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LA SANTE DES CENTRAFRICAINS AU COEUR DES PREOCCUPATIONS DU PRESIDENT FAUSTIN ARCHANGE TOUADERA A NEW YORK

 


Après avoir réussi le test de la couverture santé universelle à Pissa dans la préfecture de la Lobaye, le Président TOUADERA a procédé la semaine dernière au lancement des dix domaines d'impulsions présidentielle qui place la santé au coeur de sa politique de développement. Pour pérenniser cette vision salutaire en RCA où l'espérance de vie est en dessous de 50ans, le Président TOUADERA a fait un véritable plaidoyer cet après midi à l'occasion de la réunion de haut niveau sur le thème:

« INVESTIR DANS UNE APPROCHE INTEGREE DE LA SECURITE SANITAIRE ET DE LA COUVERTURE SANITAIRE UNIVERSELLE"


New York, 24 septembre 2019

Excellence, Monsieur le Président de la République du Botswana, cher frère


Monsieur le Directeur Général de l’OMS,

Mme la Directrice Régionale de l’OMS pour l’Afrique,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Organisations internationales,

Chers Partenaires

Mesdames et Messieurs
C’est avec un sentiment d’insigne honneur et d’agréable devoir que je prends part à cette importante session de partage d’expériences et de perspectives sur la Couverture sanitaire universelle et la Sécurité sanitaire.
Madame la Directrice régionale, chère sœur, permettez-moi de vous féliciter pour votre brillante réélection à la tête du Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique. Votre excellente performance est une source de fierté en tant que digne femme de la région africaine.
Monsieur le Directeur Général, mon frère, nous sommes honorés par votre leadership et l’efficacité avec laquelle vous conduisez la transformation du système de santé mondiale vers la réalisation des Objectifs de Développement Durable 3 « Santé et Bien-être »

Excellence,
Mesdames et Messieurs,
Distingués invités,

La session qui nous réunit aujourd’hui, revêt une importance cruciale pour moi car, comme vous le savez très bien, mon pays est touché par une crise politico-militaire qui dure depuis des années et qui a eu un impact dévastateur sur le système de santé. Il en résulte des taux de mortalité maternelle et infantiles qui sont les troisièmes les plus élevés au monde ; un enfant sur cinq (19,6%) souffre de malnutrition. En 2018 et 2019 on a enregistré respectivement 15 et 17 épisodes de flambées épidémiques diverses, allant de la variole de singe (monkey pox), à la rougeole, à l’hépatite E et à l’émergence d’un nouveau type de poliovirus dérivé du vaccin.

La capacité opérationnelle générale des services de santé de base qui a été considérablement affaiblie est évaluée à 47 % pour les structures sanitaires. Seulement 37% des structures sanitaires peuvent réaliser les tests essentiels de laboratoire. 24% d’entre elles disposent de médicaments essentiels, 36% de structures sanitaires disposent d’une source d’eau améliorée, 33% ont une source d’énergie, 20% ont des équipements de communication. Globalement, seulement 2% de structures de santé disposent de toutes les infrastructures de bases indispensables à savoir, eau, électricité, communication.
Comment voulez-vous qu’une infirmière puisse respecter les mesures de prévention des infections si elle ne dispose même pas d’eau ? Comment un agent de santé pourrait-il notifier un cas de fièvre hémorragique sans moyen de communication ?
En outre, mon pays souffre d’une carence cruelle de personnel qualifié, dû à une conjonction de facteurs dont l’exode crée par crise. En RCA, nous avons seulement 7 professionnels de la santé pour 10 000 habitants ce qui est bien en deçà de la densité de 23 professionnels de la santé pour 10 000 habitants comme recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé.
Le conflit a par ailleurs engendré une détérioration du cadre socio-économique général, du réseau routier et de communication qui viennent assombrir ce tableau, en aggravant les difficultés d’accès aux services de santé de base.

