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RCA : le lent retour à la paix

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https://www.vaticannews.va 30 octobre 2019, 08:43

 

Depuis la signature de l’accord de Khartoum, le 6 février dernier à Bangui, le retour à la paix est lent en République centrafricaine. Si certains signes montrent un timide et lent retour de l’autorité de l’État comme à Bambari, les groupes rebelles continuent de mettre en coupe réglée de larges pans du territoire.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Les premiers réfugiés centrafricains au Cameroun ont été rapatriés du Cameroun par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés vendredi 25 octobre. D’ici la fin de l’année, ils doivent être quatre mille à suivre le chemin du retour. Un quart des 4,7 millions d’habitants de la République centrafricaines ont fui leur domicile après le renversement du président François Bozizé en 2013. Aujourd’hui, ils sont 600 000 à toujours vivre dans un des États limitrophes. Ces premiers retours sont un des signes d’un progressif retour à la normale du pays.

Pourtant, malgré la signature le 6 février d’un accord de paix entre le gouvernement et treize groupes rebelles, la population vit toujours dans l’incertitude, quand ce n’est pas dans la peur. Preuve des difficultés que les autorités ont à affronter pour restaurer l’ordre et la paix, les élections qui doivent avoir lieu l’année prochaine, pourraient être reportées faute de moyens selon l’émissaire de l’ONU pour la Centrafrique, le Sénégalais Mankeur Ndiaye. Théoriquement, les premiers tours des législatives et de la présidentielle sont prévus en décembre 2020. Des élections locales sont programmées pour novembre 2021.

Retour à Bambari

Dans la région de Bambari, dans le centre, des personnes déplacées sont également revenues chez elles, aidées par différents organismes. « Ce sont des signes que nous espérons voir se développer » confie Mgr Bertrand Appora, dominicain, évêque de Bambari depuis deux ans. Mais le retour à la paix dans son diocèse est lent. « La restauration de l’État se fait à petits pas », regrette-t-il, évoquant le retour du préfet et du sous-préfet dans la ville ainsi que le déploiement de forces armées centrafricaines (FACA).

Mais «il faut du temps pour panser les plaies des uns et des autres et pour récupérer les armes » des différents groupes rebelles. Le lancement de patrouilles mixtes FACA/Minusca (la mission des Nations unies en Centrafrique), est perçu par l’évêque comme un point positif mais le manque de moyens tant humains que matériels des casques bleus est une limite à leur succès estime-t-il.

Des « brebis galeuses » toujours actives

Les groupes rebelles n’ont pas tous déposé les armes, loin s’en faut. Des pans entiers du territoire échappent au contrôle de l’État et de ses forces armées. Avec l’approche de la saison sèche, les groupes armés se disputent certaines zones pour pouvoir racketter, exploiter les ressources naturelles et entretenir ainsi leurs troupes.

Pour Mgr Appora« ce conflit a des relents économiques » : l’objectif est bien selon lui de s’emparer de l’or, des diamants, du pétrole dont regorge le sous-sol centrafricain, autant de richesses qui causent la ruine du pays. La dimension religieuse de la guerre souvent présentée ces dernières années dans de nombreux médias n’est qu’une illusion.

Éducation, chantier prioritaire

« Ces rebelles recrutent au sein de la population analphabète » explique l’évêque de Bambari. C’est pourquoi la remise en place d’un système éducatif efficace est primordial à ses yeux. Or, «si on ne pense pas sérieusement à l’éducation de nos enfants, la même crise risque de se reproduire dans quelques années », met-il en garde.

En la matière, le défi est énorme. À Birao, dans le nord du pays, aux confins de la frontière avec le Tchad et le Soudan, sur 21 enseignants, seuls deux sont titulaires, les autres étant des « maîtres-parents », autrement des parents d’élèves qui assument les cours et leçons. « On a toujours le cœur attristé de voir que certains enfants dans pas mal de villages n’ont pas eu droit à l’éducation». Aujourd’hui, constate l’évêque, « les écoles ne fonctionnent pas ». C’est là l’un, sinon le plus grand défi, que doivent relever les Centrafricains pour bâtir un avenir meilleur.

 

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