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« Si l’Afrique veut se décoloniser, elle doit sortir de la tutelle dans laquelle elle s’est installée » par Amadou Sadjo Barry

TRIBUNE

 

« Si l’Afrique veut se décoloniser, elle doit sortir de la tutelle dans laquelle elle s’est installée »

https://www.lemonde.fr/

 

Amadou Sadjo Barry, professeur de philosophie, fait le bilan de gouvernance de soixante ans d’indépendance des Etats africains.

 

Tribune. Dans la grande majorité des pays d’Afrique, le droit à l’autodétermination des peuples, autour duquel s’est mobilisé le mouvement des indépendances, n’a pas affranchi les structures de la gouvernance de l’imaginaire colonial. Soixante ans après les indépendances, la précarisation, la violence et la domination structurent toujours le rapport entre les Etats et leurs populations. Ce qui non seulement confine les Etats dans une inefficacité structurelle et normative, mais surtout érige la procuration et l’extraversion comme les modalités privilégiées de l’exercice de la souveraineté.

Par procuration, il faut entendre que les gouvernements africains passent, pour gérer les questions liées à la justice sociale, à la santé et à la sécurité, par l’intermédiaire de la communauté internationale ou des politiques d’aide au développement des gouvernements occidentaux. L’extraversion consiste dans le fait de solliciter constamment l’aide extérieure. C’est une forme de gouvernance tournée exclusivement vers le soutien des pays riches.

C’est très exactement cette dynamique contradictoire de la souveraineté, qui allie dans une même logique la souveraineté et la dépendance, que manifestent les problématiques soulevées par l’opération « Barkhane », le franc CFA, l’aide au développement ou encore la lutte contre l’épidémie Ebola. Mais comment expliquer que les prérogatives qui définissent véritablement l’institution de la souveraineté font l’objet de troc entre les gouvernements africains et les puissances qui dominent l’environnement international ?

Généalogie de la souveraineté en Afrique

Pour comprendre, il importe tout d’abord de relever que l’institution de la souveraineté de l’Etat en Afrique n’a aucun fondement endogène. Loin d’être le résultat d’une interrogation sur les principes normatifs censés garantir l’existence d’un peuple pensé comme une communauté d’intérêts, l’idée d’un Etat souverain y est juste la conséquence d’une transformation de l’ordre légal international. C’est en effet l’instauration du régime de la souveraineté « négative » au niveau international qui a obligé à reconnaître comme Etats souverains les pays décolonisés. Alors que traditionnellement, c’est la souveraineté « positive », c’est-à-dire la capacité de gouvernance et l’indépendance effective qui déterminaient l’acquisition de la souveraineté au niveau international, le droit à l’autodétermination des peuples allait faire de la non-soumission à une entité extérieure une condition essentielle à la reconnaissance internationale des Etats.

Ainsi, sous l’effet de la décolonisation de l’après-guerre, l’instauration de ce nouveau régime de la souveraineté « négative » a conduit à la création d’Etats, souverains au regard du droit international, mais en réalité lourdement amputés de la dimension positive de la souveraineté. En fait, le droit à l’autodétermination des peuples a donné naissance à ce que Robert Jackson a admirablement appelé les « quasi-States » : des Etats qui existent légalement, mais dont la réalité empirique demeure une illusion, car ces dits Etats sont structurellement incapables d’assumer les prérogatives liées entre autres à la justice sociale, à la sécurité et à l’unité nationale. Paradoxalement donc, l’indépendance s’est traduite par l’institution d’Etats souverains dépendants, sous perfusion internationale, consacrant une forme de souveraineté assujettie. Le philosophe politique allemand Thomas Pogge a déjà analysé, dans World Poverty and Human Rights, les conséquences négatives sur les populations africaines et le système international lui-même de cette dynamique contradictoire de la souveraineté des Etats africains.

Mais ce qui interpelle davantage aujourd’hui, c’est l’entretien et la longévité de cette forme de souveraineté assujettie de l’Etat en Afrique. Nous y sommes encore, soixante ans après les indépendances. Ainsi, au-delà des considérations liées au rapport de pouvoir au niveau international, c’est tout d’abord les idéologies des indépendances et les pratiques de gouvernance auxquelles celles-ci ont donné lieu qu’il faudrait interroger. Comment expliquer que le panafricanisme et le socialisme africain n’aient pas favorisé l’émergence d’un Etat effectif et représentatif ? Comment comprendre cette étrange cohabitation entre ces idéologies et les pratiques du pouvoir qui ont démembré structurellement et normativement l’Etat en Afrique ?

