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Centrafrique : Faustin-Archange Touadera, Anicet-Georges Dologuélé et le spectre des anciens

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(Agence Ecofin) 23 octobre 2020 16:52 - En Centrafrique, on se prépare pour les élections de décembre prochain. Le scrutin, crucial pour le futur du pays, verra s’affronter deux générations. Faustin- Archange Touadera, devenu président un peu à la surprise générale, et l’ancien Premier ministre Anicet-Georges Dologuélé représentent une sorte de nouvelle garde. Déjà opposés en 2016, les deux hommes se feront à nouveau face, à partir du 27 décembre prochain. Seulement, cette fois, les choses ne sont pas aussi simples. L’ancien président François Bozizé et celui qui l’avait chassé du pouvoir, Michel Djotodia, devraient également rejoindre la compétition pour prendre la tête d’un pays où leurs affrontements ont jeté le pays dans un chaos qui dure maintenant depuis 7 ans.

En Centrafrique, la population ne sait plus à quel saint se vouer. La violence ambiante a installé un climat de peur, tant les Nations unies (Minusca) et l’armée ont du mal à contrôler un territoire troublé par des milices. Finalement, après une proposition de loi qui a tenté de prolonger le mandat de l’actuel président Faustin-Archange Touadera, tout le pays semble désormais tourné vers les élections. Retrouvailles entre les deux candidats du second tour de 2016, le président Faustin-Archange Touadera et Anicet-Georges Dologuélé, les élections seront également le théâtre d’un affrontement entre François Bozizé et celui qui l’a chassé du pouvoir, Michel Djotodia. La deuxième manche de l’affrontement de la nouvelle garde politique de Bangui est désormais hantée par les deux protagonistes de la crise de 2013.

Les 7 sanglantes

2013, année zéro.  Lorsque François Bozizé est chassé du pouvoir, le pays se retrouve dans l’incertitude la plus totale. Qui aurait pu prévoir que la Séléka, le groupe rebelle formé en 2012 dans le nord-est du pays aurait pu faire chuter celui qui tenait le pouvoir d’une main de fer depuis 2003 ?

Les Anti-balaka étaient soutenus par le président déchu, François Bozizé.

Tout commence par des réclamations. Les Séléka, essentiellement composés de musulmans, reprochent au pouvoir le non-respect de divers accords de paix signés entre le gouvernement et les groupes d’opposition. Les rebelles demandent également la restitution des richesses, notamment des matières premières, accaparées par l’Etat et le partage des revenus de leur exploitation.

Malgré l’accord du 11 janvier 2013, instaurant un gouvernement d’union nationale incluant la Séléka, les rebelles prennent les armes, renversent François Bozizé le 24 mars 2013 et leur chef Michel Djotodia prend le pouvoir. 

Dans les semaines qui suivent, les Séléka multiplient les exactions contre une population qui n’en peut plus. En réaction, une faction armée voit alors le jour, formée en majorité de chrétiens et d'animistes, les Anti-balaka, soutenue par le président déchu, François Bozizé. La contre-attaque menée par les anti-balaka entraine des massacres de populations musulmanes, incluant des personnes n’adhérant pas à l’idéologie Séléka. On est proche du déclenchement d’un génocide lorsque la France intervient aux côtés de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), dans le cadre de l’opération Sangaris.

La contre-attaque menée par les anti-balaka entraine des massacres de populations musulmanes, incluant des personnes n’adhérant pas à l’idéologie Séléka. On est proche du déclenchement d’un génocide.

Alors qu’on pense que la situation va se calmer, des dissensions au sein des Séléka donnent naissance à plusieurs milices dont les attaques déclenchent des réactions sanglantes des Anti-balaka. En janvier 2014, la communauté internationale pousse Michel Djotodia à la démission. Catherine Samba-Panza est nommée présidente par intérim et doit préparer l'élection présidentielle de février 2016. Faustin-Archange Touadéra, ancien Premier ministre de François Bozizé, remporte le scrutin.

Malgré tout, la paix ne reviendra jamais vraiment. Les assises pour les accords de réconciliation nationale et les programmes de Démobilisation, Désarmement et Réinsertion (DDR) échouent. Les accords de paix ne sont pas respectés et les mouvements opposés donnent naissance à plusieurs milices incontrôlables. Elles prennent le contrôle de la grande majorité du pays et ne laissent qu’une petite partie du territoire sous le contrôle du président Faustin-Archange Touadéra. La Centrafrique est déchirée entre les milices qui ne cessent de s’affronter. Et même si la Minusca laisse entendre que le pays a progressé vers la stabilité, presque tous les jours de ces 7 dernières années, les armes ont fait couler le sang sur la terre centrafricaine.

Faustin-Archange Touadera, la surprise de 2016

A Bangui, on soupçonne Faustin-Archange Touadéra de vouloir prolonger son mandat et de repousser les élections. Pourtant, factuellement, le président centrafricain n’a rien fait qui incite à lui attribuer de telles envies. Le parlement, par contre, a proposé de réviser la constitution pour permettre au gouvernement et aux députés de rester en place si les élections étaient repoussées, ce qui était fort probable avec la pandémie de Covid-19.

Un homme d’origine modeste qui s’est élevé dans la société centrafricaine.

Finalement, le scrutin aura lieu et contrairement à 2016, l’actuel président n’est plus un candidat-surprise. Son histoire, celle d’un homme d’origine modeste s’étant élevé dans la société centrafricaine, lui a valu la sympathie de nombreux Centrafricains. En effet, né le 21 avril 1957, Faustin-Archange Touadéra est le fils d'un père chauffeur et d'une mère cultivatrice. Il grandit dans une fratrie de 10 enfants dans le quartier populaire de Boy-Rabe à Bangui.

