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INVITÉ AFRIQUE : Touadéra: «J'ai dû faire appel à tous les moyens pour garantir la sécurité des Centrafricains»

INVITÉ AFRIQUE

 

Touadéra: «J'ai dû faire appel à tous les moyens pour garantir la sécurité des Centrafricains»

https://www.rfi.fr/ 15/10/2021 - 06:54

Notre invité, ce vendredi 15 octobre 2021, est Faustin-Archange Touadéra, le président de la République centrafricaine. Alain Foka l’a rencontré à Bangui.

Alain Foka : La communauté internationale les évalue entre 800 et 2 000. L’ambassadeur russe, lui, parle de 535 instructeurs et Moscou reconnaît 1 135 soldats. La question russe revient en permanence lorsque l’on parle de la République Centrafricaine. Monsieur le président, est-ce qu’il y a des Russes en Centrafrique ? Et est-ce que ce sont des mercenaires ou des soldats russes ?

Faustin-Archange Touadéra Les Russes sont en Centrafrique. Ils sont venus nous appuyer. D’ailleurs, cela a commencé déjà par une notification du comité de sanctions des Nations unies, parce que je suis allé discuter avec le ministre [Sergueï] Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de la Russie, pour justement lever leur véto sur la livraison des armes que la France devait nous fournir, des armes saisies au large de la Somalie. Et lors de ces discussions, le ministre Lavrov avait déjà dit que non, il ne pouvait pas, parce que les résolutions ne permettaient pas de le faire. Mais, par contre, vu que nous avons de bonnes relations et vu aussi mon plaidoyer, il consentait à nous fournir gracieusement des armes pour compenser cela. Et donc, il fallait aller au comité de sanctions puisque la République centrafricaine est sous embargo. Et c’est au comité de sanctions, puisque nous avons fait des demandes, évidemment je fais l’économie de tout…

Parce que nous n’avons malheureusement pas le temps…

Voilà. Là-bas, il y a eu des réserves parce que les armes que la fédération russe devait nous donner, disait-on que nos militaires ne savaient pas les utiliser. Ils ne savaient pas les utiliser parce que ce sont des armes de nouvelle génération. Et pour cela, pour lever ces réserves, il fallait les former, les former à l’utilisation de ces armes.

Ceux qui sont là ne sont pas que des instructeurs ? On les voit dans Bangui, on les voit dans le pays, on les voit sur le terrain…

Oui.

Ils participent aux combats…

Vous savez que fin décembre, la République centrafricaine devait faire face à la rébellion développée par l’ancien président [François] Bozizé, qui voulait empêcher les Centrafricains d’aller au vote. Et cette rébellion a poursuivi son action jusqu’à Bangui le 13 janvier pour déstabiliser les actions de la République. Nous étions obligés de faire appel à certains de nos partenaires…

Mais, pourquoi, il y avait Sangaris [opération militaire de l'armée français] sur place, il y avait la Minusca [Mission des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique]. Pourquoi ne s’être pas appuyé sur ceux qui étaient là depuis des années et qui ont sauvé déjà la capitale Bangui ?

C’est vrai, la Minusca est là. Nous avons développé des programmes et aujourd’hui, la paix devait revenir. Mais, cette situation, cette guerre qui s’est déclenchée. La CPC  [Coalition des patriotes pour le changement] prenait les villes de province et est arrivée aux portes de Bangui. La Minusca était là. Les règles d’engagement de la Minusca peut-être ne nous ont pas permis de pouvoir stopper…

Pour vous, la mission de la Minusca qui est le maintien de la paix ne correspond pas, c’est ça ?

Leurs règles d’engagement ne le permettaient pas de…

Dans le cas des Russes, eux vont au contact ?

Nous avons demandé à ce que certains pays avec qui nous avons des relations, des accords en matière de défense, de nous aider. Et c’est ainsi que le Rwanda l’a fait, et la fédération de Russie.

On ne va pas faire de langue de bois. Aujourd’hui, vous êtes fâché avec Paris. Et vous remplacez Paris par la Russie ?