En effet, les idéologies de l’indépendance n’ont pas pris au sérieux les problèmes éthiques et politiques de la vie commune. L’erreur a été de croire que la contestation du colonialisme et le rappel incessant de la nécessité de valoriser la culture africaine suffisaient à fonder une communauté d’intérêts mue par le désir de vivre ensemble selon des principes normatifs discutés et acceptés par tous.

Continuité des pratiques

Derrière, c’est toute la question du politique, en tant qu’elle s’apparente à une mise en ordre des interactions humaines d’une manière qui rende possible l’institution d’un espace public régi par une morale minimale commune, qui a été oblitérée par le panafricanisme et le socialisme des indépendances. Cette négation du politique a eu son lieu d’expression privilégié dans la conception d’une nation et d’une unité nationale véhiculée par les tenants du panafricanisme et du socialisme.

La définition de la nation impliquait a priori le rejet du pluralisme et une suspicion à l’égard des dispositifs de contestation publique : la nation, c’était exclusivement le chef. Or cette identification entre la personne du chef et celle de la nation a non seulement dépossédé le peuple de son pouvoir symbolique, mais elle a enraciné des modes de gouvernance contraires à l’épanouissement d’un Etat souverain : néopatrimonialisme, criminalité, recours à l’aide au développement et tripatouillage constitutionnel.

A bien des égards, l’Afrique contemporaine s’inscrit dans la continuité de ces pratiques de la gouvernance qui ne se maintiennent qu’à la faveur de l’inefficacité et donc de l’assujettissement de l’Etat.

C’est pourquoi la lucidité à l’égard de soi-même exigerait que la jeunesse africaine ne se trompe pas en s’enlisant dans une éternelle dénonciation de la « Françafrique ». Si l’Afrique n’est pas encore souveraine, c’est parce qu’elle refuse, politiquement, de sortir de cet état de minorité, de tutelle, dans laquelle elle s’est volontairement installée. Le temps est venu de savoir ce que peut l’Afrique pour elle-même, indépendamment du monde. Ainsi s’amorcera le début de la décolonisation de l’Afrique par elle-même.

 

Amadou Sadjo Barry est professeur de philosophie au Collège d’enseignement général et professionnel de Saint-Hyacinthe, au Québec.

 

2 commentaires

N
LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE AMADOU SADJO BARRY A TOUT DIT SUR LES RAISONS DU BLOCAGE DE L'AFRIQUE NOIRE DEPUIS LES INDEPENDANCES.

DANS LES ANNEES 70, LA CHINE FUT UN PAYS SOUS DEVELOPPE LOIN DE LA PLUPART DES PAYS AFRICAINS. AUJOURD'HUI, ELLE EST LA DEUXIEME PUISSANCE MONDIALE. QU'ATTENDEZ VOUS AFRICAIT DES PAYS AFRICAINS. AUJOURD'HUI, ELLE EST LA DEUXIEME PUISSANCE MONDIALE. QU'ATTENDEZ VOUS AFRICAINS POUR BONDIR COMME LES CHINOIS ? LE MALHEUR EST QUE LES INTELLECTUELS AFRICAINS PREFERENT LA BUREAUCRATIE POLITICO-ALIMENTAIRES C'EST A DIRE LA POLITIQUE POUR MANGER OU ENCORE OCCUPER DES POSTES DE RESPONSABILITE POUR SATISFAIRE LEURS PROPRES INTERÊTS ET CEUX DE LEURS MENTORS EN ABANDONNANT DE COTE ET DANS LA SOUFFRANCE LE PEUPLE. UNE ATTITUDE MALHONNÊTE PROPRE AUX CORROMPUS ET TRAITRES DE LA NATION. ILS UTILISENT LE POUVOIR POLITIQUE ET LEUR STATUT POUR COMMETTRE LES ABUS INSUPPORTABLES DANS TOUTE L'IMPUNITE. POURQUOI MALGRE LEURS ACQUIS INTELLECTUELS, L'AFRIQUE N'AVANCE PAS TOUJOURS ? IL Y A UN VRAI PROBLEME QUI BLOQUE L'AFRIQUE ET LES AFRICAINS. MAIS C'EST AUX AFRICAINS EUX MÊMES DE LAISSER LEURS MAUVAISES MANIERES DE FAIRE ET DE PROTEGER LEURS BIENS POUR UNE DISTRIBUTION EQUITABLE. C'EST A EUX DE SE DEBROUILLER POUR SORTIR DE LEUR MERDE COMME L'ONT FAIT LES CHINOIS. LES RESSOURCES NATURELLES VOUS ABONDENT DE PARTOUT. VOUS ÊTES POURTANT DES SUPERS INTELLIGENTS ET GRANDS DIPLÔMES. QU'ATTENDEZ VOUS DONC POUR MOBILISER TOUTES CES RESSOURCES POUR DEVELOPPER VOS PAYS ? SI VOUS N'Y ARRIVEZ PAS DEPUIS 60 ANS, C'EST QU'IL Y A CERTAINEMENT UN FACTEUR ENDOGENE ET/OU EXOGENE QUI FREINE TOUT. C'EST A VOUS D'IDENTIFIER VOS POINTS DE BLOCAGE QUI VOUS MAINTIENNENT DANS L'IMMOBILISME DEPUIS L'INDEPENDANCE. C'EST A VOUS DONC DE LES IDENTIFIER ET DE LES DEBLOQUER SANS QUOI AUCUN CHANGEMENT NE VIENDRA MALGRE LES EFFORTS DES UNS ET DES AUTRES. POURQUOI NE MULTIPLIEZ VOUS PAS DES STRATEGIES POLITIQUES ET DE DEVELOPEMENT ASSOCIEES UNE DOSE DE BONNE VOLONTE ET D'HONNÊTETE POUR DEJOUER TOUS LES PLANS MECHANTS DES PILLEURS ET DESTRUCTEURS ET DEVELOPPER VOUS MÊMES VOS PAYS SANS TENDRE LA MAIN A L'EXTERIEUR COMME DES MENDIANTS ? IL SUFFIT DE CETTE BONNE VOLONTE ET HONNÊTE POUR PROTEGER CE QUI EST A VOUS C'EST A DIRE PROTEGER VOS RESSOURCES NATURELLES ET ALLER VERS UN VERITABLE DEVELOPPEMENT. AINSI, L'AFRIQUE DEVIENT DANS 10 OU 15 ANS LA PREMIERE OU DEUXIEME PUISSANCE ECONOMIQUE MONDIALE. » lire la suite
N

