Notre mission, toujours vous informer
Accueil » Dossiers » Mali : après la fin de l'opération Barkhane, la tentation russe
Mali : après la fin de l'opération Barkhane, la tentation russe

Lu pour vous

 

Nathanaël Charbonnier - 14/06/2021 16:00  franceinfo  Radio France

 

Alors qu'Emmanuel Macron a annoncé le 10 juin la fin de l'opération Barkhane au Sahel sous sa forme actuelle, Moscou veut se poser en alternative à la France dans la région. A Bamako, la capitale malienne, une intervention de la Russie divise. 

 

Ils se rassemblent régulièrement, les jeudis, devant l'ambassade russe, à Bamako. Les membres de la plate-forme Intervention Russie militent pour que Moscou s'implique dans les affaires maliennes. Comme à l'époque de la décolonisation, dans les années 60, quand Bamako s'était rapprochée de l'ex-URSS. 

Soixante ans plus tard, le regard de Sidi Traoré, membre de ce mouvement citoyen, se tourne à nouveau vers l'Est. "Nous voulons que la Russie vienne traiter nos problèmes sécuritaires, explique-t-il. Nous avons vu la coopération militaire russe avec d'autres pays, comme la Syrie, ou plus récemment la Centrafrique. Nous sommes convaincus que des militaires russes feront davantage que la France."

Sentiment anti-français

Des propos qui laissent sceptiques Boubacar Ba. Ce proche de l'imam Dicko, opposant au régime de l'ex-président malien Ibrahim Boubacar Keïta, très en vue lors des manifestations de 2020, rejette l'idée d'une intervention russe. "Nous assistons à une querelle géopolitique au Sahel, analyse-t-il. Le champ d'action classique de la Russie n'est pas le Sahel."  Selon Boubacar Ba, la tentation russe est alimentée par un sentiment anti-français. "Une partie de l'opinion malienne veut en découdre avec les autorités françaises, et trouve en Moscou une solution alternative. Mais c'est un saut dans l'inconnu." 

La présence française au Mali est régulièrement contestée dans les rues. Certains estiment que l'opération Barkhane et son objectif de lutter contre le terrorisme dans la région est un échec. Alors, pourquoi ne pas demander à un autre acteur d'intervenir ? 

Besoin d'alliés face aux terroristes

Le président du Parti socialiste malien, proche de l'ex-président IBK, Amadou Koïta, considère Moscou comme un allié potentiel. "Le Mali a des amis, que ce soit la France ou la Russie. Mais le Mali n'est pas un pays ingrat. Nous ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Nous savons que 50 soldats français sont tombés ici [depuis 2013]. D'un autre côté, il est vrai que l'opération Barkhane pose problème aujourd'hui, parce que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Nous avons besoin de tous les partenariats pour lutter contre le terrorisme."

C’est ainsi que la Russie se retrouve présente dans beaucoup d’esprits. Assimi Goïta, le nouveau président malien, aurait suivi des formations en Russie. Certains racontent même qu'il parle le russe.

Pour Michel Beuret, directeur éditorial de la fondation Hirondelle, une ONG suisse produisant des médias d'information sur des terrains de crise, notamment au Mali, les Russes sont déjà influents dans le pays. "Ils font de la désinformation, mais ce n'est pas aussi prégnant que ce que l'on peut voir en Centrafrique, décrit-il. Les Russes cherchent à s'installer sur le continent africain. Parce que les Chinois, les Américains, les Européens sont là."

Cette tentation russe existe donc bien au Mali, et notamment à Bamako, où se trouve une grande partie de la classe politique malienne. 

0 commentaire

Soyez la première personne à vous exprimer !

Mon commentaire

Dans la même catégorie
Les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines connaissent des tensions inédites, du nord au sud du continent en passant par l’ » ...la suite
La France a fait le choix de réduire ses effectifs militaires sur le continent africain. L'armée française a-t-elle la capacité de limiter l’inf » ...la suite
Deux décennies après la désintégration de l’URSS, la Russie occupe à nouveau une place significative dans l’échiquier de la géopolitique in » ...la suite
Les participants à un séminaire sous régional sous le thème « L’Union africaine à l’aune de la question du Sahara : Comment passer d’une d » ...la suite
Il y a une méconnaissance de l'histoire des Etats, et certains en profitent pour avancer le principe de l'intangibilité des frontières après la co » ...la suite
La République Centrafricaine a émis des accusations à l’endroit de la France, faisant suite aux déclarations hostiles du ministre hexagonal des » ...la suite
La République Centrafricaine a émis des accusations à l’endroit de la France, faisant suite aux déclarations hostiles du ministre hexagonal des » ...la suite
Amnesty International l’appel “L’armée secrète de Vladimir Poutine”, les observateurs parlent d’un outil géopolitique du Kremlin. Depuis » ...la suite
Bangui revendique la liberté de choisir ses partenaires et la coopération avec la Russie a permis d’atteindre des résultats jusque-là inégalés » ...la suite
A l'heure de la multiplication des fake news et des attaques informationnelles, impossible de gagner la guerre sans pratiquer la cyber-influence et co » ...la suite