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A-G Dologuélé (RCA): «Bien mener les opérations pour une élection incontestable»

 

 

02/03/2020 - 07:51 Charlotte Cosset RFI

 

La Centrafrique se prépare à aller aux élections. Le premier tour de l’élection présidentielle est prévu le 27 décembre 2020, alors que le pays sort difficilement de la crise. L’accord de paix signé le 6 février 2019 a permis une relative accalmie dans le pays, mais les violences sont encore importantes. Le retour de l’autorité de l’État n’est pas effectif sur l’ensemble du territoire. Dans ce contexte, l’opposition s’organise. Anicet-Georges Dologuélé, président du parti d’opposition Union pour le renouveau centrafricain (URCA) est notre invité. Il a aussi pris la présidence de la plateforme d’opposition nouvellement formée à Bangui.

 

RFI : Vous venez de lancer avec d’autres partis la coalition d’opposition 2020, le COD 20-20. De quoi s’agit-il ?

Anicet-Georges Dologuélé : Il s’agit d’un regroupement de tous les leaders d’opposition, parce qu’au début j’étais tout seul, en 2016-2017. Maintenant, nous sommes assez nombreux. Nous disions la même chose, mais chacun de son côté et il était important que nous puissions nous mettre ensemble pour aborder des questions aussi importantes que les questions de sécurité dans le pays, la préparation des élections et bien d’autres sujets.

Quelles vont être les missions de cette plateforme ?

La première mission, c’est quand même de veiller à ce que cette espèce de dérive, où l’opposition n’a pas droit à la parole sur des médias publics, où les règles ne sont pas respectées, certains ont déjà leurs affiches un peu partout dans le pays… Cette espèce de dérive, où on se croit propriétaire d’un pays, il faut que cela cesse. La seconde, c’est quand même de veiller à ce que les différentes étapes de la préparation des élections soient respectées, qu’on ne soit pas que dans les incantations pour dire que les élections auront lieu à bonne date. Ces élections sont des opérations techniques. Donc veiller à ce que ces opérations soient bien menées et donner notre opinion sur des questions de sécurité, qui sont très importantes. L’application des accords de Khartoum, on en parle beaucoup, mais rien ne se passe… Il faut que nous soyons vigilants là-dessus.

Vous parliez des élections. Elles doivent avoir lieu en décembre. On parle déjà d’un possible report de cette date. Vous partagez ces craintes ?

De notre point de vue, en observant le calendrier électoral légal, annoncé par la Cour constitutionnelle - le calendrier prévisionnel de l’ANE -, nous voyons qu’il y a déjà un certain nombre de retards dans beaucoup d’opérations, retard qui risque d’entraîner un glissement sur le calendrier. J’entends beaucoup dire qu’il faut que cela se tienne à bonne date, mais je pense qu’à ce stade-là, il faut évaluer sereinement, froidement, le retard, voir comment le réduire de manière à ne pas trop déraper. Il ne faut pas forcer les opérations, il ne faut surtout pas faire les opérations au rabais. Il faut qu’elles soient bien menées, pour que les élections ne soient pas contestées.

Est-ce que l’un des autres objectifs du COD 20-20 est de trouver un candidat unique pour cette élection ?

C’est un regroupement de leaders politiques. Vous savez qu’un leader politique, forcément, a de l’ambition. Nous avons laissé une porte ouverte à la signature d’accords électoraux.

Si jamais, vous deviez y venir, ce serait quand et comment vous feriez cela ?

À fur et à mesure que nous avançons. Cela dépend de l’appétit des uns et des autres, cela dépend des négociations menées les uns avec les autres… Vous savez, il faut prendre son temps. C’est encore trop tôt pour parler de cette question-là.

Une loi sur le statut de l’opposition a été votée. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

Cela permet de rattraper un grand retard dans le fonctionnement de cette démocratie, où l’opposition était constatée, mais n’était pas formelle. Et donc aujourd’hui, il y a cette loi qui permet que les opposants puissent parler sans être inquiétés, mais en respectant eux-mêmes les lois de la République, qui permet qu’il y ait un financement du chef de l’opposition pour permettre de faire fonctionner l’opposition. C’est une avancée importante.

Vous êtes vous-même député à l’Assemblée nationale. Cette institution a fait face à plusieurs scandales ou affaires, ces derniers mois. Quel est votre sentiment en tant qu’élu de la nation ?

Nous en souffrons. Les députés en parlent tout le temps. Il y a beaucoup trop de scandales. Je pense que c’est la première mandature qui connaît autant de scandales. Nous prenons des mesures. Nous sommes surpris que ces mesures n’aillent pas jusqu’au bout. Elles sont étouffées au niveau même de la hiérarchie de l’Assemblée nationale et c’est dommage.

La sécurité est toujours une grande question. Récemment encore, des combats ont eu lieu à Birao. Quelle est la place de l’opposition dans ces débats ?

L’opposition marque beaucoup de surprises dans la manière dont le gouvernement gère ce dossier. Le gouvernement semble prendre parti dans un camp contre un autre camp, ce qui n’est pas normal. Le gouvernement donne l’impression d’entraîner la Minusca, d’obliger la Minusca à prendre parti, ce qui n’est pas normal. Cette crise est mal gérée. On ne peut pas être au pouvoir et monter des populations les unes contre les autres.

Une autre affaire dont on a entendu parler récemment par rapport à la Minusca, ce sont ces trois officiers, contre qui une plainte a été déposée. Quelle est votre réaction ?

Je pense que, dans ce dossier il y a eu beaucoup d’amateurisme. Un gouvernement a dix mille manières de régler des problèmes diplomatiques. On ne met pas des jeunes dans la rue, deux jours après on lance un ultimatum et puis l’ultimatum n’est pas respecté, parce que la Minusca a argué que les accusations étaient fausses… Et puis, on remet encore les jeunes en train de faire des conférences de presse… Je pense qu’il faut régler cela de manière sereine. La Minusca est un partenaire important. Grâce à la Minusca, je pense, ce gouvernement tient. Et donc, pour trois personnalités, faire ce qui est fait en ce moment… Je trouve que c’est beaucoup d’amateurisme. Ils auraient pu obtenir de meilleurs résultats avec des méthodes différentes.

 

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