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Elections en Centrafrique: la Cour constitutionnelle rejette le report du scrutin

 

https://www.rfi.fr/ 26/12/2020 - 12:22 Avec notre envoyée spéciale à Bangui, Florence Morice

 

À la veille des élections présidentielles et législatives en Centrafrique, des combats opposent toujours la coalition de groupes rebelles et les forces du gouvernement. Ce vendredi, après la rupture d'un cessez-le-feu décrété unilatéralement par les rebelles, trois casques bleus du Burundi ont été tués à Doka, à 250 kilomètres au nord de Bangui par des combattants armés non identifiés. Des voix se sont élevées pour demander le report du scrutin mais ce samedi matin, la Cour constitutionnelle a rejeté les ultimes recours de l'opposition pour reporter ces élections.

La décision, très attendue, est tombée un peu avant 11h30. Huit recours avaient été déposés au total… Tous ont été rejetés.

La cour fait valoir qu’un report du scrutin ne permettrait pas de respecter les délais constitutionnels qui prévoient qu’un nouveau président doit être installé, au plus tard, le 30 mars prochain.

Elle assure que le calendrier actuel qui prévoit deux tours avant la présidentielle, a été établi en fonction de cette contrainte, et que la Constitution doit primer sur tout autre considération.

Danièle Darlan, la présidente de la cour, estime que les questions soulevées par ces recours pourront être examinées, après le vote, pendant la période du contentieux prévue dans le calendrier électoral du 5 au 19 janvier.

Le débat juridique est clos mais pas le débat politique. À la sortie de l’audience, les avis étaient partagés sur cette décision.

Réactions à la sortie de la Cour constitutionnelle

Rigobert Vondo, avocat du MCU, parti du président Touadéra, se réjouit de cette décision.

J’ai dit à l’opposition que le droit n’était pas de la philosophie, comme mon ami d’à côté est en train de le faire, et que le droit c’est le droit.

Rigobert Vondo, avocat du MCU.

Charlotte Cosset

« L’ami d’à côté », c’est Joseph Bendounga, président du parti d’opposition MDREC. Ce dernier continue à se questionner sur la faisabilité du scrutin, compte tenu du contexte sécuritaire.

Comment les électeurs peuvent-ils aller voter en toute âme et conscience, en toute tranquillité, surtout que certaines provinces sont occupées…

Joseph Bendounga, président du MDREC, parti d’opposition.

Charlotte Cosset

Contexte sécuritaire inquiétant

À en croire l’ANE, l’autorité nationale des élections, « tout est prêt pour aller au vote » mais les retours qui nous parviennent de certaines localités soulèvent des questions. Hier encore, vendredi, des combats ont eu lieu à Dekoua et Bakouma. Trois casques bleus ont été tués.

A Bossangoa, le fief de François Bozizé, plusieurs sources attestent que des agents de l’autorité nationale des élections ont été menacés de représailles s’ils se rendent dans les centres de vote.

Ailleurs, du matériel a été confisqué ou détruit, cette semaine. C’est le cas à Bambari, par exemple. Et il reste encore ce samedi matin, selon nos informations, beaucoup de matériel à acheminer, depuis les centres de stockage régionaux, jusqu’aux bureaux de vote.

La décision de la Cour constitutionnelle est en tout cas dans la droite ligne de celle de la communauté internationale. Vendredi encore, avant cette décision, la Minusca a pris une position très ferme en faveur du maintien du scrutin.

 

 

Élections en Centrafrique : fin de campagne émaillée de tensions et de violences

 

sam. 26 décembre 2020 à 3:00 AM UTC+1

 

Le scrutin couplé législatives-présidentielle est pour ce dimanche 27 décembre en Centrafrique, où la situation est toujours volatile. Des combats ont été signalés hier, vendredi, dans plusieurs localités, notamment à Dékoa. L'ONU y déplore la mort de trois casques bleus du Burundi, tués par des « combattants armés non identifiés ». La coalition des groupes armés CPC semble déterminée à perturber les élections. Malgré cela, les autorités et institutions internationales restent fermes : les Centrafricains iront voter dimanche.

