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Centrafrique: «Rien n'empêche François Bozizé d'être candidat» Me Nicolas Tiangaye

INVITÉ AFRIQUE

 

 

Centrafrique: «Rien n'empêche François Bozizé d'être candidat»

 

RFI  31/01/2020 - 07:22Modifié le : 31/01/2020 - 15:52 avec Christophe Boisbouvier

 

En Centrafrique, l'ancien président François Bozizé vient de rentrer après sept ans d'exil. Mais sera-t-il candidat en décembre prochain ? De l'avis d'un autre opposant au gouvernement de Faustin-Archange Touadéra, l'ex-Premier ministre et avocat Nicolas Tiangaye, rien n'empêche François Bozizé d'être candidat.

RFI : Pourquoi ces combats meurtriers à Bria en zone rebelle ?

Nicolas Tiangaye : À Bria, il y a deux groupes armés, avec des alliés de part et d’autre, qui se sont affrontés sans doute pour des considérations de contrôle de la zone, parce que Bria est une zone de diamants, mais il y a également des considérations d’ordre communautaire qui opposent les deux groupes.

 

Un an après l’accord de Khartoum, les violences ont nettement baissé, mais est-ce que ces derniers affrontements de Bria ne risquent pas de tout remettre en question ?

Bien entendu, c’est vrai qu’après la signature de l’accord de Khartoum, il y a eu une certaine accalmie, mais cela ne veut pas dire que la paix est définitivement revenue. Il y a des risques d’aggravation, il y a des risques d’affrontement, parce qu’à partir du moment où les groupes armés ont gardé leur potentiel militaire intact, il est évident qu’à la moindre étincelle, les violences vont reprendre de plus belle.

 

D’autant que deux tiers du territoire restent sous contrôle rebelle, est-ce qu’on pourra voter à la fin de l’année dans ces territoires ?

C’est le défi majeur à relever parce qu’il sera difficile d’organiser des élections dans un pays où les deux tiers du territoire sont occupés par des groupes armés, donc il s’agit là d’un défi qu’il faut relever. Ça constitue à mon avis un préalable pour aller à des élections crédibles et apaisées.

Le retour des anciens présidents Bozizé et Djotodia, juste un an avant la présidentielle, vous en pensez quoi ?

Je n’en pense rien. C’est leur droit de revenir dans leur pays, puisque nul dans notre pays ne peut être contraint à l’exil. Donc c’est tout à fait normal qu’ils reviennent dans leur pays.

L’ancien président Bozizé demande solennellement pardon pour toutes les erreurs commises de sa part. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est un acte d’humilité qui mérite d’être salué.

Quels sont à vos yeux les crimes qui sont reprochés à François Bozizé, et sur lesquels vous souhaitez que la lumière soit faite ?

C’est à la justice d’en décider, ce n’est pas à moi de le faire, je ne veux pas être un accusateur public.

Le général Ndjadder assassiné en 2001, l’opposant Charles Massi assassiné en 2010… Les familles de ces deux personnalités politiques demandent que la lumière soit faite, qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est à la justice de faire la lumière sur l’ensemble des crimes qui ont été commis en Centrafrique, donc je n’ai pas de jugement de valeur à formuler sur cette question.

L’ancien président Bozizé est sous sanctions de l’ONU, mais aujourd’hui il affirme que la situation a évolué : « je ne dois pas être contraint de subir les sanctions à perpétuité », dit-il…

Je pense qu’il y a eu une fausse interprétation des sanctions de l’ONU à son égard, parce que le pouvoir a tiré argument de certaines sanctions pour le contraindre à l’exil, ce qui n’était pas prévu dans les résolutions du Conseil de sécurité. Donc je pense que, dans une certaine mesure, il y a eu des actes qui n’étaient pas conformes aux droits reconnus au citoyen François Bozizé.

Donc vous pensez que ces six dernières années, François Bozizé a été traité de façon injuste ?

En ce qui concerne la question de son retour en République centrafricaine, il n’existe aucun texte, aucune résolution du Conseil de sécurité qui lui interdisait de rentrer dans son pays, et sur ce point, il a été victime de l’arbitraire.

Et pensez-vous qu’il est éligible ?

Ça, c’est à l’autorité nationale des élections de décider si quelqu’un est éligible ou non. C’est l’autorité nationale des élections, sous le contrôle de la Cour constitutionnelle, qui dira si oui ou non, quel candidat est éligible ou pas.

Mais au vu de son passé et des sanctions de l’ONU qui pèsent contre lui, est-ce qu’à vos yeux il est éligible ou pas ?

Je dis que pour l’instant il n’y a pas encore de décision de justice le condamnant et le privant de ses droits civiques et politiques, donc mon avis pour l’instant, juridiquement, on ne peut pas dire qu’il est inéligible.

Donc pour l’instant, rien à priori ne l’empêche de se porter candidat pour la fin de cette année ?

Rien ne l’empêche pour l’instant d’être candidat à une élection présidentielle et à des législatives en RCA, parce qu’il n’y a pas une décision de condamnation le privant de ses droits civiques et politiques.

