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Nouvelles nationales sur RFI

Centrafrique: les difficultés des motos-taxis interdits de circuler

 

https://www.rfi.fr/ 08/02/2021 - 11:12 Avec notre envoyée spéciale à BanguiFlorence Morice

 

En Centrafrique, cela fait plus d’un mois que les motos-taxis sont interdits de circuler pour raisons de sécurité, selon les autorités. Elles soupçonnaient certains chauffeurs de transporter les rebelles qui ont tenté mi-janvier d'attaquer Bangui. Résultats pour les 38 000 motos-taxis de Bangui, le quotidien rime avec galère et débrouillardise.

Une boîte de conserve à la main en guise de cagnotte, Abu Hassan, 20 ans, interpelle les chauffeurs aux abords d’un carrefour agité de Bangui pour récolter un peu d’argent : « Depuis qu’on m’a interdit de travailler comme moto-taxi, c’est vraiment devenu difficile. »

Boucher les trous dans le goudron

Pour faire vivre sa famille, Abu Hassan a dû s’inventer une activité : « J'ai décidé de boucher les trous sur le goudron. J’ai trouvé un seau, du sable et j’ai loué une pelle dans mon quartier. Et en échange, je demande un petit quelque chose aux passants. Ils me donnent un peu petit peu d’argent. Certains donnent 100 francs, 200 francs ou mieux 500 francs. »

Pas assez pour vivre dignement, raconte son ami Otniel, moto-taxi lui aussi : « Pour s’en sortir, on fait le sale boulot. On débroussaille chez les gens, on ramasse les ordures parfois. Tout ça, c’est une conséquence de la guerre. »

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« Ma moto a été confisquée »

Poussés par la nécessité, certains motos-taxis comme Jacques ont tenté de braver l’interdiction de travailler à leurs risques et périls : « Ma moto a été confisquée. J’ai dû négocier et donner un peu d’agent pour qu’on me la rende. »

Au siège de l’Association des motos-taxis du IIe arrondissement de Bangui, les plaintes sont quotidiennes témoigne Jean Kossamake, son président : « Tous les jours, on voit les appels de ces conducteurs qui se plaignent. Vraiment, ça ne va pas. En plus dans le pays, tout est cher maintenant. Si tu ne travailles pas, c’est difficile. »

L’impatience grandit au sein de la profession, d’autant que chacun ignore ici combien de temps durera cette interdiction.

 

 

État d’urgence en Centrafrique: le ministre de la Justice réagit aux critiques

https://www.rfi.fr/ 08/02/2021 - 20:19

En Centrafrique, le pays vit sous état d’urgence, depuis le 21 janvier, et sous couvre-feu, depuis le 7 janvier. L’état d’urgence a été reconduit à l’Assemblée nationale, en fin de semaine dernière, pour 6 mois. Une situation d’état d’exception qui questionne la société civile. Le Groupe de travail de la société civile GTSC dénonçait sur nos antennes des « dérives ». Les autorités centrafricaines répondent.

Le Groupe de travail de la société civile dénonce des « abus » et « excès de zèle » commis dans le cadre de l’état d’urgence, ce que dément le ministre de la Justice par intérim, Jean-Christophe Guinza.

« Le gouvernement, la justice centrafricaine travaillent au regard de la loi nationale. C’est aujourd’hui invraisemblable qu’il puisse justement lâcher, comme ça honteusement, ces accusations qui sont, je le répète, des accusations un peu graves », a-t-il souligné.

RFI: Pour vous, il n’y a pas eu d’abus durant toute cette période ?

« Mais nous ne pouvons pas aujourd’hui… A partir du moment où la justice est en train de mener des investigations, seules les investigations nous diront qu’il y a eu abus, dérapages par rapport à cela. Mais au stade actuel nous ne pouvons pas affirmer ni infirmer ».

Des inquiétudes ont été formulées, ces dernières semaines, concernant la communauté Gbaya qui serait particulièrement visée car considérée comme proche de l’ancien président François Bozize. Le ministre Guinza réfute toute action en ce sens.

« La justice n’agit pas par rapport à une catégorie ethnique soi disant. Nous travaillons en respectant le droit international humanitaire ».

RFI: Donc s’il y a des dérapages, vous enquêterez ?

« Evidemment nous enquêterons. La République centrafricaine est respectueuse de ses engagements internationaux et de la dignité humaine ».

