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A L’AFFICHE :  «SÌRÌRÌ, LE CARDINAL ET L’IMAM»

A L’AFFICHE

 « On les appelait  les trois lions»

PAR  RAPHAËL CHEVALLEY  «SÌRÌRÌ, LE CARDINAL ET L’IMAM» ★★★

Le réalisateur  d’«Hiver nomade», Manuel von Stürler,  revient avec un film dédié  à ceux qui défendent le dialogue interreligieux dans les pays en guerre.

Réalisateur d’«Hiver nomade», magnifique tableau de la transhumance à l’heure de l’urbanisation, et de «La fureur de voir», fascinante introspection de la cécité qu’on lui avait prédite enfant, le Lausannois Manuel von Stürler est parti en Centrafrique tourner son troisième long-métrage. Rencontre.

 Manuel von Stürler, comment s’est imposé ce film? Dans les années 2000, j’ai rencontré un père italien qui effectuait un impressionnant travail de dialogue interreligieux en Syrie. Dans le contexte de la fermeture des frontières et de la montée de l’extrême droite, son ouverture et son charisme m’ont interpellé. Le sujet méritait un film, mais le père s’est fait enlever et a sans doute été exécuté. Plus tard, j’ai découvert que ce genre de personne existe partout autour de la planète et j’ai trouvé un cardinal et un imam en Centrafrique. J’ai vite saisi l’authenticité de leur message et leur amitié, qui dérange ceux qui font les affaires.

Est-ce que leur travail porte ses fruits?

Je pense que oui. En tout cas il n’y a pas eu de génocide contre les musulmans alors que toutes les conditions d’un massacre étaient réunies. Dès le début de la crise, l’imam a dénoncé l’instrumentalisation de la religion et s’est allié avec le cardinal et un pasteur. On les appelait les trois lions. Ils ont fait prendre conscience aux gens qu’ils se faisaient avoir par les groupes armés brandissant le coran ou la bible. Malheureusement, il y a une sorte d’épuisement du peuple, parce que, si certaines têtes des grands groupes armés sont maintenant tombées, les groupuscules se sont multipliés et le dialogue est devenu très compliqué. 

Pourquoi avoir choisi la Centrafrique?

La Centrafrique est un pays en guerre civile où s’imbriquent l’histoire de la colonisation, les rapports nord-sud, les divisions des communautés, claniques, ethniques… Bref un panier de crabes avec un Etat complètement anéanti, où la population est livrée à elle -même. L’instrumentalisation de la religion y est très forte pour faire main basse sur les ressources du pays. Sans compter les implications plus ou moins discrètes des pays riches. Mais c’est surtout parce que j’y ai retrouvé ce thème du dialogue et de l’ouverture à l’autre qui m’intéressait.

 Comment avez-vous préparé le tournage? 

 

J’y suis allé en mode repérage et j’ai compris qu’il serait difficile de venir avec une équipe, pour des raisons de sécurité. Ça aurait été possible avec une escorte, mais je voulais avoir accès au peuple, pour obtenir une sorte de vérité. Si on arrive dans un village avec des militaires, c’est trop compliqué… J’ai donc suivi le cardinal, qui arpente le territoire pour apaiser les tensions, et je me suis dit qu’il fallait tourner le film ainsi, tout seul, avec un dispositif très léger, pour avoir cette proximité avec les gens: comme j’étais avec le cardinal, j’étais un peu un prêtre en visite. 

D’où vient votre besoin de défricher des univers mal connus ? 

Au quotidien, on se fait tellement happer par les préjugés que ça me fait froid dans le dos. Ouvrir une lucarne et bousculer les convictions, voilà ce qui m’intéresse. Avec le recul, je constate que c’est ce qui relie tous mes films.

de Manuel von Stürler Durée: 1h16

Age légal/conseillé: 16/16

En présence du réalisateur, du cardinal Dieudonné  Nzapalainga et de l’imam  Abdoulaye Ouasselegue,  dimanche 12 septembre, 16h,  au cinéma Rex,  à Neuchâtel,  et 18h,  au cinéma Scala,  à La Chaux-de-Fonds.

MIROIR DE TOUTES LES GUERRES

 Intitulé «Sìrìrì» («paix» en langue sango), le nouveau documentaire de Manuel von Stürler décrit le conflit meurtrier qui s’enlise en Centrafrique entre groupes armés se revendiquant chrétiens ou musulmans. Mais, tandis que les diamants et l’or s’échangent contre des fusils et que les civils se réfugient où ils le peuvent, deux figures religieuses s’unissent pour mettre fin aux tueries… Depuis Bangui, le cardinal Dieudonné Nzapalainga gagne les villages perdus dans la brousse et tente d’empêcher l’instrumentalisation de la religion. D’une même voix, l’imam Kobine Lamaya implore le peuple de ne pas céder à la violence. Au plus près de ses protagonistes, le cinéaste livre par le prisme de leurs discours et de son regard affûté le portrait sensible de tout un pays gangrené par des intérêts politiques et financiers qui le dépassent. En résulte un film poignant, qui se fait le miroir de toutes les guerres autour du monde.

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