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Au Mali, l’horizon indéfini du colonel Assimi Goïta

La fin de la présence militaire française au Mali, un vaste chantier

https://www.rfi.fr/ 16/02/2022 - 11:56

Alors que la décision de quitter le Mali est sur la table à l'occasion du sommet entre l'Union européenne (UE) et l'Union africaine (UA), Paris va présenter les contours de son futur dispositif militaire au Sahel. Après huit années de présence, la force Barkhane s'apprête donc à quitter ses dernières emprises maliennes, en particulier la très importante base de Gao.

 « C'est la fin d'un cycle », souffle un officier français, ajoutant qu’« il n'y aura plus de grandes opérations militaires en Afrique, en tout cas pas dans un avenir proche ». Barkhane s'apprête donc à laisser derrière elle ses trois dernières emprises maliennes : les camps de Gossi, Ménaka et, bien sûr, Gao. Et ce ne sera pas une mince affaire. De six à douze mois pour désengager, sachant qu’une saison des pluies diluviennes pourrait ralentir la manœuvre.

Un départ nécessairement par voie terrestre pour les véhicules blindés tels que les Griffons, VAB et autres VBCI, qui rejoindront les ports du golfe de Guinée. Les ponts aériens vont également se multiplier, entre Gao, la base aérienne avancée de Niamey et la France. Il faudra aussi trier et reconditionner le matériel, « ordonner la manœuvre pour partir de façon propre, synchronisée et sécurisée », martèle l'état-major des armées. En creux, on comprend que Barkhane ne laissera pas nécessairement beaucoup de matériel aux Forces armées maliennes.

Ce départ est un défi logistique qui nécessitera une haute protection. Les militaires français ont fait passer le message à leurs homologues maliens : « On sera très vigilants sur la sécurité de la Force lors de ce désengagement ».

Takuba quitte aussi le Mali

Symbole d'une Europe de la défense que le président français Emmanuel Macron appelle de ses vœux, le groupement européen de forces spéciales « Takuba », mis sur pied par Paris en 2020 pour partager le fardeau sécuritaire, devrait également quitter le pays et se dissoudre.

Le départ des 2 500 soldats présents au Mali va donc replacer la présence française au Sahel dans une situation semblable à ce qu’elle était avant 2013. Le poste de commandement (PC) situé au Tchad à Ndjamena demeure, ainsi que la base aérienne projetée de Niamey. Mais la base de Niamey ne va pas pour autant prendre plus d’importance : « Niamey ne sera pas un point de fixation, pour ne pas créer de tensions », disent des sources militaires.

Tirer des leçons

« Nous entrons dans une nouvelle ère stratégique », souligne l’état-major français à Paris. Certains font remarquer qu’avec les risques d’une guerre de haute intensité en Europe, il n’est plus possible de s’engager pendant une décennie dans de grandes opérations militaires.

« Il faut former et soutenir les armées partenaires, mais les laisser faire, c’est la leçon », dit un militaire français ayant servi à Barkhane, ajoutant que « ça confirme une chose : une armée étrangère dans un pays étranger ne peut pas venir à bout d’un ennemi intriqué dans la population ».

La communication sera aussi l’un des axes d’effort à l’avenir. « Il y a un vrai sujet d’explication de la mission de la France au Sahel auprès des populations. Il existe un véritable enjeu à communiquer vite et juste », soulignent les autorités militaires.

 

LU POUR VOUS...

 

Au Mali, l’horizon indéfini du colonel Assimi Goïta

 

Par Cyril Bensimon  Publié aujourd’hui à 12h00, mis à jour à 13h27

 

Les intentions du président de la transition, qui avait renversé le chef de l’Etat élu Ibrahim Boubacar Keïta fin 2020, restent mystérieuses.

 

Son portrait est devenu en quelques mois l’emblème de tous les détracteurs de la France en Afrique, le visage inattendu d’une fronde qui grandit et dont le Mali est devenu le point le plus ardent. Nul ne sait cependant si le rôle lui plaît.

Le colonel Assimi Goïta a le verbe rare et l’art d’entretenir le mystère. Dix-huit mois après son entrée en scène à Bamako, le secret ne s’est guère dissipé autour de l’ancien commandant des forces spéciales maliennes devenu le président de la transition. La lumière ? Il la laisse à son premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, toujours prêt à déclencher une nouvelle salve verbale en direction de la France, et à son chef de la diplomatie, Abdoulaye Diop, chargé de tisser de nouvelles alliances stratégiques et de desserrer l’étau sur le Mali depuis que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a mis le pays sous blocus économique.

Lui, depuis la colline du palais de Koulouba qui surplombe la capitale, ne dit mot ou presque, cultive son image de président soldat, en mission de reconquête des territoires perdus du Mali. Au lendemain de l’imposition des nouvelles sanctions régionales, le 10 janvier, tout juste a-t-il appelé de sa voix mal assurée « au rassemblement de tous les Maliens, sans exclusive, pour affirmer notre opposition de principe » et demandé à ses compatriotes « de rester calmes et sereins » alors que le Mali a fait le choix de « prendre son destin en main en forgeant [sa] propre voie ».

Quatre jours plus tard, des dizaines de milliers de Maliens descendent dans la rue pour manifester leur soutien face au « diktat » de la Cedeao et de la France. Lui reste dans l’ombre, aussi muet que l’institution dans laquelle il a été élevé et s’est construit.