Le ministre appelle les individus qui se sentent victimes à saisir la justice.

 

En Centrafrique, célébration de l'accord de paix dans un pays «en guerre»

 

https://www.rfi.fr/ 07/02/2021 - 11:12 Gaël Grilhot

Ce samedi 6 février était célébré, au palais présidentiel, le deuxième anniversaire de l'Accord pour la paix et la réconciliation (APPR), du 6 février 2019, alors que le pays est plongé depuis la mi-décembre dans un nouveau cycle de violences.

Le contraste est saisissant. Il y a un an, était célébré en grande pompe, au Palais de la Renaissance, le premier anniversaire de l'Accord de paix du 6 février 2019. Dans la salle e projection se retrouvaient autorités et diplomates, organisations de la société civile et, bien sûr, les représentants et leaders des quatorze groupes armés signataires. La presse nationale et internationale photographiait, parfois médusée, les visages de ces chefs de guerre qui se congratulaient. Ali Darass, Sidiki Abass, Al Kathim, Maxime Mokom… tous ou presque étaient présents, écoutant les discours pourtant sévères des associations de victimes et des religieux.

Un an plus tard

Douze mois plus tard, la salle est beaucoup plus clairsemée. Relégués dans les derniers rangs de la salle, les représentants des quelques groupes armés, toujours parties prenantes de l'accord, n'ont pas pris la parole. Seul le président Touadéra s'est d'ailleurs prêté à l'exercice justifiant, dans un discours d'une vingtaine de minutes, la mise en place de cet APPR et la nécessité de le poursuivre, malgré la nouvelle crise.

« Cet Accord avait pour objectif de créer les conditions d’un dialogue franc, sincère et pacifique pour un retour définitif de la sécurité, de la paix et la réconciliation dans notre pays », a-t-il rappelé « mais », regrette-t-il « au lieu de célébrer le dividende de la paix, nous célébrons son deuxième anniversaire dans un contexte de guerre déclarée au peuple centrafricain ».

De fait, depuis la mi-décembre 2020, une nouvelle alliance de six groupes armés - tous signataires de l'APP  - s'est formée, menaçant de descendre sur Bangui et s'attaquant frontalement aux forces centrafricaines et à leurs alliés. La Coalition des patriotes pour le changement (CPC) a fortement perturbé le processus électoral de la fin de l'année 2020 et même mené une attaque directe sur Bangui, le 13 janvier dernier.

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« L’Accord de paix ne peut pas être déclaré caduc »

De nouveau « en guerre » contre « les forces du mal », selon les propres mots du président Touadéra, le pays doit pourtant, selon lui, continuer à mettre en œuvre l'accord de paix.

« Déclarer l’Accord de paix caduc reviendrait à donner raison à ceux qui ont pris des armes pour (...) instaurer un régime de terreur au cœur de l’Afrique », justifie le président qui prend à témoin « les progrès significatifs observés » enregistrés depuis la signature de l'Accord. Il demande au Premier ministre de reprendre les réunions de suivi de ce même accord, bien qu'il qu’il reconnaisse des ajustements nécessaires dans sa mise en oeuvre.

Depuis deux ans et jusqu'au début de la nouvelle crise, la Centrafrique a connu, il est vrai, une période relative de stabilité qui a permis un retour timide de l'Etat dans l'arrière-pays et une certaine redynamisation économique. La remise en cause de ce document serait, pour le président Touadéra mais aussi pour de nombreux partenaires internationaux, un retour en arrière dont la Centrafrique pourrait ne pas se remettre.

« Si vous regardez l'Accord de paix, il y a tout, dedans. C'est une vision pour la paix dans le pays », résume Samuela Isopi, ambassadrice de l'Union européenne, avant d’ajouter que « l'Accord n'a pas été appliqué comme il le fallait mais ce n'est pas en changeant d'accord que l'on va changer les choses ».

Surtout, précise de son côté, Bertino Matondo, représentant de l'Union africaine en Centrafrique, « qu’il s'agit du huitième accord de paix signé », avant de souligner en creux « qu'en renégocier un nouveau serait considéré par beaucoup comme une perte de temps ».

Analyse de chaque point de l’Accord

Samuela Isopi plaide ainsi pour une analyse en profondeur de la mise en œuvre de l'APPR et de ses failles.