Avec notre correspondante à Bangui, Charlotte Cosset

C'est une fin de campagne un peu particulière en Centrafrique. Si le président sortant, Faustin-Archange Touadéra, a mis à profit le temps qui lui était imparti jusqu’au bout, en menant plusieurs meeting dans la journée de vendredi, de nombreux candidats de l’opposition ont eux stoppé leur campagne, estimant que la situation sécuritaire n’était pas favorable.

C’est que cette campagne électorale a été émaillée d’incidents, notamment à l’encontre des candidats à la députation dans les circonscriptions touchées par les combats ou par l’insécurité. La députée Béatrice Epaye, par exemple, a été empêchée à Markunda. Les députés de Mbaïki sont coincés par les combats depuis plusieurs jours. À Bambari, même l’UPC a empêché les candidats de battre campagne.

► À lire aussi : Centrafrique: la coalition de groupes armés annonce rompre la trêve

Une fin de campagne particulière aussi car la Cour constitutionnelle doit statuer ce samedi 26 décembre sur le report ou non du scrutin. Plusieurs recours ont été déposés suite au retrait de la candidature de Jean-Serge Bokassa. Ils appellent à l’application de l’article 115 du code électoral qui stipule, dans ce cas, que « l’organisation de l’élection est entièrement reprise ».

Assaut des rebelles sur Dékoa, trois casques bleus tués

Vendredi, des combats ont éclaté à Dékoa, une ville du centre du pays. Les rebelles tentent de descendre par là pour rejoindre la ville de Sibut, puis Bangui. La mission onusienne assure avoir repoussé les éléments armés, mais les combats ont poussé les habitants à fuir leurs habitations.

 

Dès dimanche dernier, les rumeurs d'une attaque des groupes armés agitaient la population de Dékoa, au nord de Sibut. Mais depuis deux jours, les combats font rage entre groupes armées et Forces de défenses centrafricaines, appuyées par la Minusca. La mission onusienne a déploré, dans la nuit du 25 au 26 décembre, la mort de trois casques bleus du Burundi dans des affrontemments avec des « combattants armés non identifiés ».

Après plusieurs tentatives en début de semaine, les rebelles ont pris d'assaut la ville de Dékoa dans la matinée de vendredi. Stanislas Zoumbeti, un candidat aux législatives locales, explique que les habitants ont compris que Dékoa allait être attaquée, dès jeudi soir : « À 21 heures, nous avons été informés qu'on avait signalé leur présence autour de sept kilomètres de l'entrée de Dékoa, sur la route de Kasa Bandoro. Vers 9h30, on a commencé à subir des crépitements d'armes de tous calibres. C'est par la suite que nous avons compris qu'ils attaquaient effectivement la ville. »

« Nous ne voulons plus de la culture de la violence et de l'impunité dans ce pays »

Les différentes alertes de la semaine avaient déjà poussé les populations à se réfugier dans la mission catholique de Dékoa. Mais les événements de vendredi ont accéléré les choses. Ce sont actuellement entre 3 000 et 4 000 personnes qui s'abritent dans la paroisse Sainte-Anne, dirigée par le père Claude, qui s'exprime : « On n'attendait pas une situation pareille. Nous n'avions rien prévu. Certains ont fait un peu de provisions, ils ont amené leur manioc. Pour le moment, c'est ce qu'ils sont en train d'utiliser. On est en train de chercher quoi faire, mais on ne trouve pas de solution. »

Les conditions sanitaires, en ces temps de Covid-19, inquiètent les membres de la mission catholique. Ils espérent et demandent de l'aide, mais en attendant, les habitants de Dékoa restent sous la protection de la Minusca et des forces armées centrafricaines. Le Réseau des ONG de promotion et de défense des droits de l'Homme (RONGDH) a, de son côté, exprimé son « indignation » vendredi. Pour la coordinatrice du Réseau, Me Marie-Edith Douzima, la population centrafricaine est « prise en otage » par la reprise de la violence politique. Pour elle et pour son organisation, « trop c'est trop » et « la violence ne résout rien ».

 

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