Mesdames et Messieurs,
Distingués invités
En dépit de ce contexte difficile, nous sommes résolument engagés vers la couverture sanitaire universelle et la sécurité sanitaire, en capitalisant les acquis et les opportunités.
A titre d’illustration, nos taux de couverture pour la plupart des vaccins stagnaient aux alentours de 50% depuis plusieurs années, mais depuis 2017 avec un effort concerté de tous les partenaires sous mon leadership et celui du Gouvernement, ces taux ont pu être relevés à plus de 70% pour la plupart des vaccins. Nous avons été à même de répondre à des flambées épidémiques et de mettre en place un système de veille sanitaire qui a permis de détecté 23 cas de fièvre hémorragiques suspects de maladie à virus Ebola, qui se sont révélés heureusement, tous négatifs.
Ces cas d’alerte ont été à la fois une épreuve et une source d’enseignements sans précédent en rapport avec la thématique qui nous réunit ce jour à savoir « Investir dans une approche intégrée de la sécurité sanitaire et de la Couverture Sanitaire Universelle ».

A cet égard, permettez-moi de partager avec vous notre expérience de la gestion de la première alerte de la maladie à virus Ebola survenue après la déclaration de l’épidémie au Nord- Kivu, provenant de Mboki, une localité de l’extrême Sud- est de la RCA au bord de la rivière Mbomou qui sert de frontière entre la RCA dans sa partie Sud-Est et le Nord-Est de la RDC.
Du fait de l’absence d’infrastructures routières dans cette partie du pays, les populations de cette localité sont plus en relation avec l’Ouganda, le Nord-Est de la RDC et le Sud-Soudan. De plus, il se situe sur le couloir de transhumance et de commerce qui relie, le bassin du Congo avec le sahel et l’Est de l’Afrique, ce qui en fait un carrefour sous régional. Un cas d’Ebola à ce point aurait immédiatement mis en péril, la RDC, l’Ouganda, le Sud Soudan, le Soudan et les pays du Sahel.
Du fait du caractère excentrique et de son éloignement de Bangui dont elle est coupée, la réponse à l’alerte a dû prendre 72 heures. La logistique de la riposte a nécessité la mobilisation d’un avion, d’un hélicoptère et des chars mis à disposition par la MINUSCA. Sur le terrain, nous n’avons pour ressource humaine qu’un agent de santé communautaire formé par la Croix Rouge centrafricaine.
Cette expérience souligne l’interdépendance entre la Couverture Sanitaire Universelle et la Sécurité Sanitaire dans un contexte de pays en conflit marqué par l’effondrement du système de santé et difficultés de communication. Elle met en exergue la complexité de la riposte contre toute menace à la sécurité sanitaire dans un contexte de conflit et à ressources limitées. Elle montre l’importance cruciale du partenariat international dans la réalisation de la sécurité sanitaire, la nécessité d’investir dans un système de santé performant avec un ancrage communautaire solide, partout dans ce monde interconnecté.
La crise a provoqué environ 600 000 personnes déplacées internes et plus d’un million de réfugiés dans les six pays voisins. Suite à l’Accord du de paix signé le 06 février 2019, le retour d’une grande partie de ces réfugiés et déplacés interne n’est pas défi en terme de sécurité sanitaire.
En effet, les deux premiers cas du poliovirus dérivé du vaccin ont été détectés parmi ces populations spéciales dont un enfant nomade résident dans un camp de déplacés à Bambari au Centre-Est et un enfant de pêcheurs provenant de l’autre côté du fleuve Oubangui en RDC. Cela illustre bien les impacts que ces évènements peuvent engendrer sur le plan de la sécurité sanitaire dans la sous-région et la nécessité d’une collaboration transfrontalière en matière de santé.

