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Centrafrique, un pays entre agitation politique et exactions

Lu pour vous 

 

https://www.la-croix.com/ Laurent Larcher, le 30/01/2020 à 06:01

 

À peine un an après l’accord de paix en Centrafrique, les anciens présidents François Bozizé et Michel Djotodia sont rentrés à Bangui. L’élection présidentielle se tiendra fin 2020.

Les groupes armés n’ont pas desserré leur emprise en province, s’affrontant pour le contrôle des ressources, comme à Bria, les 25 et 26 janvier.

 

C’est un pays où tout est possible, le pire, surtout. Qui aurait cru, sept ans après le début de la guerre civile qui déchire la Centrafrique, voir l’ancien président François Bozizé et l’ancien chef de la rébellion Séléka, Michel Djotodia, lui-même ancien chef de l’État autoproclamé après la fuite de son rival, de retour à Bangui presque comme si de rien n’était ?

 

Sanctionné par l’ONU, il rentre à Bangui

Renversé en mars 2013 par la coalition armée conduite par Michel Djotodia, François Bozizé s’était enfui à l’étranger, laissant derrière lui un pays exsangue. Sanctionné par les Nations unies pour avoir soutenu les anti-balaka, milices responsables d’innombrables exactions contre les musulmans, l’ancien président est rentré dans la capitale centrafricaine le 15 décembre 2019 : un retour salué par ses partisans, en premier lieu son parti politique, la Convergence nationale (Kwa Na Kwa, KNK).

 

Le temps de l’impunité

C’est libre qu’il a reçu la presse, lundi 27 janvier, pour annoncer sa probable candidature à l’élection présidentielle prévue à la fin de l’année. Comme si de rien n’était, donc. Michel Djotodia, lui, est revenu de son exil béninois, le 10 janvier, six ans après avoir démissionné de ses fonctions de chef d’État.

« On voit la traduction réelle de l’accord de paix de Karthoum, signé le 3 février 2019 par le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés : une amnistie cachée pour tout le monde, note le directeur de l’observatoire Afrique central à l’Institut français des relations internationales, Thierry Vircoulon. Il n’a pas inquiété les leaders des milices - ils ont même été absorbés dans le gouvernement - et il a été très conciliant avec les deux anciens chefs d’États, qui devaient être bien traités et obtenir un statut : d’où leur retour possible ! »

Manœuvre politique

Un retour plutôt bien accueilli par une partie de la population : « On est loin des préconisations du forum de Bangui, en 2015, où l’amnistie pour les responsables de la crise avait été clairement rejetée, poursuit Thierry Vircoulon. Aujourd’hui, ce forum est lettre morte. Dans la perspective de la présidentielle, on peut imaginer une alliance entre l’actuel président Touadéra et François Bozizé. Le premier, issu aussi du KNK, a déçu les Centrafricains. Un tel rapprochement leur donnerait une vraie perspective pour la présidentielle ».

50 morts à Bria

Alors que les manœuvres politiques sont lancées à Bangui, les deux tiers du territoire restent sous la coupe des groupes armés. Des milices toujours violentes, comme l’attestent les heurts qui ont frappé Bria, samedi 25 et dimanche 26 janvier, faisant une cinquantaine de morts. Deux branches de l’ancienne rébellion Seleka se disputent le contrôle des ressources de cette ville diamantaire de l’est du pays. Un conflit que vient envenimer la rivalité entre plusieurs communautés, les Rounga d’une part, et les Kara alliés aux Goula, d’autre part.

Cette situation rappelle celle de septembre 2019 à Birao, une ville dans l’extrême nord du pays où des milices ennemies se sont affrontées, au prix de dizaines de tués. Sept ans après le début de la crise, plus du quart des 4,7 millions d’habitants de la Centrafrique sont toujours des déplacés ou des réfugiés.

Des miliciens de Bangassou jugés

 

Dans ce contexte dramatique et ubuesque s’est toutefois ouvert à Bangui, le 15 janvier, le procès de plusieurs chefs miliciens anti-balaka. Parmi eux se trouvent Pino Pino et Béré Béré, poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis à Bangassou en 2017, dont l’assassinat de six casques bleus. « Ce procès est de bon augure pour la lutte contre l’impunité. Reste à savoir s’ils seront condamnés », relève Thierry Vircoulon.

Ces miliciens s’en étaient pris aux musulmans de Bangassou en juin 2017. 2 000 musulmans tentaient alors de survivre, sur le site de l’évêché, à l’encerclement et aux attaques de leurs.

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En crise depuis 2013

 

24 mars 2013 : prise de Bangui par la Séléka. François Bozizé s’enfuit, Michel Djotodia s’autoproclame chef de l’État.

5 décembre 2013 : début de l’opération française « Sangaris ».

10 janvier 2014 : démission de Michel Djotodia.

Avril 2014 : création de la Mission de l’ONU en Centrafrique (MINUSCA).

14 février 2016 : élection de Faustin Archange Touadéra.

13 mai 2017 : attaque de Bangassou, 110 morts.

3 février 2019 : accord de paix de Khartoum ratifié le 6 à Bangui. C’est le 8e depuis 2012.

15 novembre 2019 : renouvellement du mandat de la MINUSCA.

27 décembre 2020 : premier tour des élections générales (présidentielle et législatives).

 

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