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Centrafrique – Lorsque Paris cherche un bouc émissaire pour ses échecs

Lu pour vous

 

par Mikhail Gamandiy-Egorov. 23 octobre 2021

 

La République Centrafricaine a émis des accusations à l’endroit de la France, faisant suite aux déclarations hostiles du ministre hexagonal des Affaires étrangères. Une fois de plus et au lieu de s’adapter à la réalité multipolaire, l’Élysée et le Quai d’Orsay refusent de reconnaitre que leurs échecs ne sont l’œuvre que de leurs propres actions.

Lors d’une interview récente à la chaine de télévision France 5, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait dénoncé l’action en Centrafrique des prétendus mercenaires russes, en adoptant un ton, comme à son habitude, dans le pur style néocolonial et condescendant à l’égard d’un État souverain. Cette sortie n’a pas manqué de faire réagir la cheffe de la diplomatie centrafricaine Sylvie Baïpo-Temon qui a déclaré que les propos de son homologue français sont inacceptables car mensongers et qu’il y a une volonté de sa part d’infantiliser la République Centrafricaine.

La rhétorique hostile de Paris vis-à-vis de Bangui, qui n’a pas manqué de susciter la réponse de la ministre des Affaires étrangères de la RCA, démontre une fois de plus l’incapacité quasi-totale de l’establishment élyséen à pouvoir regarder de façon rationnelle non seulement l’avenir de ses partenaires, mais peut-être et surtout son propre avenir. Cette incapacité hexagonale non seulement à respecter la souveraineté de ses partenaires extérieurs et de mettre un terme une bonne fois pour toute à des manières comportementales d’une autre époque, fort heureusement révolue, révèle aussi la volonté de toujours chercher les coupables de ses propres échecs – ailleurs – au lieu de se regarder, un tant soit peu, dans le miroir.

Paradoxale d’ailleurs cette approche qui dit que lorsque les « alliés » anglo-saxons humilient la France, l’establishment atlantiste hexagonal actuel fait tout le possible pour calmer l’affaire, mais lorsque ces mêmes élites élyséennes observent la chute évidente de leur influence en Afrique – pour des raisons tout à fait logiques et attendues d’ailleurs – il faut toujours chercher des boucs émissaires pour tenter de justifier ces échecs. En infantilisant justement, comme le rappelle la cheffe de la diplomatie centrafricaine. Comme si les Africains n’étaient pas capables de choisir eux-mêmes leurs partenaires et alliés, et de ne pas être en mesure de réaliser leurs propres analyses géopolitiques et stratégiques.

Au final et comme attendu, tout semble aller effectivement dans la poursuite des échecs des responsables hexagonaux à l’échelle internationale. Si d’ailleurs ils pensent que dans le cadre du continent africain ces échecs se limiteront à la Centrafrique et au Mali – il s’agira très certainement d’une énième erreur prévisionnelle.

En janvier dernier, la ministre des Affaires étrangères de la République Centrafricaine avait accordé un entretien à Observateur Continental. Lors de cet entretien, Sylvie Baïpo-Temon avait clairement indiqué que « la RCA avait besoin de la synergie de tous les partenaires, de la solidarité de tous les partenaires pour la seule cause qui est le retour à la paix et à la stabilité en Centrafrique ».

 

Au-delà du fait que Paris n’a aucunement contribué au retour justement de la paix sur le sol centrafricain au cours des dernières années, si ce n’est pas dire le contraire, à la très grande différence des alliés sincères de la RCA, il est à penser que le fait de maintenir également une mentalité d’arrogance extrême dans le cadre d’une relation bilatérale entre deux États souverains – pourrait tout simplement voir la porte d’un quelconque partenariat digne de ce nom fermée.

En parlant d’ailleurs de souveraineté et compte tenu du niveau d’asservissement des élites élyséennes vis-à-vis de Washington depuis déjà un bon moment – il serait certainement juste de dire que la République Centrafricaine, malgré des années de crise dont elle sort progressivement – est un État souverain. Quant à la République française dans sa version actuelle – rien n’est moins sûr.

source : http://www.observateurcontinental.fr

 

 

La Centrafrique recadre la France et dénonce le « manque de politesse » de Le Drian

 

https://lanouvelletribune.info/ 22 oct 2021 Par Fortuné Sessou

 

Tout comme à Bamako, Bangui réclame également un peu plus de respect de la part de la France, qui selon les autorités centrafricaines, leur manque de considération, depuis l’intervention des mercenaires russes dans le pays pour mettre fin à la crise qui secoue le pays depuis plusieurs années. Au cours d’une émission sur France 5 le week-end dernier, au sujet de la présence russe en Centrafrique, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, avait accusé la société privée russe Wagner de faire « la guerre par procuration pour le compte de la Russie », une information que Vladimir Poutine a démenti jeudi.

Cette énième sortie du ministre français des Affaires étrangères, a fait réagir Bangui qui l’a qualifié de « manque de politesse ». « Nous méritons de la part des grandes puissances comme la France du respect et de la considération pour nos dirigeants. Les Centrafricains sont étonnés de la manière et du manque de politesse avec lequel il [Jean-Yves Le Drian, ndlr] a tenu ces propos. Je pense quand même que nous devons prendre l’opinion nationale et internationale à témoin. Ce sont des propos que nous trouvons inacceptables », a déclaré Albert Yaloké Mokpeme, ministre délégué et porte-parole de la présidence centrafricaine au micro de Sputnik.

 Le prolongement du territoire français est inadmissible 

Pour le porte-parole, cette manière de faire est inadmissible. « Cette manière de considérer les anciennes colonies françaises comme le prolongement du territoire français est inadmissible », a ajouté le ministre. Mokpeme estime que la Centrafrique a la liberté et le droit de choisir avec qui collaborer et ce n’est pas à la France de dicter à Bangui qui est bon au mauvais partenaire. « Ce n’est pas à la France d’attribuer les bons ou mauvais points à nos partenaires », a précisé le porte-parole de la présidence.

 Des résultats qu’aucun autre pays n’a pu obtenir

Pour ce dernier, la coopération militaire avec la Russie a donné des résultats qu’aucun autre pays n’a eu avec la Centrafrique. « Pour le moment, en ce qui concerne le plan militaire et la défense du pays, la coopération avec les instructeurs russes donne des résultats qu’aucun autre pays n’a pu nous obtenir, et ça nous en sommes très satisfaits et il appartient aux Centrafricains de décider du sort de leur pays », a assuré le porte-parole.

 

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