Mais l'usage de la force est autorisé dans des conditions précises. Mais, comme je le dis, encore une fois, il n'y a pas de solution militaire à une crise comme celle qui sévit en Centrafrique. La solution ne peut être que politique. Tous les acteurs le comprennent, que ce soit  le gouvernement ou les groupes armés.

 

DW :  Le Comité des Nations unies va se pencher bientôt sur la problématique de l'embargo imposé sur les armes à destination des forces armées centrafricaines. Quel discours tiendrez-vous à cette occasion ?

 

Mankeur Ndiaye : Cela est l’affaire du Conseil de sécurité. Nous n'intervenons pas sur la question des sanctions. C'est une demande forte du gouvernement que l'embargo soit levé. Il appartiendra au Conseil de décider de la levée ou non de cet embargo

 

DW :  En cas de non levée de l’embargo, pourrait-on s'attendre à des mécanismes pour mieux bloquer le circuit des trafics d'armes à travers ce pays ?

 

Mankeur Ndiaye : Oui, les gens ont raison de signaler que les groupes armés profitent de la situation d'accalmie pour se réarmer. Les frontières du pays sont poreuses. Un pays très vaste où l'Etat n'est pas présent sur tout le territoire national, ce qui facilite les trafics de tout genre. Je pense que l'on doit également mettre fin à cela et empêcher les groupes armés de s'armer.

 

DW : Quelle lecture faites-vous des dernières sorties  de l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua qui déclare la guerre au président Faustin Archange Touadéra sur fond d'accusations de corruption ?

 

Mankeur Ndiaye : Nous ne nous mêlons pas du jeu politique intérieur. Nous  respectons la souveraineté du pays. Ce que nous souhaitons, c'est que le débat politique soit un débat serein. Que tous les discours de haine soient bannis et que la démocratie fonctionne. Ce pays va vers les élections l’année prochaine. L'organisation des élections est extrêmement importante. Nous travaillons avec le gouvernement pour aider à ce que les élections se déroulent dans la sérénité à la satisfaction de tous les partenaires de la Centrafrique dont  les Nations unies.

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