Notre mission, toujours vous informer
Accueil » Dossiers » Génocide au Rwanda : «Ce qu’on sait de l’implication de la France est déjà explosif»
Génocide au Rwanda : «Ce qu’on sait de l’implication de la France est déjà explosif»

Lu pour vous

 

INTERVIEW

 

Génocide au Rwanda : «Ce qu’on sait de l’implication de la France est déjà explosif»

 

https://www.liberation.fr/ Par Maria Malagardis — 15 juin 2020 à 06:17

 

A la suite de la décision du Conseil d'Etat vendredi, le chercheur François Graner revient sur sa victoire pour obtenir l'accès aux archives sur le rôle de la France au Rwanda en 1994.

C’est une victoire historique qu’a obtenue, après cinq ans de combat, le chercheur François Graner. Vendredi, le Conseil d’Etat lui a accordé l’accès aux archives de François Mitterrand sur la politique française au Rwanda, petit pays de l’Afrique des grands lacs où s’est déroulé en 1994 le génocide contre la minorité tutsi, qui fera près d’un million de morts. Alliée du régime génocidaire, la France était alors en première ligne. Egalement membre de l’association Survie, très impliquée dans la lutte contre la Françafrique, et auteur de deux ouvrages sur la France au Rwanda (1), Graner revient sur l’importance et la portée de cette décision. 

Quelle est l’importance de la décision du Conseil d’Etat ?

Les membres de cette juridiction se sont réunis en assemblée solennelle, ce qu’ils ne font qu’une ou deux fois par an, pour affirmer que les citoyens ont le droit de s’informer. Et que ça prime sur la protection, les secrets des gouvernants. Sur le fond, c’est bien plus important que l’accès à ces documents précis. Car désormais, grâce à cette jurisprudence, il sera plus compliqué pour une administration de refuser une demande d’informations, sur ce sujet comme sur un autre.

Mais dans le cas précis de l’implication de la France dans cette tragédie, à quoi aurez-vous désormais accès ?

Je vais pouvoir avoir accès à onze dossiers qu’on me refusait. En cinq ans de bataille, j’ai déjà pu obtenir cinq dossiers sur les dix-huit que je sollicitais. Ce qu’on vient de m’accorder, c’est l’accès à la totalité des archives sur Bruno Delay, le conseiller Afrique du président. Ainsi que les 800 pages des archives récoltées par Françoise Carle, une enseignante et militante du Parti socialiste qui, de façon informelle, avait pour mission de sélectionner les documents de conseillers de Mitterrand sur ce sujet.

Quels éléments nouveaux pouvez-vous espérer y trouver ?

On peut espérer avoir plus d’éclaircissements sur le tournant de la politique française au Rwanda en février 1993 : au moment où l’Elysée s’engage réellement aux côtés des extrémistes au sein du régime rwandais. Il est possible également d’avoir plus de précisions sur l’attentat du 6 avril contre l’avion du président Habyarimana, qui sert de déclencheur au génocide. Il y aura peut-être des éléments nouveaux sur l’opération Turquoise [déclenchée au Rwanda par la France fin juin 1994, ndlr] qui, sous couvert d’aide humanitaire, a permis aux responsables du génocide de fuir au Zaïre [aujourd’hui République démocratique du Congo, ndlr]. Et enfin, on en apprendra peut-être plus sur le rôle de la France auprès de l’armée génocidaire en déroute à partir de juillet 1994. On sait déjà qu’elle l’a réarmée, mais on ne sait pas jusqu’où allait ce soutien.

Pensez-vous pouvoir trouver quelque chose de réellement inattendu, un scoop ?

Ce qu’on sait de l’implication de la France pendant le génocide au Rwanda est déjà explosif ! Pour garder le Rwanda dans la zone d’influence française, une petite poignée de décideurs ont soutenu un régime génocidaire en connaissance de cause. C’est une complicité de génocide, et énoncer une telle accusation c’est déjà vertigineux.

Quel est le rôle particulier de Mitterrand dans ce drame ?

Pour François Mitterrand, la France ne pouvait être une grande puissance que si elle maintenait une zone d’influence néocoloniale. Quel que soit le prix à payer. Il a donc choisi de soutenir ses alliés, même s’ils préparaient l’extermination des Tutsis. Mais la vraie question, c’est comment les institutions de la Ve République ont permis à un seul homme d’imposer à ce point sa vision, entouré de quelques conseillers comme Hubert Védrine. Il y a eu au moins quinze questions critiques au Parlement, sans jamais de débat. A partir des années 90, certains ministres de la Défense, comme Pierre Joxe, se sont opposés à cette politique, en vain. Et même certains militaires sur place, comme le général Varret, qui a été viré.

Voit-on une évolution avec Macron ?

Macron a encore plus présidentialisé la fonction à la tête de l’Etat. Il est moins colonialiste, mais peu avant son élection, il a rappelé son attachement à la stabilité des Etats africains «même ceux avec lesquels on ne partage pas les mêmes valeurs». C’est très mitterrandien, ça !

Et la commission d’archives qu’il a mis en place, sur le rôle de la France au Rwanda ?