Non, je ne suis pas fâché, non.

Vous n’êtes pas fâché avec Paris ? Comment expliquer alors ce retournement vers la Russie ?

La République centrafricaine aujourd’hui a besoin de paix. Le peuple centrafricain a besoin qu’on cherche la paix. Il y avait Sangaris qui était ici. Sangaris est partie. Il y a la Minusca. Aujourd’hui, on a travaillé pendant un certain temps et la paix commençait à revenir après l’accord de Bangui. Mais, cette rébellion [CPC] s’est développée et était en train de déstabiliser les institutions de la République. En tant que président de la République, que devais-je faire ? Laisser la CPC déstabiliser le pays ? J’ai dû faire appel à tous les moyens possibles pour garantir la sécurité des citoyens centrafricains et de ceux qui sont sur le territoire centrafricain.

Le président Emmanuel Macron vous présente comme un président otage, otage des mercenaires de Wagner.

(Rires)

Ici, en Centrafrique, ce sont les mercenaires de Wagner qui sont là ou ce sont les soldats russes ? Ceux qu’on voit ne sont pas des soldats. Est-ce que vous avez signé avec des mercenaires ou bien… Là par exemple, votre conseiller Valery Sakharov, est-ce qu’il est envoyé par la Russie ?

Vous êtes venu là. Est-ce que vous voyez que je suis un homme qui est pris en otage ? Non. J’ai des responsabilités vis-à-vis de mon peuple, ce peuple qui m’a élu. Aujourd’hui, le peuple demande la paix. Il faudrait que je fasse tout pour que la paix revienne.

Vous estimez que ceux qui étaient là jusque-là ne peuvent pas apporter la paix ?

Je vous ai dit que la Minusca qui était là, on a travaillé jusqu’aux accords de Khartoum signés ici [février 2019, accords entre le gouvernement centrafricain du président Faustin-Archange Touadéra et quatorze groupes armés centrafricains]. La paix commençait à revenir. Mais, il se trouve que la rébellion qui prenait les villes, qui tuait les gens avec des actions violentes, empêchait les gens d’aller voter, prenait des villes jusqu’à la porte de Bangui le 13 janvier. Est-ce que je dois croiser les bras, les laisser venir ? Non. Je pense que non.

Alors aujourd’hui, on sait très bien qu’il n’y a pas d’amitié entre les États, il n’y a que des intérêts et que si quelqu’un vient là, c’est qu’il a quelque chose à y gagner. Qu’avez-vous donné aux Russes pour qu’ils soient là ? Quelles sont les mines que vous avez livrées ? Est-ce que vous êtes en train de donner une partie du patrimoine du pays aux Russes pour défendre le pays ?

(Rires). Vous savez aujourd’hui, nous avons des accords de coopération. Nous mettons en œuvre ces accords de coopération. Aujourd’hui, le secteur, par exemple le secteur minier dont vous parlez, c’est un secteur qui est libéralisé. Si aujourd’hui, une société russe soit-elle présente ses documents…

Comme la société de Lobaye Invest…

Par exemple, qui remplissent les conditions…

Oui, mais là d’un coup, les Russes arrivent. Est-ce que ce n’est pas la contrepartie ? Qu’est-ce que vous leur avez donné ? Peut-être qu’il faudrait être clair là-dessus ? Qu’avez-vous donné aux Russes pour qu’ils vous soutiennent aujourd’hui ?

Je vous dis que dans ce contexte, ce n’est pas du donnant-donnant, dans ce sens-là. Mais aujourd’hui, si nous avons un partenariat avec la Russie, et dans ce contexte, la République centrafricaine doit également aussi dans ce cadre de coopération, travailler…

Donner des choses ?

Pas forcément donner, mais dans la mesure du possible essayer de tisser des liens de coopération dans le domaine économique, pour le développement, pour permettre aussi aux entreprises russes ou d’ailleurs de venir en Centrafrique.

