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Le jeu trouble de la société militaire privée Wagner

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Michel Klen, « Wagner et mercenaires russes (T 1310)  », RDN, 10 septembre 2021 - 5 pages

Deux décennies après la désintégration de l’URSS, la Russie occupe à nouveau une place significative dans l’échiquier de la géopolitique internationale. Ce retour sur la scène mondiale est dû à l’engagement résolu de Moscou dans les grands théâtres qui sont l’objet d’enjeux stratégiques. Ce rebond conséquent s’exprime non seulement dans le champ diplomatique, mais aussi dans le domaine militaire avec l’envoi officiel de l’armée russe dans certains points chauds du globe et la présence officieuse (plus ou moins discrète) de mercenaires à la solde du Kremlin. 

Si la pratique des sociétés militaires privées (SMP) est désormais courante dans l’écosystème anglo-saxon, la Russie s’y est mise tardivement mais a largement rattrapé son retard avec le groupe Wagner fondé en 2013 par un proche du Kremlin. Wagner a été déployé d’abord au Donbass contre l’Ukraine puis dans tous les conflits où Moscou a cherché à exercer son influence. Plus récemment, Wagner est présent en République centrafricaine et pourrait arriver au Mali à la demande du gouvernement malien. Formé d’anciens des Spetnaz et des forces spéciales russes, Wagner se caractérise par sa brutalité et plusieurs faits de violence contre les populations locales ont été documentés. Paris a fait savoir à Bamako que la présence de Wagner poserait un problème grave quant au soutien militaire français. 

Les supplétifs employés par le ministère de la Défense russe appartiennent à la société militaire privée (SMP) Wagner. Officiellement, ce groupe n’a aucune existence légale et son action efficace dans certains théâtres d’opérations n’est jamais mentionnée par Moscou. Cette entreprise de mercenaires, fondée en 2013, est la propriété d’Evgueni Prigojine qui en assure le financement. Ce richissime oligarque russe, proche du pouvoir, est aussi le patron de l’IRA (Internet Research Agency), une officine de propagande basée à Saint-Pétersbourg et qui s’emploie à promouvoir sur Internetla politique de Vladimir Poutine en infiltrant les réseaux sociaux dans le but de manipuler et d’orienter les débats. Ces trublions de la Toile sont connus sous le nom de Trolls. Ils agissent au sein d’organisations pernicieuses de pirates informatiques. Parmi celles-ci : Cozy Bear (ours emmitouflé) et Fancy Bear (ours capricieux).

Le commandant « militaire » de la SMP Wagner est Dmitri Outkine, un ancien lieutenant-colonel des forces spéciales spetsnaz, un nostalgique du IIIe Reich (1). Cette nébuleuse de baroudeurs entretient des liens très étroits avec deux autres groupes de mercenaires : d’une part, les ISIS Hunters (« les chasseurs de l’État islamique »), un groupe de soldats de fortune créé en Syrie en 2017, entraîné par des instructeurs de Wagner, équipé et armé par les Russes, et mis à la disposition du régime de Damas ; d’autre part, le SAIMR (South African Institute for Maritime Research), une organisation de suprémacistes blancs qui a officiellement pour objectif de « préserver l’écologie des mers, recueillir des renseignements sur les voies navigables stratégiques du monde et utiliser toutes ces informations pour promouvoir la paix entre les nations. »

En fait, le SAIMR, créé après la Seconde Guerre mondiale par les services britanniques et sud-africains au temps de l’apartheid, s’est spécialisé dans le montage d’opérations clandestines. Il a notamment été impliqué dans la tentative de renversement du président des Seychelles, France-Albert René, en novembre 1981 menée par une cinquantaine de soldats de fortune sud-africains commandés par le célèbre chef mercenaire irlandais Mike Hoare, et la rébellion armée qui a provoqué la chute du dictateur Siad Barre en Somalie en janvier 1990. De nos jours, il existe toujours une collusion entre les services de renseignements russes et des Sud-Africains blancs afrikaners, nostalgiques de l’apartheid.

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