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AFRIQUE CENTRALE : LA CORRUPTION MINE TOUJOURS LA SOUS-RÉGION

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Dans le monde, l’Afrique centrale détient le triste record du plus fort taux de corruption. Les neuf pays de la sous-région occupent les bas-fonds de l’index publié chaque année par l’ONG Transparency International. Dans le rapport 2019, le Gabon occupe la 123e place, le Cameroun et la République centrafricaine, à égalité, la 153e place. Le Congo et la République démocratique du Congo sont respectivement 165e et 168e. La Guinée équatoriale est en 173e position, à des niveaux similaires au Soudan, à l’Afghanistan et à une place derrière la Corée du Nord. Cette situation désastreuse traduit une mal gouvernance endémique, dont les impacts économiques et sociaux sont catastrophiques pour l’ensemble de la sous-région. 

Quand la défaillance démocratique nourrit la corruption 

« Un sombre tableau de l’inaction contre la corruption ». C’est en ces termes que Transparency International décrit la situation en Afrique subsaharienne. La situation s’explique notamment par la profusion de régimes autocratiques, voire autoritaires. Ce n’est pas un hasard si les pays d’Afrique centrale sont tout aussi mal positionnés dans l’index de la corruption que dans celui de l’indice des démocraties. Le Gabon occupe la 124e place, le Cameroun la 132e place, la Guinée équatoriale la 161e place et la Centrafrique la 164e place dans le classement 2019 de The Economist. Lorsqu’on s’intéresse au classement de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse, les résultats sont tout aussi préoccupants. Le Gabon est 115e, le Cameroun 131e, la Centrafrique 145e et la Guinée équatoriale 165e. La faiblesse des institutions démocratiques et l’absence de garantie de l’expression individuelle et collective nourrissent en effet les pratiques de mal-gouvernance aux plus hauts niveaux de responsabilité.

La faiblesse des mécanismes de lutte anticorruption impacte aussi le développement économique en privant les différents pays d’investissements étrangers essentiels à la croissance. Dans l’indice de la Banque mondiale relatif à la facilité de faire des affaires, les pays d’Afrique centrale sont aussi les mauvais élèves. Le Gabon est 169e, la Centrafrique 184e,, la Guinée équatoriale 148e et le Cameroun 167e.

Les acteurs politiques au cœur des scandales

Dans toute la sous-région, les affaires touchant des personnalités politiques régionales se multiplient. Et c’est surtout en France que les familles des Présidents font leurs affaires. Le 10 février dernier, Teodorin Obiang Nguema, vice-président de la Guinée équatoriale, a ainsi été condamné en appel à trois ans de prison avec sursis et de 30 millions d’euros d’amende dans le procès des « biens mal acquis ». Le fils du Président s’est en effet constitué un patrimoine immobilier estimé à plusieurs millions d’euros en France. Denis Christel Sassou-Nguesso a échappé de peu à une mise en examen, malgré la demande du Parquet national financier français d’enquêter sur le train de vie du fils du Président congolais. L’acquisition à Paris d’un hôtel particulier pour une somme estimée à 4 millions d’euros avait notamment interpellé les autorités françaises. Au Gabon, le sommet de l’État est ébranlé par une vaste campagne anticorruption, dont les victimes se multiplient, sur fond de vengeance politique. Un peu plus au sud, en Angola, les « Luanda Leaks » éclaboussent la femme la plus riche d’Afrique, Isabel dos Santos.

Mais la corruption ne touche pas uniquement les personnalités exposées et constitue, bien au contraire, un mode de fonctionnement systémique dans les pays d’Afrique centrale. Du simple policier en charge de la circulation recevant une petite somme pour ignorer un excès de vitesse aux agents non assermentés chargés de l’inspection des entreprises, en passant par les arrangements aux postes de douanes, la corruption du quotidien conditionne les relations entre fonctionnaires et citoyens. Une réalité largement facilitée par l’absence d’organe de contrôle efficient, la faiblesse des revenus des fonctionnaires ou encore une hiérarchie globalement défaillante.

Le rôle trouble de certaines entreprises étrangères 

Les négociations occultes avec les fonctionnaires locaux et le sens de l’entregent avec certaines personnalités influentes locales sont, en Afrique centrale, des pratiques quotidiennes pour les entreprises afin de faciliter l’accès aux marchés publics ou encore au permis d’exploitation des ressources naturelles. En juillet 2019, en Centrafrique, le député Mandaba, Président de la Commission Production, Ressources naturelles et Environnement de l’Assemblée nationale, a reconnu avoir bénéficié d’un pot-de-vin de 40 millions de francs CFA pour accélérer l’obtention d’un permis minier à une entreprise chinoise.

Au Gabon, les liens supposés entre l’ancienne secrétaire générale de la présidence gabonaise Laure Olga Gondjout désormais installée en Côte d’Ivoire et la holding monégasque Monaco Resources Group, dont la filiale R-Logistic opère l’assistance à escale à l’aéroport de Libreville, ont récemment été révélés dans la presse. Les sous-investissements de Monaco Resources Group sur la plateforme aéroportuaire Léon Mba de Libreville fragilisent la capacité du Gabon à devenir le hub aéroportuaire de l’Afrique centrale. Fragilisé dans le pays et dans le viseur des autorités gabonaises, Monaco Resources Group viserait ainsi le contrat d’assistance à escale de l’aéroport de l’aéroport d’Abidjan pour assurer la poursuite de ses activités dans le secteur aérien sur le continent.

Mais les entreprises françaises ne sont pas en reste non plus. La société Bourbon, l’un des leaders de services maritimes, a été accusée d’avoir versé environ 3 millions d’euros de pots-de-vin à des fonctionnaires de trois pays africains, dont le Cameroun et la Guinée équatoriale afin de minimiser ses impôts dans ces différents pays.

Certains pays d’Afrique centrale haussent le ton contre la corruption

Au Gabon, une dizaine de cadres des administrations publiques et d’anciens proches du président Ali Bongo Ondimba ont été poursuivis, parfois emprisonnés, pour détournement de fonds publics ou blanchiment de capitaux. La dernière victime en date de l’Opération Scorpion est l’ancien directeur général de la société gabonaise des transports, Bruno Minko-mi-Ngwa, placé sous mandat dépôt le 12 février dernier. Le 31 janvier, Landry Régis Laccruche Lelabou est démis, en conseil des ministres, de son poste de directeur général de l’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG). Derrière l’objectif ambitieux d’assainir les finances publiques du pays, les opposants dénoncent cependant des manœuvres politiques destinées à écarter des responsabilités certaines personnalités peu enclines à soutenir le pouvoir en place.

Le 27 décembre, en Centrafrique, le Président Faustin-Archange Touadéra a lancé la stratégie nationale de bonne gouvernance dans le pays destiné, là encore, à libérer le pays de la corruption endémique. En RDC, où la corruption constitue une perte financière annuelle de 15 milliards de dollars, Félix Thiskédi a annoncé la création d’une « juridiction spécialisée dans la lutte contre la fraude fiscale, le blanchiment des capitaux ainsi que le détournement des deniers publics » le 12 décembre dernier. Insuffisant cependant, pour une partie de la société civile et de l’opposition, pour mettre un terme à ce fléau qui touche, là encore, certaines hautes personnalités congolaises.

 

Publié le Hier à 15 h 43 min par Rédaction

 

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