Dans les combats qui se déroulent aujourd’hui sur le terrain, on a vu qu’il y a eu des exactions, exactions de la part des mercenaires russes. Vous dites : ce n’est pas des mercenaires…

Je n’ai pas signé quoi que ce soit avec Wagner. Moi, je me suis adressé aux autorités russes.

Donc, ce sont les autorités russes qui vous les ont envoyés alors ?

J’ai discuté avec le ministre des Affaires étrangères, monsieur Lavrov. Deuxièmement, je ne vois pas de Wagner ici.

Ceux qui sont dans les checkpoints, ce ne sont pas des soldats de Wagner ? Le ministre de la Justice Arnaud Djoubaye Abalene a reconnu l’autre jour qu’il y avait eu des exactions sur les populations. Ne craignez-vous pas la brutalité de ces Russes qui arrivent sur les populations, qui violent, qui tuent, en même temps que les Forces armées centrafricaines, les Faca ?

Non. Soyons clair sur cette situation. Quand il y a eu les informations concernant ces violations, moi j’ai donné des instructions. Le gouvernement centrafricain a ouvert une enquête pour vérifier. Il y a quelques jours ici, cette commission d’enquête a rendu son rapport. Et ce rapport doit être déposé au parquet pour que les investigations sur le plan juridique soient menées pour dégager les responsabilités.

Pensez-vous que demain, on va voir des Russes sanctionnés devant un tribunal ici en Centrafrique ?

La justice fait son travail. Et si vous retournez un peu en arrière dans ce pays, il y a eu des cas. Prenons le cas de Sangaris où il y a eu des cas d’abus sexuels. Aujourd’hui, c’est encore pendant. Au niveau de la Minusca, il y a eu des situations, des jugements. On attend des jugements.

Vous garantissez que ceux qui ont commis ces crimes seront punis ?

Et aujourd’hui, dans ce cas, si les choses sont avérées, bien entendu la justice conformément à la loi, aux réglementations en vigueur, ils seront punis. Mais, pour l’instant, on n’a pas encore dégagé les responsabilités. Aujourd’hui, il y a eu des allégations…

Mais vous reconnaissez quand même qu’il y a eu des exactions ? Il y a des témoignages...

Ce n’est pas le ministre de la Justice qui… Ce n’est pas un juge. Maintenant que nous avons le rapport, ce rapport doit être déposé au parquet pour que des enquêtes judiciaires soient engagées. Absolument. Et s’il y a une décision de justice, évidement…

Vous sanctionnerez…

Ils seront sanctionnés.

Comment expliquer que vous ayez été à New-York pour la levée de l’embargo, que huit ans après on ne lève pas l’embargo. Est-ce que parce que votre armée n’est pas prête ? Aujourd’hui, pourquoi on ne lève pas l’embargo pour que vous puissiez vous battre contre ces rébellions à armes égales ?

Cet embargo est injuste. Nous avons essuyé donc la rébellion en 2013 où toutes les infrastructures ont été détruites. Aujourd’hui, comment va-t-on combattre cette rébellion. Nous avons une rébellion qui est mieux armée que l’armée nationale. La rébellion continue de…

Frapper puisqu’elle reprend

De frapper. Comment peut-on respecter toutes ces conditions si la paix ne revient pas.

C’est peut-être pour cela que vous vous êtes tourné vers les Russes…

S’il n’y a pas la paix, comment nous pouvons respecter toutes ces conditions. Et pour qu’il y ait la paix, il faudrait que nous ayons notre armée, équipée, pour combattre et protéger la population, protéger les institutions de la République. On va attendre que ce soit la rébellion qui se réarme et qu’on ne contrôle pas, et qui vienne mener des actes de violence sur la population, et que l’armée nationale n’a rien. Je trouve que c’est quand même injuste.

On va terminer là-dessus monsieur le président, on reviendra vous voir si vous le permettez.

Bien sûr, vous êtes toujours les bienvenus.

Merci Monsieur le président d’avoir accepté de nous recevoir.

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