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INVITÉ AFRIQUE SUR RFI : Candidat Martin ZIGUELE - RCA

INVITÉ AFRIQUE

 

https://www.rfi.fr/ 05/11/2020 - 10:18 avec Bineta Diagne

 

Martin Ziguélé (RCA): «Je peux accélérer le retour à la paix et à la sécurité dans notre pays»

 

Candidat à la présidentielle du 27 décembre, Martin Ziguélé compte bien peser sur le scrutin en République centrafricaine. Ancien Premier ministre, longtemps affilié à la majorité présidentielle, Martin Ziguélé est pourtant critique envers les accords de paix de Khartoum, ainsi que sur le processus électoral en cours. Malgré ces contraintes, le leader du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) entend aller jusqu’au bout de sa candidature.

RFI : Vous venez de faire acte de candidature à la présidentielle de décembre, que proposez-vous de mieux, ou en tout cas de différent, par rapport au bilan présenté par le président sortant, Faustin-Archange Touadéra ?

Martin Ziguélé : Je pense que ce que je peux apporter de différent, c’est l’expérience que j’ai accumulée à différentes positions, et puis surtout en tant que député, j’étais constamment sur le terrain. J’ai vu du terrain l’évolution notamment de la question de la gestion de la sécurité dans notre pays avec les groupes armés. Je peux avec l’appui de nos compatriotes accélérer le retour à la paix et à la sécurité dans notre pays.

Vous avez toujours été très critique par rapport à l’Accord de paix de Khartoum, si vous êtes élu, que ferez-vous, vous, de cet accord ?

Si je suis élu, je procéderai immédiatement à la relecture de l’accord de paix. La première chose à faire, c’est me pencher sur la relecture, la renégociation de l’accord de paix, puis l’option de financer les cantonnements des troupes, parce que sans cantonnements, on ne pourra jamais avancer. Or il se trouve qu’aucun projet de développement, aucune relance économique ne peut être sérieusement menée à terme, avec des bénéfices certains pour la population si la question de l’insécurité demeure totale comme aujourd’hui.

Il y a quand même une grande part d’incertitude sur la tenue du scrutin à la date du 27 décembre. Est-ce pertinent de tenir de telles échéances électorales alors que la majorité du territoire est encore contrôlée par des groupes armés?

Vous savez, que les élections, ce n’est pas seulement les candidats, c’est aussi les électeurs. La bonne question est de savoir si les électeurs peuvent se déplacer, et surtout s’exprimer librement dans les zones occupées par des groupes armés.

Que craignez-vous : qu’il y ait par exemple des populations qui ne puissent pas voter ? qu’il y ait des soupçons de fraude qui émergent à l’issue de ce scrutin, sachant que l’enrôlement n’a pas été fait sur l’intégralité du territoire ?

Dans les centres urbains, à mon avis, les choses se passeront à peu près normalement. Mais en pleine zone rurale, où il n’y a ni gendarme ni police ni forces armées, comment quelqu’un peut s’afficher comme étant de tel ou tel parti, comme soutenant tel ou tel candidat, dès le moment où ce serait contre le candidat de ces groupes armés ? Donc la question est réelle. C’est pour cela que lorsque j’ai été reçu par la délégation des Nations unies, j’ai dit qu’une compétition électorale, c’est comme un match de football : il faut qu’il y ait un arbitrage, il faut que chacun puisse jouer librement, et il faut que le poids soit mis sur le travail fait auprès des groupes armés pour qu’ils laissent les citoyens s’exprimer sans être menacés et exprimer leur choix. Mais si, comme je le vois aujourd’hui, des groupes armés circulent librement, font ce qu’ils veulent, font des oukases, prononcent des fatwas contre certains candidats, etc., il est à craindre que les lendemains électoraux ne soient pas sereins.

Hormis la question de l’enrôlement, est-ce que vous estimez aujourd’hui que les conditions sont réunies pour un scrutin libre, inclusif et transparent ?

Je suis le premier à ne pas être satisfait du processus électoral. Nous savons que le processus n’est pas du tout parfait, le processus n’est pas du tout inclusif. Il y a beaucoup de poches de non-inscrits pour diverses raisons. Les réfugiés ne sont pas inscrits. Il y a beaucoup de choses à revoir dans le processus électoral. Et si la date du 27 décembre est maintenue, nous irons aux élections. Ma candidature a été déposée et le MLPC s’est déjà mis en ordre de bataille. Nous avons mis en place notre équipe de campagne et nous irons vers nos compatriotes. Si la date du 27 est maintenue, nous irons aux élections. Et s’il y a un changement, nous aviserons. Nous sommes prêts.

Si vous émettez des doutes, pourquoi participez-vous au processus électoral ?

Les conditions ne sont pas réunies, mais quelle que soit la situation, le MLPC ira aux élections. Nous sommes un parti de militants. En 1993, le MLPC a réalisé l’alternance au pouvoir contre toute attente. Quelles que soient les conditions, nous n’avons pas le droit de reculer, parce que si nous reculons, cela veut dire que nous fermons la porte à toute possibilité d’alternance, et donc de sortie de crise pour beaucoup de nos compatriotes.

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