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En Centrafrique, Bangui ravagée par des inondations

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Par Gaël Grilhot  Le Monde 29 oct 2019

 

Selon la Croix-Rouge, au moins 28 000 personnes se retrouvent chassées de leur domicile par la montée des eaux.

 

Une crise humanitaire de plus pour la Centrafrique… Depuis une dizaine de jours, le pays est en proie à une montée de ses cours d’eau, dont l’Oubangui. La rivière a quitté son lit et débordé sur de nombreux quartiers d’habitation de la capitale, Bangui. Selon la Croix-Rouge, au moins 28 000 personnes se retrouvent chassées de leur domicile par les eaux. Mardi 29 octobre, le président Faustin-Archange Touadera a rendu visite aux déplacés avec une bonne partie du gouvernement, alors que l’opposition critique l’absence de préparation des autorités.

La veille, en bottes et survêtement, la ministre de l’action humanitaire, Virginie Mbaïkoua, était venue mesurer l’étendue des dégâts, identifier les sites de déplacés et les besoins réels des habitants à Kolongo, un quartier de la périphérie ouest de Bangui. « Nous venons de faire quinze minutes en pirogue, tout le secteur est inondé, a-t-elle affirmé. L’eau est montée de 1,50 m, voire 1,70 m. Toutes les maisons sont inondées et certaines vont s’écrouler. Sur le plan humain, la situation est très sérieuse. Jusqu’à lundi, 1 100 ménages étaient touchés à Bangui, soit environ 8 000 personnes. Mais compte tenu de la météorologie, le bilan risque d’évoluer. »

De fait, le ministère évaluait mardi à plus de 10 000 le nombre de ménages sinistrés dans la capitale et à 8 000 dans le reste du pays. Mais ces données restent très partielles, car les familles préfèrent souvent se réfugier chez des proches ou dans des abris de fortune voisins, plutôt que de se signaler. Et en province, la faiblesse des services de l’Etat empêche tout recensement. « Lorsqu’on n’est pas préparé et que ce genre de catastrophe survient, c’est un désastre total », affirme Patrick Bidilou, le directeur général de la Protection civile, un corps en reformation depuis moins d’un an et qui fait face à sa première crise d’ampleur : « Les populations se trouvent dans des zones marécageuses, le plus souvent non constructibles. Les dégâts sont immenses. »

Risque de maladies

Dans le quartier de Sapéké 2, à Bangui, le promoteur de l’école Zo-Bel constate, impuissant, l’étendue du désastre « Tout le quartier est sous l’eau. Cela fait une semaine et demie que l’eau monte. » De nombreux résidents sont réfugiés dans un hangar à proximité, mais le site n’est pas sécurisé et la montée des eaux va de nouveau les menacer. Des familles préfèrent pourtant rester là, au milieu de leur volaille pataugeant dans une eau sale à l’odeur nauséabonde. Une situation qui fait craindre la propagation de maladies…

« Les risques sanitaires sont importants », confirme Patrick Bidilou. L’eau a emporté les latrines et « le risque de maladies hydriques », comme la diarrhée et choléra, se rapproche. Les autorités craignent également une infestation de moustiques et une forte poussée de paludisme au sein des populations. « La première urgence est donc de trouver des endroits sûrs pour les déplacés, poursuit Patrick Bidilou, mais aussi de leur fournir des moustiquaires. »

Plus loin, en remontant vers le centre-ville, sur la berge en face de l’île aux Singes, un grand entrepôt à ciel ouvert accueille 800 personnes. Jean, arrivé avec ses proches, s’inquiète : « L’eau n’a pas cessé de monter, monter… D’autres familles sont encore là-bas. Nous sommes bien allés les chercher, mais la plupart sont repartis sur l’île pour chercher ce qu’ils pouvaient sauver, parce que là-bas, toutes les maisons sont sous l’eau. » Eux aussi devront être évacués vers des espaces plus sûrs.

Menace sur l’eau potable

Vendredi, le premier ministre, Firmin Ngrebada, qui s’est lui aussi rendu sur place, a lancé un appel à l’aide internationale. Des vivres et des kits de première nécessité ont été distribués par les autorités, mais les prévisions météorologiques ne sont guère optimistes et, selon la Protection civile, la situation ne devrait pas s’améliorer avant une vingtaine de jours.

Plus grave : le générateur qui alimente l’unique pompe de la Société de distribution d’eau (Sodeca) pourrait être atteint si la crue continue à ce rythme. Cette fois, c’est toute la capitale qui serait privée d’accès à l’eau potable. « On n’est pas à la cote d’alerte, tente de rassurer Patrick Bidilou. Mais nous travaillons avec la Sodeca sur un plan d’intervention d’urgence. »

Si les inondations sont fréquentes en Centrafrique, cette année la montée des eaux est hors normes, au point qu’il faut remonter à 2009 pour trouver des crues similaires. A l’époque, 8 millions de dollars (environ 5,6 milliards d’euros) avaient été nécessaires pour remettre sur pied la seule ville de Bangui. Un programme d’action (système de drainage, relogement dans des quartiers plus sûrs, etc.) avait alors été envisagé par la Banque mondiale pour réduire les conséquences de ces inondations. Mais l’absence de financements et la crise politico-militaire qui a débuté en 2013 ont bloqué le processus.

Gaël Grilhot (Bangui, correspondance)

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