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HOMMAGE À UNE GRANDE DAME, CHRISTINE KALLOT NEE MASSOUA par Félix Yépassis Zembrou

 

 

En Centrafrique, c’est le choc. Le Covid-19 a encore frappé l’une des nôtres et non des moindres, madame Christine Kallot, une valeureuse fille du pays. 

Oui, notre sœur, mère, tante, grand-mère, arrière-grand-mère Christine  Kallot, s’est éteinte le 23 juin 2020 à Bangui, victime du coronavirus. Elle avait 76 ans.

Madame Kallot, de son nom de jeune fille Massoua  est née le 21 juin 1944 à Bangui. Elle était la veuve du commissaire de police Joseph Kallot (du commissariat central), arrêté en avril 1969 et mort dans le cadre de l’affaire Banza. Les deux hommes, le colonel Alexandre Banza et le commissaire Joseph Kallot étaient très proches car appartenant tous deux à la région Grand-Ouest (l’un, originaire de Carnot dans la Haute-Sangha, actuelle Mambere Kadei et l’autre natif de Nola, ancienne sous-préfecture de la Haute-Sangha, aujourd’hui chef lieu de la Sangha-Mbaere). On raconte qu’au moment de son arrestation malgré ses menottes  Kallot s’était jeté sur Bokassa et l’aurait étranglé de ses propres mains n’eut été l’intervention salutaire des militaires pour l’en empêcher.  Incarcéré dans l’isolement à la prison centrale de Ngaragba, il succombera de ses sévices probablement en juin 1969. Son corps n’a jamais été remis à sa famille.

Sa femme Christine Kallot fut également arrêtée et déportée à Berberati puis à Obo dans le Haut-Mbomou ainsi que les enfants Kallot dont le dernier, encore un bébé, Stéphane.

Le 6 juin 1971, madame Kallo est libérée à l’occasion de la fête des mères en même temps que Marine épouse Banza  qui, elle, avait été déportée à Birao dans l’extrême nord du pays avec ses enfants. Présentée au palais de la Renaissance, Bokassa a rappelé à madame Kallot que son « mari n’aurait pas dû taper sur son vieux père ». Signalons qu’au soir de l’exécution de Banza, le 12 avril 1969, sa deuxième femme Julienne Kombo originaire de Berberati, s’était présentée au palais de la Renaissance à moitié dénudée et dans un geste de désespoir, elle aurait craché au visage de Jean-Bedel Bokassa. Elle a connu aussi comme les autres les affres de l’incarcération. Elle sera libérée le 24 juin 1972. Au cours de la même année, soit un an après sa sortie de prison, madame Christine Kallot est nommée première directrice du Centre de la Mère et de l’Enfant Catherine Bokassa qui venait d’être construit et remis au gouvernement centrafricain par l’Union Soviétique, lequel était placé sous tutelle du ministère de la Santé publique et de la Population. Un établissement qu’elle a su diriger avec dévouement et efficacité ce qui lui a valu la médaille d’officier dans l’ordre du mérite centrafricain en 1975. 

Dans le sillage de madame Zanifei-Touambona, madame Kallot a su œuvrer pour la défense et la promotion de la femme centrafricaine au lendemain de l’indépendance. Elle incarnait la gent féminine digne qui faisait honneur à la république au point que certaines premières dames du continent n’hésitaient pas à effectuer des visites d’Etat en Centrafrique. 

 Nous saisissons l’occasion pour rendre ici hommage à toutes ces braves dames qui ont écrit leurs noms dans les annales de la République Centrafricaine. il s’agit entre autres de Mesdames Florence Dacko née Yagbao, Brigitte Dacko née Teya, Zanife-Touambona, ex-Franck née Valaga Ndede, Mireille Kolingba née Kotalimbora, Lucienne Patassé née Lemotomo, Pauline Mbamba, Marie Kenguele, Pauline Loubanda, Elisabeth Domitien, Marie Christiane Yombo, ex-Gbokou née Yombo, Irène Decugis, Augustine Psimhis née Yamboroko, Ruth Rolland, Rosalie Pouzere, Charlotte Fayanga ex-Aguide, Marie-Mathurine Silinghiat, Angélique Toleque née Songomali, Marie Kossi-Maytongol, Thérèse Dejean née Yekawe, Jacqueline Mayte, Catherine Samaba-Panza née Souga pour ne citer que celles la et dont la plupart ne sont plus parmi nous.

Cela dit, quittant l’enfer de Bangui, madame Kallot s’est installée en France où elle a travaillé dur comme aide-soignante pour élever seule ses enfants Edmond, Gislaine, Josiane, Francine et Stephanie ce, jusqu’à sa retraite.

Après quoi, elle est rentrée à Bangui où elle tenait un kiosque de prêt-à-porter et de produits de beauté au marché central. Sa clientèle ne tarissait pas d’éloge sur sa simplicité, sa gentillesse quand bien même elle avait un caractère bien trempé. En somme elle était une femme qui n’allait pas avec le dos de la cuillère pour dire ses quatre vérités. C’est d’ailleurs ce tempérament qui l’avait animé au cours d’une émission sur une chaîne de télévision française lorsqu’elle est revenue avec beaucoup d’émotion sur cette page sombre de son histoire en relatant les conditions inhumaines dans lesquelles elle avait été enfermée pendant deux ans avec ses cinq enfants.

Au demeurant, madame Kallot était pour son entourage en particulier ses enfants, ses nièces et ses amies plus qu’une mère, une tantine, une marraine, une sœur. En clair, elle était tout simplement une copine, une confidente qui savait être à l’écoute des uns et des autres.

Va, brave dame de Centrafrique. Tu demeureras à jamais gravée dans nos cœurs. Toutes nos condoléances à la famille Kallot.

FYZ 

 

(Crédit photos, la famille Kallot)

 

Prosper N'DOUBA, sa famille ainsi que toute la rédaction de Centrafrique-Presse s'associe à cet hommage et adresse toutes ses condoléances les plus attristées à sa famille, ses enfants et tous ses proches 

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