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Entretien avec Dr Guy VERNET, DG de l’institut Pasteur de Bangui : « La RCA, un modèle à part de l’évolution du COVID19 »

Lu pour vous

 

« La RCA, un modèle à part de l’évolution du COVID19 »

 

Entretien avec Dr Guy VERNET, DG de l’institut Pasteur de Bangui

 

http://letambourin.over-blog.com/ 11 mai 2020

 

Dans un entretien accordé à notre rédaction,  le nouveau directeur général de l’institut pasteur de Bangui, le Dr Guy VERNET, a donné  l’exclusivité sur la situation sanitaire en Centrafrique. Il a également abordé le sujet de la pandémie dans le pays et les perspectives de l’institut pasteur de Bangui.

 

Le Centrafrique est un pays qui éprouve d’énormes difficultés sur le plan sanitaire. Le pays enregistre un manque d’infrastructure de santé, le nombre insignifiant de médecins, docteurs et spécialistes de santé. C’est aussi l’un des pays ayant la plus faible couverture sanitaire dans le monde. L’institut Pasteur de Bangui constitue donc le socle infrastructurel en recherche et sécurité biologique pour la santé publique ainsi qu’en formation médicale et scientifique pour les étudiants et les jeunes diplômés.

Le  Centrafrique, à l’instar des autres pays du monde, fait face à la pandémie du coronavirus, mais contrairement aux autres pays,  il affronte le COVID19 dans un contexte où les infrastructures de santé et les moyens sanitaires font cruellement défaut. Dans cet environnement sanitaire inquiétant et délétère face à l’avancée de la « bête »,  l’Institut Pasteur de Bangui, le laboratoire de référence de l’organisation mondiale de la santé (OMS), apporte un précieux soutien technique.

Plus de 4 839 tests sont déjà effectués au niveau de l’institut pasteur et maintenant près d’une semaine au niveau du laboratoire national de Bangui, sur environ 3000 personnes. Parfois une personne peut être testée plusieurs fois en raison de suivi de cas confirmés. Pour le moment on est à 143 cas confirmés dont 12 guéris et 0 décès.

Pour le moment le pays a encore la capacité de continuer de tester les personnes.

« On n’aura pas de problème de test durant les trois ou quatre prochaines semaines. Mais nous recherchons en permanence des solutions. On a passé le cap du pic où tout le monde veut être testé, maintenant nous allons pouvoir bien nous organiser et être proactif. » a affirmé le Dr Guy Vernet.

Le constat est que la majorité des cas confirmés dans le pays sont des cas importés. 73% des cas, soit 105 personnes contaminées, sont importés. 

 « Le Centrafrique est modèle à part de l’évolution de la pandémie. Car dans les autres pays il y a une dynamique de l’épidémie assez différente… » souligne le directeur de l’institut pasteur de Bangui avant d’ajouter

« Le virus circule probablement au sein de la population, mais le nombre des cas est pour l’instant faible. C’est une très bonne chose. Parce que de toute façon l’épidémie va venir, mais si elle se fasse d’une manière lente et que si on a mis en place les mesures de contrôle efficace assez rapidement en apprenant des expériences des pays fortement touchés, son évolution sera contenue. L’important est de garder le cap de faible contamination, car la contamination de masse est très difficile en ce qui concerne la prise en charge des patients… »

L’effet pangolin

« On parle beaucoup de COVID et on se focalise dessus au point d’oublier les autres maladies. A mon humble avis, les patients doivent continuer de se dépister et de traiter les autres maladies… » a alerté Dr Vernet

Le directeur a souligné la baisse considérable relative à la fréquentation des laboratoires pour le bilan biologique habituel.

« Les bilans sanguins, bilans biochimiques sont toujours importants  pour la santé de la population… »

Si c’est vrai le COVID éclipse les autres maladies, il y a aussi beaucoup de cas rougeole, méningite, la tuberculose et le VIH.

« Nous continuons notre mission de santé publique. Nous continuons de prendre ne charge les patients du VIH, de la tuberculose. On continue la surveillance polio et on continue les suivies de fièvre jaune et du paludisme… » rassure-t-il.

L’institut a dû suspendre quelques-uns de ses projets de recherche et de formation en raison l’arrêt de la collaboration internationale due à la pandémie.

Le directeur a affirmé que l’institut pasteur pourrait également travailler sur les recherches de traitement du COVID19.

« Nous avons une capacité à participer et pouvoir mettre en place le contrôle des effets cliniques et évidemment avec toutes les garanties éthiques qui sont associées aux des effets chimiques des recherches fondamentales du traitement. » indique-t-il.

 Il a affirmé que l’institut n’est pas encore sollicité pour effectuer un effet chimique de pharmacopée traditionnelle.

« Pour l’instant nous nous sommes tous focalisés sur les diagnostiques et le dépistage du COVID19 qui constitue pour le moment notre seule force en Centrafrique… »

Pour l’utilisation des feuilles et tisanes traditionnelles le directeur a affirmé ne pas encore maitriser la pharmacopée traditionnelle centrafricaine.

« Je suis persuadé que les composés naturels contenus dans les plantes peuvent traiter le virus, mais il faut avoir l’approche globale de cette recherche et que tout l’aspect pharmaceutique soit respecté… » conclut-il.

Les perspectives avec le nouveau directeur de l’Institut pasteur

Après sa nomination le 1er mars 2020 comme Directeur Général de l’Institut Pasteur de Bangui, Dr Guy Vernet a pris fonction le 20 mars 2020. Il remplace à ce poste le Dr Jean-Pierre LOMBART au terme d’un mandat de cinq années et affirme souhaiter rapprocher encore plus l’institut et le ministère centrafricain de la santé.

« Quand je suis venu, j’ai trouvé un système qui fonctionne déjà bien. Beaucoup de choses sont faites à l’institut pasteur de Bangui mais on ne communique pas assez sur l’efficacité de la recherche de santé qui est menée en partenariat avec le ministère centrafricain de la santé… » affirme-t-il.

Il indique ne pas vouloir changer ce qui marche déjà. Ainsi son plus grand défi est de rendre à l’institut pasteur de Bangui sa place au niveau international.

« Il était, avant les événements 2013, considéré comme le plus performant en terme de recherche.. » conclut le directeur.

 

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