« Il y a notamment le régime des sanctions qui n'a pas été appliqué », précise-t-elle, avant d'insister sur la nécessité d'un programme de désarmement et de réinsertion « crédible » ou encore du jugement effectif des auteurs des crimes commis. Unités mixtes de sécurité, Commission vérité, justice, réconciliation et réparation, démobilisation des groupes armés… chaque point doit être analysé.

Au-delà du contenu, l'ambassadrice de l'Union européenne demande également une plus grande inclusivité dans la mise en œuvre de l'accord, à commencer par une plus grande participation de la société civile: « Nous sommes convaincus que si on implique plus les Centrafricains dans cet accord, ça va marcher », a-t-elle déclaré.

« L'Accord de paix est un cadre qui peut être utile pour l'avenir du pays mais qu'il convient de revitaliser avec de nouveaux acteurs. Cet accord a beaucoup été critiqué mais il n'y a rien d'autre pour le moment. Ce deuxième anniversaire ne doit pas être une commémoration, mais un moment de réflexion pour rassembler le maximum des forces vives de la nation », renchérit Jean-Marc Grosgurin, ambassadeur de France.

Rassembler

Rassembler mais jusqu'où ? Les principaux concernés, à savoir les groupes armés qui se sont engagés dans une nouvelle aventure militaire pourront-ils rejoindre l'Accord ?

Pour le moment, le sujet des négociations est délicat mais le Premier ministre Ngrebada a néanmoins laissé une porte entrouverte, lors d'une conférence de presse qui s'est déroulée à l'issue de la cérémonie.

« S'il arrive que certains combattants de ces groupes prennent l'initiative de revenir dans l'accord, alors à ce moment, nous examinerons leur demande », a-t-il indiqué, mais en précisant que « seuls les vrais Centrafricains » pourront être concernés, pointant du doigt les « mercenaires étrangers » qui, eux, « doivent rentrer chez eux ».

 

 

Centrafrique: la prolongation de l’état d’urgence suscite des inquiétudes

 

https://www.rfi.fr/ 06/02/2021 - 11:12 Avec notre envoyée spéciale à Bangui, Florence Morice

En Centrafrique, l’Assemblée nationale a voté - par acclamation - le 5 février une prolongation de l’état d’urgence pour six mois. Cette décision suscite des inquiétudes au sein de la société civile qui s'inquiète d'un certain nombre de « dérives » observées depuis que celui-ci est instauré.

Les autorités justifient cette décision par la nécessité, pour les autorités, d’avoir les coudées franches pour pacifier le pays en proie, depuis mi-décembre, à une nouvelle rébellion. Cependant, pour Gervais Lakosso, ce n’est pas le principe de l’état d’urgence qui est problématique mais sa durée.

« Mauvais signal »

« Six mois, c’est trop », estime le coordonnateur du groupe de travail de la société civile sur la crise centrafricaine. Il voit, dans cette décision, un « mauvais signal » de la part des autorités.

« Cela démontre un état d’esprit de panique. Nous pensons que le gouvernement ne devrait pas céder à la panique ni distiller de la panique dans le pays parce que, maintenir l’état d’urgence pendant six mois, c’est presque un régime d’exception et c’est inquiétant. Cela démontre que la crise est loin de finir », explique-t-il.

Comment prétendre, dans ce contexte, organiser la suite des élections législatives dans de bonnes conditions ? Gervais Lakosso s’interroge, d’autant que ces quinze derniers jours écoulés sous état d’urgence ont donné lieu à des « abus » et des « excès de zèle » de la part des forces de sécurité.

Arbitraire ?

« Il y a eu beaucoup de ressortissants de l’ethnie Baya qui ont été arrêtés *[l’ethnie de François Bozizé]. Il y a un fort pourcentage dans ce groupe ethnique. Il y a eu beaucoup d’arrestations qui tendent vers l’arbitraire, d’enlèvements, de personnes qui par la suite sont retrouvées mortes. Et ce n’est pas normal », ajoute Gervais Lakosso.

Interrogée à ce sujet jeudi, Denise Brown, représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l’ONU en Centrafrique, considère qu’il serait prématuré de confirmer pareille tendance, mais assure que toutes les informations qui lui parviennent sur d’éventuelles atteintes aux droits de l’homme, dans le conflit en cours, sont soigneusement examinées.

 

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