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Les mercenaires de Wagner : un pion dans la stratégie russe en Afrique

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rcf.fr Baptiste Madinier , le 22/10/2021 à 08:31

Modifié le 22/10/2021 à 10:34

 Amnesty International l’appel “L’armée secrète de Vladimir Poutine”, les observateurs parlent d’un outil géopolitique du Kremlin. Depuis plusieurs semaines, les mercenaires russes du groupe Wagner font couler beaucoup d’encre. Après la Syrie, la Libye ou la Centrafrique, ils pourraient arriver au Mali, scénario qui inquiète beaucoup la France.

 C’est en Ukraine, aux côtés des rebelles pro-russes qu’on découvre pour la première fois les mercenaires russes du groupe Wagner, milice créée par un ancien des renseignements militaires russes : Dmitri Outkine.  Au niveau du porte-monnaie du groupe, les regards se tournent vers un oligarque russe proche de Vladimir Poutine : Evgueni Prigojine, un homme d'affaires surnommé “le cuisinier du Kremlin”.

On retrouve les miliciens de Wagner avec les troupes russes en Syrie, au côté de Bachar Al Assad, notamment lors de la libération de Palmyre. En Libye en 2018, ils sauvent ensuite la mise au Maréchal Haftar alors qu'ils viennent aussi en aide en Centrafrique au président Faustin-Archange Touadéra à la peine contre les rebelles. On les retrouve aussi au Soudan ou au Mozambique où ils essuieront d'ailleurs une défaite. 

Wagner sert de poisson pilote au pouvoir russe

Et maintenant, ils seront donc peut-être bientôt au Mali, car il y a quelques semaines, l'agence Reuters à mis au jour des négociations entre le pouvoir malien et Wagner. Elle parle d’un millier de mercenaires russes envoyés sur place. Le pouvoir maliens assure lui que ce sont “des rumeurs à ce stade”

L'exemple Centrafricain

Pour le contexte, il faut rappeler que le Mali a subi un nouveau coup d'État militaire en mai dernier, le deuxième en neuf mois, portant cette fois au pouvoir le colonel Assimi Goïta. Dans la foulée, la France a annoncé dans la foulée la réorganisation de la force Barkhane avec le retrait de près de la moitié de ses 5000 hommes d’ici 2023 ainsi que la fin des opérations au nord du Mali. Bamako a rapidement dénoncer un "abandon en plein vol” et regarde vers d'autres partenaires, dont les mercenaires du groupe Wagner. Ce qui inquiète beaucoup Paris qui n'hésite pas à brandir la menace du retrait total de Barkhane en cas de contrat entre une milice russe et le gouvernement de Goïta. 

Officiellement, la Russie n'a jamais reconnu de lien avec Wagner et ses activités

D'autant qu'on sait comment fonctionne ces mercenaires de Wagner qui ont déjà officié en Centrafrique. Selon le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, ils se sont d'ailleurs substitués à l’autorité de Bangui, en confisquant notamment "la capacité fiscale de l’Etat""Leur business modèle, c'est d'offrir des services de sécurité à des gouvernements extrêmement faibles, contre des ressources naturelles" explique le chercheur à l'Institut français des relations internationales Thierry Vircoulon. "Ce qu'on observe, c'est que Wagner sert de poisson-pilote au pouvoir russe" détaille-t-il. 

Inquiet de voir ce genre de groupe arriver au Mali, le responsable d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest, Ousmane Diallo, appelle les autorités maliennes à bien surveiller les termes du contrat et surtout à agir en toute transparence. 

Liens entre Wagner et Moscou

Wagner qui préparerait donc le terrain à la Russie, mais qui paradoxalement n'a pas d'existence légale selon Moscou. "Juridiquement, une société militaire privée n'existe pas en Russie. Le mercenariat est même interdit" révèle Igor Delanoë, directeur adjoint de l'observatoire Franco-Russe à Moscou. "Officiellement, la Russie n'a jamais reconnu de lien avec Wagner et ses activités. Les russes jouent sur cette ambivalence : c'est ce qu'on appelle le déni plausible. L'intérêt de cette posture floue est de pouvoir nier si besoin tout lien avec cette milice, surtout si elle enregistre des défaites".

L'analyse vaut aussi pour les exactions commises par les mercenaires. Elles sont nombreuses, notamment en Centrafrique, en Libye ou encore en Syrie. Viols, torture, enlèvements et assassinats commencent à être documentés. "Il ne faudra pas que ces mécanismes de violations de droits humains, d'attaque de biens publics ou d'édifices publics se reproduise au Mali" averti Ousmane Diallo

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