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En Centrafrique, la rébellion se replie mais ne cède pas

Lu pour vous 

 

https://www.la-croix.com/ Anne-Bénédicte Hoffner, le 17/01/2021 à 18:32 

 

Explication 

Deux semaines après en avoir pris le contrôle, les rebelles centrafricains ont quitté la ville de Bangassou samedi 16 janvier. Mais ils continuent à contester la légitimité de la réélection du président Touadéra.

 

Quelle est la situation militaire en Centrafrique ?

Les rebelles centrafricains ont finalement quitté Bangassou, une dizaine de jours après l’avoir conquise. La ville est « sous le contrôle total de la Minusca », a déclaré samedi 16 janvier dans la soirée son porte-parole. Les rebelles « ont abandonné les positions qu’ils occupaient (depuis le 3 janvier) et fui la ville dans la nuit ».

De nombreux habitants de cette ville, située à 750 km à l’est de la capitale Bangui, s’étaient réfugiés en République démocratique du Congo. « C’est une grande joie », a déclaré à l’AFP Mgr Juan Jose Aguirre, évêque de Bangassou. « Après treize jours à dormir à la belle étoile, les gens vont pouvoir rentrer chez eux ».

L’ultimatum de l’ONU et l’arrivée de renforts - composés de contingents de la mission des Nations unies en Centrafrique et de centaines de militaires rwandais et de paramilitaires russes dépêchés par leurs pays au début de l’offensive rebelle ont fait leur effet. Mais les forces présentes sur place restent « en alerte pour prévenir toute action des groupes armés visant la population civile, l’autorité de l’État et les Casques bleus ou le retour des rebelles dans la ville ».

Juste avant leur départ, les rebelles ont lancé quelques opérations de « pillages » à Bangassou. Une pratique qui, pour le premier ministre centrafricain, Firmin Ngrebada, révèle « l’un des objectifs de ces mercenaires étrangers : piller nos richesses et les biens de notre peuple ».

Quel lien avec les élections de décembre ?

La situation en Centrafrique ne cesse de se dégrader depuis décembre. Plutôt que de calmer la contestation, les élections, organisées le 27 décembre, ont précipité la reprise des hostilités.

L’accord de Khartoum, qui avait été signé en février 2019 entre quatorze groupes armés et le gouvernement du président en place, Faustin Archange Touadéra, a permis l’intégration d’une partie d’entre eux au gouvernement : des postes souvent honorifiques ont été confiés à certains de leurs membres. Mais il n’a pas suffi à calmer leurs ambitions en termes de répartition des richesses : minerais, or ou bétail.

Le 17 décembre 2020, les six plus puissants des groupes armés - occupant les deux tiers de la Centrafrique en guerre civile depuis huit ans - se sont alliés au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), avant d’annoncer deux jours plus tard une offensive pour empêcher la réélection du président Touadéra.

 

L’élection s’est tenue le 27 décembre 2020 mais moins d’un électeur inscrit sur deux a pu se rendre dans les bureaux de vote en raison de l’insécurité dans tout le pays en dehors de Bangui. Faustin Archange Touadéra a été déclaré vainqueur mais l’opposition réclame l’annulation de la présidentielle.

Quelles suites possibles ?

Les violences risquent de se poursuivre au moins jusqu’au 19 janvier, date à laquelle la Cour constitutionnelle doit valider ou rejeter le résultat de l’élection.

Les experts se montrent très sévères avec le président Faustin Archange Touadera, qui a tenu coûte que coûte à ce que les élections présidentielles et législatives se tiennent le 27 décembre, soutenu dans son entêtement par le « groupe des cinq » (l’ONU, l’Union Européenne, la France, les États-Unis et la Russie). « Quand une élection se déroule dans ces conditions, cela pose forcément un problème de légitimité pour celui qui se déclarera vainqueur », souligne Thierry Vircoulon, coordinateur de l’observatoire Afrique centrale et australe à l’Institut français de relations internationales (IFRI).

« Une démocratie ce n’est pas juste un protocole électoral, c’est tout un système d’État de droit », appuie Nicolas Normand, ancien diplomate et spécialiste de l’Afrique. « Il faut être en capacité de préparer le vote dans de bonnes conditions. Qu’il soit inclusif, fiable, transparent, et qu’il ait du sens, quitte à ne pas respecter les délais ».

Depuis décembre, 60 000 Centrafricains ont fui les violences, a indiqué vendredi le Haut-Commissariat aux réfugiés à Genève qui « appelle à une cessation immédiate de toutes les violences » et « au retour immédiat de toutes les parties à un dialogue significatif et à des progrès vers la paix ».

 

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