Hollande avait promis d’ouvrir les archives à tout le monde, sans le faire. Macron a désigné une commission d’historiens présidée par Vincent Duclert. On aurait pu lui faire confiance a priori. Mais la note de mi-parcours délivrée par cette commission en avril est stupéfiante. Elle explique sa méthodologie, puis soudain, voilà qu’elle avance déjà des certitudes. En gros, les détracteurs de la politique française n’ont rien compris. Il y a des phrases hallucinantes sur l’opération Amaryllis [qui a permis l’évacuation des ressortissants français mais aussi de nombreux dignitaires du régime au début des massacres, ndlr]. Et la note reprend les arguments d’Hubert Védrine sur une «politique équilibrée», en dépit de tout ce qu’on sait désormais. Mais s’ils sont déjà si convaincus, que peuvent trouver les membres de la Commission Duclerc dans les archives ? En fait, on se rend compte qu’en France, on a toujours du mal à regarder les pages obscures du passé, c’est presque une spécificité française.

(1) Dernier ouvrage paru : l’Etat français et le génocide des Tutsis du Rwanda, avec Raphaelle Doridant Editions Agone, 2020.

Maria Malagardis

 

1 commentaire

N
OK POUR L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE GENOCIDE RWANDAIS. MAIS VA T-ON TOUJOURS DIRE QUE C'EST LA FAUTE A LA FRANCE ? NON, LA FAUTE C'EST AUX RWANDAIS EUX-MÊMES. POURQUOI ILS SE DECOUPAIENT EUX-MÊMES AVEC DES MACHETTES COMME DES SAUVAGES BARBARES EST-CE LA FRANCE QUI A DIT A PIERRE ET A PAUL DE PRENDRE LES MACHETTES COMME DES SAUVAGES BARBARES EST-CE LA FRANCE QUI A DIT A PIERRE ET A PAUL DE PRENDRE LES MACHETTES ET D'ALLER DECOUPER CES FEMMES ET ENFANTS TUTSI ETC ? L'ASSASSINAT DU PRESIDENT RWANDAIS (ASSASSINAT D'UN SEUL HOMME) A L'EPOQUE DEVAIT-IL ÊTRE UNE RAISON POUR CREER UN GENOCIDE ET EXTERMINER UN PEUPLE A L'INTERIEUR DU MÊME PAYS ? LES RWANDAIS SE SONT MANGES ENTRE EUX COMME DES ANIMAUX ET ON ACCUSE LA FRANCE DE NE PAS INTERVENIR POUR LES SEPARER. LA FAUTE C'EST AUX RWANDAIS QUI ONT COMMIS ENTRE EUX, LA PIRE DES BÊTISES HUMAINES AU MONDE. JE VOUS INVITE A REGARDER LES VIDEOS DES TEMOIGNAGES DU GENOCIDE (LES HUTUS QUI MASSACRAIENT LES TUTSIS: DES AFRICAINS QUI SE TUENT ENTRE EUX, ILS ETAIENT SANS PITIE NI POUR LES FEMMES, NI POUR LES ENFANTS; TOUTES LES ATTROCITES ETAIENT COMMISES) SUR YOUTUBE. çA FAIT FROID AU DOS: ÂMES SENSIBLES, ABSTENEZ VOUS ! PLUS CE GENRE DE CHOSES; CETTE ANIMOSITE ENTRE NOUS LES AFRICAINS. » lire la suite

Mon commentaire

Dans la même catégorie
Selon le représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en Centrafrique, Mankeur Ndiaye, ce qu’il faut aujourd’hui pour lutter » ...la suite
La connexion avec des groupes armés peuls du Sahel se rapproche dangereusement de Bangui. Il n’ y a guère que les protagonistes de l’Accord » ...la suite
Lu pour vous MANKEUR NDIAYE, un ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal qui dirige la mission de maintien de la paix de l'ONU en R » ...la suite
En cinq ans, d'exaction en exaction, la milice d'auto défense peule a étendu son emprise sur le nord-ouest du pays. Deux militaires de l'armée c » ...la suite
La France célèbre les 80 ans de l'appel du 18 juin 1940. Pour beaucoup de Français, les premiers mois de la France libre sont associés à l'exil » ...la suite
La République de Centrafrique a réalisé « des progrès importants pour faire avancer les réformes politiques», a assuré le secrétaire généra » ...la suite
Les garants et facilitateurs de l'accord de paix du 6 février 2019 entre l'Etat centrafricain et les rebelles ont fermement condamné mercredi les d » ...la suite
Ce mardi matin, en Centrafrique, c’est en toute discrétion qu’a été transféré depuis l’aéroport de Bangui une personnalité recherchée pa » ...la suite
Comment expliquer l’afflux soudain de nouveaux dossiers devant la Cour pénale spéciale (CPS) ? Le tribunal mixte – qui reste sans procès cinq a » ...la suite
La justice tchadienne a ouvert une information judiciaire contre le chef rebelle centrafricain d’origine tchadienne, Abdoulaye Miskine, ainsi que tr » ...la suite