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Église et politique en Afrique

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Théologie africaine 

 

REPENSER LA THÉOLOGIE AFRICAINE est la nouvelle rubrique de débat et de formation lancée par La Croix Africa, en collaboration avec Prions en Église Afrique. Elle offre une tribune aux penseurs pour une réflexion fructueuse sur l’avenir de l’Église et de la pensée théologique en Afrique.
Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia, ecclésiologue, évêque de Bossangoa et président de la Conférence des évêques de Centrafrique (Ceca), propose une réflexion sur l’Église et la politique en Afrique.

Il n’est pas rare d’entendre des hommes politiques dénier à l’Église le droit de se prononcer sur la chose politique. Sur ce sujet, une déclaration récente de l’épiscopat français mérite d’être mentionnée : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique » (2017). Cela peut sembler surprenant dans un contexte de laïcité « à la française », très marquée par la séparation de l’Église et de l’État depuis la loi de 1905. Pourtant cet appel fait suite à d’autres déclarations antérieures aux titres non moins évocateurs : « Pour une pratique chrétienne de la politique » (1972), « Politique : l’affaire de tous » (1991), « Réhabiliter la politique » (1999). Tous ces appels veulent affirmer la légitimité du discours politique de l’Église catholique pendant les crises sociopolitiques, parce que, comme le rappelle le concile Vatican II, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, […] sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (1).

Hommes d’Église et rôle politique

Dans cette dynamique, on peut dire que l’Afrique regorge d’exemples sur les représentations et les attitudes politiques d’hommes d’Église. En effet, des figures de l’épiscopat africain ont joué un rôle éminemment politique dans leur pays, selon que les contextes sociopolitiques l’exigeaient (Mgr Isidore De Souza au Bénin, le cardinal Laurent Monsengwo en République Démocratique du Congo, pour ne citer que ceux-là).

De façon générale, le religieux constitue une composante centrale des processus de changements sociopolitiques qui ont affecté le continent africain. Les années d’indépendance correspondent au mouvement d’émancipation des Églises africaines (ex. la théologie africaine). Dans nombre de pays africains, l’Église catholique a été une des matrices de l’État postcolonial ; elle a formé et socialisé une grande partie de l’élite ; elle dispose d’un poids moral lié à son rôle social et éducatif : elle peut s’appuyer sur un maillage territorial sans équivalent et s’exprimer d’une seule voix : autant de ressources dont ne disposent pas les autres acteurs religieux.

A lire aussi : Église et politique : entre militantisme et engagement pastoral

Des transformations se sont produites par la suite dans le contexte de libéralisation et d’ouverture politique qui a accompagné et suivi l’effondrement des États autoritaires. C’est à partir de la fin des années 1980 que « la crise de ces régimes puis les processus de transition ont (re)donné aux acteurs religieux une visibilité et une influence politique, tranchant avec le silence et le repli qui avaient caractérisé leur attitude à l’égard du politique ou avec l’instrumentalisation dont ils avaient été l’objet par certains dirigeants » (2) . Une nouvelle phase dans l’articulation entre le religieux et le politique en Afrique s’est alors ouverte, entraînant une visibilité des acteurs religieux catholiques dans l’espace public. A partir des années 1990, ces derniers ont été de plus en plus actifs dans l’espace public, à travers des discours, des revendications, des initiatives, des mobilisations, etc.

Médiation

La vague des crises sociopolitiques dans certains pays africains a offert des opportunités nouvelles pour les acteurs religieux catholiques d’assurer une médiation. Une partie de l’épiscopat africain s’est directement engagée dans les processus de reconstruction d’un nouvel ordre politique, à travers la publication de lettres épiscopales, au contenu parfois critique. Ainsi, « l’interventionnisme croissant d’acteurs religieux [s’est] traduit par une volonté aussi bien d’intervenir dans les débats nationaux que d’influer sur les processus de prises de décision, d’effectuer un travail de conversion auprès des élites politiques ou de s’octroyer un rôle de médiation dans les conflits et les processus de reconstruction nationale » (3) . Dans le même temps, le répertoire religieux est devenu pour les acteurs politiques une modalité centrale de négociations, de dialogue politique, de production politique. Des hommes politiques s’activent de plus en plus dans une récupération politique du religieux. Des institutions, des symboles, des imaginaires, des modèles religieux sont de plus en plus mobilisés dans la vie politique, ouvrant une phase de « politisation du religieux », ou de « religiosisation de la vie politique » (4) .

Il en découle que le discours politique de l’Église s’inscrit dans sa mission de présence au monde dans lequel elle doit rappeler sans cesse que le politique est au service de l’homme et de la société.

Mgr Nestor Désiré Nongo Aziagbia

1-Concile Vatican II, Constitution Pastorale Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps 1965, n°1.

2- Cédric MAYRARGUE, « Pluralisation et compétition religieuses en Afrique subsaharienne », Revue internationale de politique comparée, vol. 16 (2009), p. 84.
3- Ibid., p. 90.

4 Ibid., p. 89.

 

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