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HOMMAGE À l’AMBASSADEUR ISMAÏLA NIMAGA par Félix Yepassis Zembrou

 

L’ambassadeur Ismaïla Nimaga est décédé le 20 juin 2020 à Bangui des suites d’une courte maladie, à l’âge de 75 ans.  En poste au Maroc, il était venu passer un bref séjour parmi les siens, sa famille et ses amis. 

Sa disparition laisse un grand vide non seulement dans le monde diplomatique mais aussi pour le pays tout entier d’autant plus qu’il a été l’artisan du renforcement des relations bilatérales entre la RCA et le Maroc lesquelles reposent sur le principe de partenariats gagnant-gagnant.

Né le 19 décembre 1944 à Bangassou dans le Mbomou, Ismaïla Nimaga est fils de Mamadou Nimaga, un Malien qui s’est installé en Centrafrique depuis l’époque coloniale, du temps où l’Oubangui-Chari était encore Territoire français d’Outre-Mer, et de sa mère Khadija Chérif, originaire du Tchad.

Après des études en Centrafrique, il a suivi une formation à l’académie de police aux États-Unis où il s’est révélé, l’un des meilleurs tireurs d’élite de sa promotion. On raconte que l’homme était capable de faire mouche d’une balle, une cible tenue au bout d’un doigt. 

Il a été un brillant commissaire de police sous le régime du président Jean-Bedel Bokassa. En 1973, ce dernier lui confia la mission de se rendre en France en compagnie du commandant Robert Gouengonda  en vue de kidnapper et de ramener à bord du Mystère-20 Marcel Dassault, l’écrivain Bambote Makombo, dont les pamphlets acerbes irritaient outre mesure le maître de Bangui. Mais l’avion fit le voyage retour sans l’écrivain. Car ayant eu vent du complot ourdi contre lui, celui-ci s’envola le lendemain pour le Canada où il demeura jusqu’à sa mort en juillet 2016. Certaines indiscrétions laissaient entendre que c’est le commissaire Ismaïla Nimaga qui lui aurait mis la puce à l’oreille. En réalité, il craignait de voir ce brave fils du pays, originaire de Bangassou comme lui, finir ses jours dans les geôles de Ngaragba. Ça c’était le côté humain de Ismaïla Nimaga

De 1980 à 1985 il troque sa tenue de commissaire contre le costume d’ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire en Irak avec juridiction sur le Koweït, le Qatar et les Émirats. 

De retour à Bangui, il est nommé directeur général du protocole d’Etat sous le régime du président André Kolingba. Un métier qu’il a exercé avec élégance et un sens élevé du devoir à l’instar de ce que fut Georges Ouegnin au protocole d’Etat en Côte d’Ivoire du temps de Félix Houphouet-Boigny.

Par la suite il eut la charge du ministère de l’intérieur et de l’Administration du Territoire. Un portefeuille qui lui allait comme un gant.

En 2000, il est nommé de nouveau ambassadeur, cette fois-ci au Maroc, par le président Ange-Felix Patassé au moment où le royaume chérifien venait de quitter l’union africaine en raison de son contentieux avec l’Algérie sur le Sahara occidental. 

En sa qualité de doyen du corps diplomatique et du groupe des ambassadeurs africains, Ismaïl Nimaga a inlassablement œuvré avec ses pairs pour le retour du Maroc au sein de la famille africaine. C’est cette diplomatie agissante et dynamique qui a permis l’ouverture d’un consulat général  à Laayoune (Sahara occidental) le 24 janvier dernier en présence du ministre centrafricain des Affaires étrangères, Sylvie Baipo Temon, et de son homologue du Maroc Nasser Bourita.

Signalons que dans le privé, Ismaïla Nimaga pilotait lui même son avion pour les déplacements à l’intérieur du pays. C’est d’ailleurs son appareil qui avait servi au transport de la dépouille mortelle du journaliste Jean-Pierre Massambat-Ngolio jusqu’à sa dernière demeure à Boda, dans la Lobaye.

C’était un homme convivial. Les étudiants et stagiaires centrafricains sont unanimes à le souligner de même que les compatriotes de passage à Rabat ainsi que les diplomates africains en poste au Maroc. 

L’ambassadeur Ismaïla Nimaga parlait couramment plusieurs langues : français, anglais, arabe littéraire et les différents dialectes des régions de l’Est du Centrafrique tels que le yakoma, zandé et nzakara.

Il laisse derrière lui, 15 enfants dont deux avec sa dernière épouse, Aïcha, nièce du président tchadien Idriss Deby Itno

La République Centrafricaine a perdu un de ses grands hommes d’Etat. Un diplomate chevronné qui plus est un baobab, témoin de l’histoire de la RCA des années de l’indépendance à nos jours. Toutes nos condoléances à la famille Nimaga.

Adieu, Excellence. FYZ

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