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Centrafrique: «Le pouvoir veut se maintenir et l’opposition déterminée à l’en empêcher»

INVITÉ AFRIQUE

 

Centrafrique: «Le pouvoir veut se maintenir et l’opposition déterminée à l’en empêcher»

 

Laurent Correau RFI

 

Plus d'un an après la signature de l'accord entre le gouvernement et les groupes armés, la Centrafrique n'est toujours pas sortie de la crise. D'autres tensions se mettent même en place au fur et à mesure que le pays avance vers les élections annoncées pour décembre 2020. C'est ce qui ressort des travaux du chercheur Hans de Marie Heungoup. Sur le site de l'organisation International Crisis Group, ce spécialiste de la RCA publie un texte inspiré par sa dernière visite de terrain. Il est l'invité Afrique de RFI.

Hans De Marie Heungoup, analyste à l'International Crisis Group. Cris Group

 

RFI : Votre texte s’intitule « À la recherche de l’État en République centrafricaine ». Est-ce que vous diriez que, plus d’un an après la signature de l’accord entre gouvernement et groupes armés, cette présence n’est pas encore évidente ?

Hans De Marie Heungoup : La situation, il faut le dire, est quelque peu ambiguë. Depuis la signature de l’accord, près de 1 500 soldats ont été déployés, des gendarmes, des policiers aussi… Et on aperçoit des préfets, des sous-préfets, qui reprennent fonction dans les lieux qu’ils avaient abandonnés précédemment. Cependant, dans une vaste partie du territoire centrafricain, toute cette présence demeure nominale, pour ne pas dire cosmétique. Ce qui fait que, dans l’administration au quotidien, ce sont toujours les groupes armés qui ont la main sur l’ensemble des fonctions dévolues à l’État centrafricain. Et les Nations unies, qui sont aussi présentes sur place, sont en sur-extension et ne sont pas capables de défaire tous ces groupes armés, ou alors, d’imposer l'imperium de l’État centrafricain dans la totalité des seize préfectures de RCA.

Au sein de la Communauté internationale, beaucoup pensent qu’une des solutions pour sortir de cette situation, c’est le processus de DDR, Démobilisation-Désarmement-Réinsertion. Vous avez, à l’occasion de ce séjour en Centrafrique, rencontré plusieurs acteurs des groupes armés et l’un d’eux vous fait une confidence terrible par rapport à ce processus de DDR. Il estime que s’il veut être pris au sérieux, il faut que ses combattants gardent les armes. Est-ce que cela veut dire que les groupes armés ont des réticences à entrer dans ce processus de DDR ?

Tout à fait. Le DDR en Centrafrique illustre l’ensemble des problèmes et des paradoxes du DDR qu’on observe en général dans les conflits africains. La plupart des groupes armés craignent la justice internationale, et même la justice nationale, et donc se disent que tant qu’il n’y a pas de forme de justice transitionnelle ou de pardon à l’échelle nationale, il n’est pas dans leur intérêt de déposer les armes ou de désarmer complètement. De plus, certains observent que les groupes les plus importants qui n’ont pas désarmé ont toujours plus de représentants au sein du gouvernement ou de la haute administration, alors que de petits groupes qui, de façon bien intentionnée, ont entièrement désarmé, voient plusieurs de leurs chefs n’avoir aucune récompense matérielle ou en termes de nominations administratives. Ils en tirent la conclusion qu’ils auraient dû garder les armes pour rester crédibles dans la discussion et dans le processus de négociation.

Mais alors, comment faire en sorte que les groupes armés qui désarment ne se sentent pas perdants dans ce processus ? Est-ce que la Commission vérité et réconciliation, qui vient d’être créée sur le papier, est une solution ou une partie de la solution ?

Théoriquement on est dans la bonne approche. Tout l’enjeu est de savoir comme cela sera mis en pratique de manière à trouver la bonne articulation entre le besoin de justice, qui est très fort au sein de la population centrafricaine, et la nécessité du pardon et de la réconciliation, qui est la condition sine qua non pour obtenir la paix et le désarmement réel, véritable, des groupes armés.

Au cours de cette recherche, vous avez évoqué avec vos interlocuteurs le sujet de l’élection présidentielle qui est toujours prévue fin décembre 2020. Est-ce que vos interlocuteurs sont optimistes sur le respect de cette échéance ?

Aujourd’hui, le respect de l’échéance semble quasiment acquis. La plupart des partis de l’opposition, ainsi que le parti au pouvoir avec lequel nous avons eu des échanges, se sont plus ou moins résignés à l’idée de cette date. Cependant, l’une des inquiétudes qui est remontée de nos échanges avec ces derniers, c’est le degré de polarisation que l’on observe au sein de la scène politique centrafricaine, avec un pouvoir qui semble déterminé pratiquement à tout prix à se faire réélire, une opposition qui, elle, est tout autant déterminée à empêcher cette réélection du président centrafricain. L’un des éléments marquants de cette tension, c’est le fait que mi-2019, se sont créés des groupes de jeunes notoirement proches du pouvoir qui menaçaient d’attenter à la vie de certains cadres de l’opposition. Et l’on a aussi observé, au cours de cette deuxième moitié de l’année 2019, que plusieurs marches de l’opposition ont pu être interdites par le gouvernement. Donc, tout cela n’était pas des faits observables durant la première moitié de la mandature du président Touadéra, ce qui pousse l’opposition à se dire qu'il y a une dérive autoritaire du pouvoir et que le pouvoir, ainsi, tente en amont d’organiser la fraude électorale.

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