Mesdames et Messieurs,
Distingués invités
Il est donc dans notre intérêt commun d’investir durablement dans un système de santé solide et résilient qui dessert la population là où elle vit car la couverture santé universelle et la sécurité sanitaire sont inséparables.
J’ai axé ma politique pour la santé sur deux priorités majeures, l’investissement dans le capital humain et la réduction de la mortalité maternelle et infanto-juvénile avec comme principe directeur de ne aucune communauté de côté.
Compte tenu de la complexité de la situation et de l’immensité du défi, j’ai adopté une approche programmatique et graduelle pour monter en puissance vers la réalisation de la couverture sanitaire universelle.
Pour cela, j’ai mis en place les dix domaines d’impulsions présidentielles pour la couverture santé universelle qui constituent des points d’ancrage pour accélérer notre progrès vers la couverture sanitaire universelle et la sécurité sanitaire.
Nous allons aussi construire cette approche sur la capacité de la communauté de promouvoir la santé et de se prendre en charge. L’exemple de l’agent communautaire de Mboki que j’ai partagé ci-haut illustre l’importance de bâtir un système de santé pour et avec les communautés qu’il dessert.
Le fait que la population de la Centrafrique est le premier bailleur de sa santé démontre qu’elle recèle une énorme potentialité. Mais globalement la santé reste sous-financée, avec 17 dollars US par tête d’habitant par an. Nous sommes loin des normes internationales ( ??).
J’ai donc fait de l’investissement dans la santé l’une de mes priorités et leviers en vue du développement du capital humain.
A cet effet, mon Gouvernement vient de finaliser un dossier d’investissement axé sur la réduction de la mortalité et infantile, grâce au mécanisme du financement mondial, une mère et un enfant.
Il m’est opportun, à ce stade-ci de mes propos de rendre un hommage mérité et d’exprimer ma profonde gratitude à l’endroit de la communauté internationale, des pays amis et des organisations non gouvernementales humanitaires pour leur engagements et leur appuis multiformes qui ont permis à mon pays d’assurer à la population meurtrie des services essentiels de santé.
Il ressort de mon expérience que la communauté internationale peut faire plus et mieux.

Mesdames et Messieurs,
Distingués invités,
A cet effet, permettez-moi de formuler quelques suggestions:
Ø L’investissement dans la santé peut être plus intelligent. En situation de conflit et post conflit, l’aide extérieur pour la santé est focalisé sur les urgences humanitaires. L’emphase étant mise sur les interventions immédiates et non sur la prévention telle que la vaccination, le renforcement du système de santé pour le rendre solide et résilient.
Ø La redevabilité peut être améliorée pour une mise en œuvre effective de la déclaration de Paris. Pourquoi ne pas mettre en place un seul mécanisme de coordination qui intègre le financement humanitaire et le financement du développement sous le leadership du Gouvernement. Cela éviterait des dédoublements d’efforts couteux et des gaspillages. Il est temps de passer de la rhétorique à l’action dans l’application du concept de nexus-humanitaire –développement.
Ø Les grands mécanismes tels que GAVI, Fonds Mondial, Une mère un enfant, peuvent être mieux optimisés par un meilleur alignement sur les résultats en terme d’impact sur les personnes : de nombreux frais de transactions pourraient ainsi être épargnés au profit des populations.
Avant de finir, je voudrais lancer un appel à l’endroit de la communauté internationale sur les points suivants :
Ø Investir sur les communautés à la base, comme agent de prévention et de prise en charge des épidémies.
Ø Les leçons apprises du cas de polio à la frontière avec la RDC suggère la nécessité d’un engagement direct et franc des autorités avec les communautés dans le respect des sensibilités et potentialités de ces derniers qui sont souvent négligées.
Ø Une épidémie locale, quel que soit son caractère périphérique, ne doit pas être considéré comme isolé, car il reste une menace mondiale et doit être traité comme tel, le cas de l’épidémie Ebola suggère un changement de paradigme qui nécessite d’investir concomitamment dans la prévention de l’épidémie et la prise en charge des cas, vue la fragilité des systèmes de santé.
En conclusion, Monsieur le Président, Madame la Directrice régionale, Mesdames et Messieurs, je suis convaincu que même dans des contextes fragilisés comme la RCA nous pouvons améliorer la sécurité sanitaire et avancer vers la couverture santé universelle en renforçant nos systèmes de santé.
Oui, nous pouvons atteindre ces objectifs si nous travaillons tous ensemble et si nous respectons le principe que la sécurité sanitaire et la couverture santé universelle vont de pair et qu’aucune communauté ne doit être laissée de côté.

JE VOUS REMERCIE

 

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