Le retour de Michel Djotodia, quelques jours après celui de François Bozizé, est-ce une manœuvre de président Touadera pour se rallier les électeurs du nord-est de la RCA contre un éventuel candidat Bozizé ?

(Sourire) Je n’en sais absolument rien, vous savez, le président de la République reçoit qui il veut, je n’en sais absolument rien.

Et vous, qui avez été le Premier ministre de ces deux anciens présidents Bozizé et Djotodia, est-ce que vous serez candidat à la fin de cette année ?

C’est mon parti qui en décidera.

Donc c’est possible ?

Oui, c’est possible si le congrès de mon parti m’investit pour être candidat à l’élection présidentielle, je ne pourrai pas me dérober face à mes responsabilités.

Et pensez-vous qu’il reste un espace politique entre les deux poids lourds, Touadéra et Bozizé ?

Il y a toujours un espace politique pour ramener la paix et la sécurité dans notre pays, et j’estime qu’en ce qui concerne la paix, il n’y a pas de citadelle inattaquable, il n’y a que des citadelles mal attaquées.

Et vous qui avez été le Premier ministre de François Bozizé, pourriez-vous faire alliance avec lui ?

Quand le moment viendra, on avisera parce que nous sommes tous des partis politiques dans l’opposition, et nous sommes en train de nous organiser pour la mise en place d’une plateforme de l’opposition démocratique, ce n’est pas à moi de décider, c’est à mon parti et puis aux autres formations politiques qui feront partie de cette coalition.

 

1 commentaire

S
Les temps sont révolus, il est temps que les choses changent en R.C.A.

Nous ne pouvons plus continuer avec le même paysage des caciques des anciens régimes, qui ont fait leur temps, avec tout ce qui y va avec.
The times are finished for your job, in last executive managment in Central African Ra avec.
The times are finished for your job, in last executive managment in Central African Republic. The game is off. Where is the traceability of the work of your regime, in 10, 20, 30 years of exercise of power?

Lorsque les gens sont dans le "pendant" d'1 exercice de la magistrature en R.C.A, les réalisations concrètes ne se font pas (mettre à disposition du centrafricain lambda : 'Soigner, Nourrir, Vêtir, Eduquer-Former, Loger, Construire, Protéger etc.. disons le basique) pour que les centrafricains soient à l'aise.
Exemple simple, quand il pleut les centrafricains ont les pieds dans l'eau….

Bref c'est comme si les politicards bricoleurs centrafricains, ont le sursaut politique quand ils sont à l'extérieur de la sphère executive, alors fusent toutes les idées sur papiers qu'ils comptent comme réalisables, sans pour autant approfondir la faisabilité du projet s'il est réaliste ou pas, et cela à trooooooooooooooooooooooooooooooop longtemps durée. L'amère expérience des Séléka en 10 mois d'exercice du pouvoir négatif, c'est 1 record, comme quoi la théorie et la pratique étaient diamétralement opposées, alors ils sont virés par la CEMAC (ceci n'était pas une science fiction, mais une autre dimension de la course au pouvoir barbare).

Après Jean BEDEL BOKASSA, qui était chassé par 1 coup d'Etat avec l'aide de l'extérieur, est revenu par sa propre initiative pour se faire juger par la justice centrafricaine et cela les centrafricains avaient besoin de savoir les différents degrés de responsabilités de son règne. Jean BEDEL BOKASSA avait assumé de répondre devant la justice de son pays et avait fait de la prison, car il avait estimé et évalué le poids des reproches des centrafricains et s'est présenté à la convocation judiciaire.

Les disques politicards centrafricains et les logiciels politicards centrafricains sont usés et fatigués, passons à autres choses, car les secondes ne fonctionnent pas en compte à rebours.

Peut-être à la limite le mieux pour nos politicards c'est de rester les éternels présidents de leurs partis politiques, au moins ils s'occupent, puisque c'est une place inamovible, à la différence d'une place dans l'exécutif d'1 pouvoir républicain, on peut faire partie du système, toucher et mettre le doigt dans le pot de miel, aller à la gamelle, faire partie de la basse cour, vous voyez un peu…tous ne peuvent pas être président , vu l'inexistence d'1 résultat visible.
C'est pour cela hors mis Barthélemy BOGANDA, tous ceux qui avaient exercé dans le régime de BOKASSA et les régimes après BOKASSA jusqu'à ce jour 05/02/2020 pensent, qu'ils sont dans l'absolu INDISPENSABLES et Irremplaçables, mais vous êtes dans l'illusion totale, car vous avez dû remarquer que pas grand choses étaient sorties dans l'exercice de vos fonctions qui étaient les vôtres, aucune traçabilité.

Si ce n'est que de chercher un culte de personnalité que les centrafricains n'en ont rien à faire, pour une fois soyez réalistes et regarder vous en face dans votre propre miroir sans avoir l'attitude de l'autruche, la tête vers le sol, c'est une réalité qui vous donne votre propre auto-évaluation personnelle (et votre cœur vous parlera).

Nous en avons plus qu'assez, oui plus qu'assez.
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