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En Centrafrique, le coronavirus change la donne pour les humanitaires

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Par Gaël Grilhot Publié le 6 avril 2020 à 12h15, mis à jour à 15h33

 

Alors qu’une grande partie de la population dépend de leur aide, les ONG doivent réduire certaines de leurs activités pour éviter les rassemblements.

En Centrafrique, les organisations humanitaires sont confrontées à plusieurs défis dans la lutte contre le Covid-19. Eléments essentiels du mécanisme gouvernemental face à la pandémie liée au coronavirus, elles doivent également se prémunir elles-mêmes, pour ne pas en devenir le vecteur, et veiller à leur propre sécurité. Seuls neuf cas ont été détectés dans le pays – trois ont depuis été guéris –, mais les organisations humanitaires s’attendent au pire et s’organisent pour faire face.

A l’entrée de la base d’Action contre la faim (ACF), à Bangui, les gardiens sont accueillants, mais inflexibles. Toute personne pénétrant dans les locaux doit impérativement se laver les mains avec une solution chlorée – un des gestes barrières contre le Covid-19 auxquels on ne déroge plus ici. « Depuis fin février, au vu de la propagation accélérée du virus dans le monde, on s’est rendu compte qu’il serait difficile qu’un pays soit épargné, explique Thierno Samba Diallo, directeur d’ACF dans le pays. Nous ne voulons pas être un vecteur de transmission du virus, mais plutôt un vecteur de protection. » Difficile pourtant de tenir ce rôle, tant le matériel de protection individuelle manque – même pour les ONG.

Début mars, il a fallu s’organiser pour gérer les déplacements des membres de l’équipe. Pour ACF, qui compte près de 500 membres en Centrafrique, dont une quarantaine d’expatriés, des questions lourdes de sens se sont posées. « Il a été décidé que ceux qui étaient en pause dans un pays de foyer du virus ne reviendraient pas tout de suite et continueraient de suivre les missions en télétravail », précise Thierno Samba Diallo. Pour les autres, des décisions ont été prises au cas par cas. « En Centrafrique, connaissant la capacité limitée de prise en charge du système sanitaire, il fallait réduire un peu les effectifs afin de ne pas se retrouver bloqué ici avec tout le monde », résume-t-il.

« On n’arrive pas à trouver du personnel »

« La Centrafrique a le système de santé le plus faible de la planète », confirme François Batalingaya, responsable du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Pour lui, l’impact du virus sur les activités humanitaires n’a pas été tout à fait anticipé. « On n’arrive pas à trouver du personnel prêt à venir travailler en Centrafrique », explique-t-il.

L’épidémie de Covid-19 intervient alors que le pays se remet à peine de la crise politico-militaire de 2013. La Centrafrique est classée 188e sur 189 selon l’indice de développement humain (IDH) ; et, bien que reprenant timidement sa place, l’Etat est loin de satisfaire à l’ensemble des services de base pour les populations. Selon l’OCHA, près de 2,7 millions de Centrafricains (sur 4,7 millions d’habitants) sont encore aujourd’hui dans le besoin : accès à l’eau, aux soins, à la nourriture… Et les quelque 700 000 déplacés internes que compte le pays dépendent toujours autant des 164 organisations humanitaires présentes (93 ONG nationales, 56 internationales et des institutions onusiennes).

Même si elles mènent toutes leurs propres programmes, ces ONG se coordonnent par activités à travers des « clusters » (santé, nutrition, protection de l’enfance, etc.). « Nous avons convenu d’utiliser les mécanismes de coordination existants pour faire face à la pandémie », assure François Batalingaya. Les organisations ont néanmoins dû revoir leurs priorités. « Les activités de développement, qui ne servent pas tout de suite à sauver des vies, ont été réduites », souligne Thierno Samba Diallo.

Stigmatisation et agressions verbales

Pour respecter les mesures prises par le gouvernement, qui a interdit tout rassemblement de plus de quinze personnes, ACF a réduit sa mobilisation dans le cadre des foires alimentaires. L’ONG compte réadapter ses activités, notamment dans la sensibilisation des leaders communautaires, « pour qu’ils deviennent les relais des messages de prévention et de protection contre le Covid-19 ».

Mais certaines activités sont difficiles à limiter. Le coronavirus n’est pas le seul virus qui menace la Centrafrique, où les populations doivent faire face depuis plus d’un an à une épidémie de rougeole qui a touché plus de 7 600 personnes et fait 83 morts, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Difficile, dès lors, de réorganiser les dispositifs de consultation pour éviter des rassemblements de plus de quinze personnes. François Batalingaya craint en outre que les bailleurs de fonds ne se réorientent complètement vers la lutte contre le Covid-19. « Ils peuvent réaiguiller vers le coronavirus les financements qui étaient destinés à des sites de déplacés, par exemple. C’est une réelle inquiétude. »

La question sécuritaire demeure toujours en toile de fond en Centrafrique. Avec plus de 300 incidents visant directement des acteurs humanitaires en 2019, qui ont fait six morts et 42 blessés, le pays reste l’un des plus dangereux pour les ONG, qui craignent que cette situation ne s’aggrave. « Lorsque le premier cas de Covid-19 a été déclaré, c’était un cas importé et il y a eu un sentiment de stigmatisation du personnel des ONG », souligne François Batalingaya. Des agressions, le plus souvent verbales, ont été signalées, conduisant à des mesures de confinement ou de couvre-feu plus sévères au sein des différentes organisations.

Gaël Grilhot (Bangui, correspondance)

 

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