En effet, né le 21 avril 1957, Faustin-Archange Touadéra est le fils d'un père chauffeur et d'une mère cultivatrice. Il grandit dans une fratrie de 10 enfants dans le quartier populaire de Boy-Rabe à Bangui.

Elève assidu, il décide d’étudier les mathématiques à l’université. Il obtient, en 1986, un doctorat à l'université de Lille. En 1987, il devient professeur assistant de mathématiques à l'université de Bangui, puis vice-doyen de la faculté des sciences de 1989 à 1992. De 2005 à 2008, il est recteur de l'université de Bangui. Il quitte ce poste pour la vie politique lorsqu’il est nommé Premier ministre par le président François Bozizé, à la suite de la démission d'Élie Doté. A la tête du gouvernement, son principal fait d’armes est d’avoir lancé la bancarisation des fonctionnaires et la lutte contre la corruption. Finalement, il démissionne en 2013. Lors de la crise, en 2014, il se réfugie sur la base de l'ONU de Bangui pendant six mois puis à Villeneuve-d'Ascq.

Lorsqu’il se présente aux élections en candidat indépendant, personne ne s’attend à ce que l’ancien universitaire soit élu. Pourtant, Faustin-Archange Touadera crée la surprise en arrivant deuxième au premier tour du scrutin. Au second tour, il arrive à obtenir le soutien de nombreux candidats, dont l’ancien Premier ministre Martin Ziguélé. 4 ans plus tard, à quelques semaines de la fin de son mandat, il assure que son bilan est positif et jalonné « d’efforts enregistrés en faveur de la paix, de la sécurité et de la réconciliation nationale après cette période longue et douloureuse ». La réalité est que les trois quarts du territoire national sont encore contrôlés par des milices. Dans le même temps, l’opposition lui reproche « le détournement de deniers publics, la corruption, le favoritisme, le tribalisme, l'impunité et le copinage, érigés en mode de gestion ». Pour Anicet-Georges Dologuélé, la figure de proue de l’opposition, favori, mais battu en 2016, tous les voyants semblent au vert pour la revanche.

Anicet-Georges Dologuélé, le favori déçu de 2016

En décembre prochain, Anicet-Georges Dologuélé a annoncé vouloir « empêcher Faustin-Archange Touadera de tricher ». Le candidat déçu du 2e tour de 2016 ne s’est jamais remis de sa défaite alors qu’il était ultra favori, après avoir dominé le premier tour. Convaincu de la fraude de son adversaire, il a néanmoins accepté de ronger son frein durant les 4 dernières années. De toutes les manières, il semble se préparer au fauteuil présidentiel centrafricain depuis de nombreuses années.

Le candidat déçu du 2e tour de 2016 ne s’est jamais remis de sa défaite.

Ancien élève du petit séminaire de Berberati et du lycée Jean Bédel Bokassa de Bangui, né le 17 avril 1957 à Bozoum, il étudie successivement à l'Université de Bangui, puis à celle de Bordeaux où il obtient un diplôme d’études approfondies en économie, en 1982. Il passe ensuite le concours de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) et intègre son centre de formation au Cameroun. Il finit par rejoindre les effectifs de la BEAC en septembre 1983. Il enchaîne les fonctions d'Inspecteur et de chef de mission. En 1991 il est nommé délégué du gouverneur et représentant de la BEAC auprès de la France et de l’Union européenne.  Il sera ensuite nommé, en 1994, directeur des relations financières extérieures, puis l’année suivante directeur de l'organisation et de l'informatique. En 1997, il est nommé ministre des Finances par Michel Gbézéra-Bria. Il lui succède au poste de Premier ministre en janvier 1999 sous la présidence d'Ange-Félix Patassé, qui le reconduit à son poste après les élections d’octobre. Mais l’intéressé finit par quitter le gouvernement en avril 2001. Il retourne à la BEAC et se voit confier le poste de directeur national pour la République centrafricaine. En septembre, les chefs d'Etat de la CEMAC le nomment président de la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale (BDEAC). Il y reste jusqu’en 2010.

En septembre, les chefs d'Etat de la CEMAC le nomment président de la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale (BDEAC). Il y reste jusqu’en 2010.

En mai 2012, il crée le cabinet AfriPartners International Consulting basé à Paris. Deux ans plus tard, il fonde l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), dont il prend la tête. Sa défaite en 2016 alors que le palais présidentiel lui semblait promis le marque énormément. Pugnace, il devient la principale figure de l’opposition et met toutes les armes de son côté pour la présidentielle de 2020.

Catherine Samba-Panza, présidente de la transition de 2014 à 2016, jouera aussi sa carte.

Seulement, le spectre des anciens ne tarde pas à planer sur la querelle des nouveaux hommes forts de la politique centrafricaine. Respectivement en 2019 et en 2020, François Bozizé et Michel Djotodia reviennent en Centrafrique. Finalement, le scrutin de décembre pourrait être, avant un affrontement de personnes, un affrontement d’époques où la querelle des anciens François Bozizé et Michel Djotodia pourrait éclipser celle des nouveaux.

Martin Ziguélé, le challenger qui aimerait créer la surprise.

Mais à Bangui, sait-on jamais… les électeurs pourraient être les premiers à décider de définitivement tourner la page de ces 7 dernières années. Sans oublier que Catherine Samba-Panza, présidente de la transition de 2014 à 2016, et Martin Ziguélé, Premier ministre de 2001 à 2003, ont également décidé de se présenter.

Servan Ahougnon

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