TOUT EST DIT DANS CE CONCENTRE D'ARTICLE PAR LE PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE AMADOU SADJO BARRY SUR LES RAISONS DU BLOCAGE DE L'AFRIQUE NOIRE DEPUIS 60 ANS JUSQU'AUJOURD'HUI.

EN ATTENDANT, QUE FAITES VOUS INTELLECTUELS AFRICAINS ? ALLEZ VOUS TOUJOURS TOURNEZ EN ROND AVEC VOS GROS DIPLÔMES POUR RES VOUS INTELLECTUELS AFRICAINS ? ALLEZ VOUS TOUJOURS TOURNEZ EN ROND AVEC VOS GROS DIPLÔMES POUR RESTER ETERNELLEMENT BUREAUCRATES ET POLITICIENS ALIMENTAIRES OU PERPETUELS ENSEIGANTS DE LYCEES ET UNIVERSITES ? QUE FAITES VOUS REELLEMENT LORSQUE VOUS ÊTES AUX AFFAIRES DE L'ETAT OU LORSQUE VOUS DIRIGEZ LE PAYS ? POURQUOI MALGRE VOS ACQUIS INTELLECTUELS, RIEN N'AVANCE ? POURQUOI NE VOUS ENTENDEZ VOUS PAS ENTRE VOUS INTELLECTUELS AFRICAINS AVEC VOS GROSSES TÊTES REMPLIES DE SAVOIRS ET DE CONNAISSANCES ET DES RESSOURCES NATURELLES ABONDANTES A VOS DISPOSITIONS POUR METTRE EN PLACE LES VRAIES STRATEGIES DE DEVELOPPEMENT POUR L'INTERÊT DE VOS PEUPLES SANS TOMBER DANS LES PIEGES DU COLONISATEUR QUE VOUS NE CESSEZ D'ACCUSER ? SI DEPUIS LES INDEPENDANCES, L'AFRIQUE NE DECOLLE PAS, C'EST A CAUSE DE VOUS SOIT DISANT "INTELLECTUELS" C'EST A DIRE SOIT MALGRE VOS SAVOIRS VOUS ÊTES TOUJOURS COMPLEXES ET PERDUS AU MOMENT DE PRISES D'IMPORTANTES DECISIONS POUR VOS ETATS DEVANT LES BLANCS ET LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES ET VOUS SIGNEZ BÊTEMENT POUR CE QUI ENFONCE VOS ETATS. ON SE DEMANDE SANS CESSE POURQUOI DONC VOS GROS DIPLÔMES ? EST-CE SEULEMENT POUR ACCEDER AUX FONCTIONS DE L'ETAT ET PROFITER DE GROS SALAIRES ET AUTRES PRIMES QUI NE SERVENT QU'AUS BESOINS DE VOTRE PRECARRE FAMILIAL ? C'EST MALHEUREUSEMENT CETTE LOGIQUE ETENDUE A TOUS LES AFRICAINS QUI TUE L'AFRIQUE. » lire la suite

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