Evidente mansuétude

Fils d’un capitaine, Assimi Goïta est un pur produit de ces forces armées maliennes (FAMa), décimées depuis dix ans par une guerre contre les groupes djihadistes et humiliées par les ex-mouvements rebelles touaregs et arabes qui ne leur ont jamais permis de reprendre pied au nord du pays. Toujours sanglé dans son treillis de combat mais ne se déclarant jamais fermé au dialogue, Assimi Goïta tente d’incarner la face la plus conciliante de la junte qu’il dirige, mais avec quelles intentions ?

S’il a été choisi, selon plusieurs sources, par ses quatre partenaires de putsch – les colonels Sadio Camara, Malick Diaw, Ismaël Wague et Modibo Koné – en raison de sa droiture, de sa discrétion mais aussi de sa malléabilité, lui et les jeunes officiers qui l’entourent démontrent chaque jour un peu plus qu’ils sont davantage intéressés par le pouvoir qu’ils ne le disent.

Alors que la rue à Bamako bruisse d’appels à une prolongation de la transition pour les quatre ou cinq prochaines années, comme cela avait été proposé aux chefs d’Etat de la région, diplomates et politiciens locaux s’interrogent désormais sur les possibles desseins présidentiels de celui qui n’est encore que président de transition et même pas quadragénaire. Pourtant, dès les jours qui suivirent le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK »), le 18 août 2020, Assimi Goïta et les siens avaient laissé entrevoir leur appétit.

Une source diplomatique française expliquait alors que l’obsession du quintet de colonels se résumait en une ligne simple : « On n’a pas fait tout ça pour laisser une classe politique, dont les Maliens ne veulent plus, revenir aux commandes. » A l’époque, un de leurs visiteurs du soir confie également qu’« ils peuvent promettre en public de faire six mois, un an ou trois, mais entre eux ils se posent la question de comment ne pas rendre le pouvoir ».

Anecdote qui en dit long également sur les intentions déjà limpides du colonel Goïta : en septembre 2020, pour sa première sortie internationale, à Accra au Ghana, le chef de la junte malienne avait tout d’abord demandé, sans succès, aux présidents de la région si une démission de l’armée lui permettrait de prendre la tête de la transition, avant d’aller prendre conseil auprès de l’ex-président Jerry Rawlings, lui-même ancien putschiste et modèle encore indépassé pour tous les soldats du continent qui se rêvent un destin d’homme d’Etat.

Tous ces indices auraient pu constituer des alertes, mais « IBK » avait depuis longtemps perdu la confiance de la France et des voisins du Mali. Sa chute a été accueillie avec un soulagement à peine dissimulé et ses tombeurs traités avec une évidente mansuétude. « Ce sont des gens articulés, qui ne sont pas mal intentionnés, mais qui ne savent pas encore comment arriver à leurs fins. Goïta est un militaire opérationnel qui n’est pas à l’aise dans la manœuvre politique et n’est pas arrivé au pouvoir avec l’intention d’y rester », estimait-on alors à Paris.

Quelques mois plus tard, le 16 février 2021, à l’issue d’un sommet du G5 Sahel, Emmanuel Macron se félicitait ainsi que « la mise en place des autorités de transition ouvre très clairement une nouvelle fenêtre d’opportunité ». Il ajoutait : « En quelques mois, je dois bien dire que ces autorités de transition ont donné plus de gages que les autorités précédentes en trois ans. »

« Les cinq restent soudés »

Le réveil est brutal lorsque, le 24 mai, le colonel Goïta fait arrêter le président de transition, Bah N’Daw, son tuteur dans l’armée, et son premier ministre, Moctar Ouane. Tous deux avaient été placés neuf mois plus tôt à la tête de la transition pour donner un vernis civil au pouvoir post-coup d’Etat. Leur tentative d’émancipation, en tentant de placer les colonels Sadio Camara et Modibo Koné à d’autres fonctions, leur sera fatale. Jusque-là vice-président de transition chargé des questions de défense et de sécurité, Assimi Goïta est proclamé le 7 juin chef de l’Etat.

A cet instant, le timide colonel promet encore d’organiser « des élections crédibles, justes et transparentes aux échéances prévues », tente de rassurer « les organisations sous-régionales, régionales et la communauté internationale en général que le Mali va honorer l’ensemble de ses engagements ». Mais le masque est tombé, le pouvoir est repris en main par les officiers sans que tous les mystères des premiers jours soient levés. Assimi Goïta est-il le capitaine du vaisseau dont il a pris la barre ou est-il « prisonnier des siens », comme le pensent certains observateurs ?

L’une des questions toujours irrésolues est la nature de sa relation avec le ministre de la défense, le colonel Sadio Camara. Les deux hommes partagent-ils la même vision ? Le pieux et « effacé » Assimi Goïta, « humble, contrairement aux autres », comme le décrit un ancien frère d’armes lorsqu’il combattait dans le nord du pays, est-il sous l’influence de celui qui est présenté comme le premier artisan du rapprochement opéré ces derniers mois avec la Russie et les paramilitaires du groupe Wagner ?

L’annonce, le 4 février, de la suppression du poste de vice-président, vacant depuis le second coup d’Etat, et la dévolution de ses attributions aux ministres de la défense Sadio Camara et de la sécurité Daouda Aly Mohammedine ont été perçues par certains analystes comme un moyen de donner des gages à ces deux complices. Dans un mouvement inverse, la garde de Sadio Camara a été récemment remplacée par des soldats des Forces spéciales, en théorie fidèles à Assimi Goïta. Mais « il faut se méfier des surinterprétations qui peuvent être volontairement distillées pour créer de la division et de la suspicion entre eux. Goïta n’est prisonnier de rien, les cinq restent soudés », tempère un diplomate occidental en poste à Bamako.

« Climat de paranoïa »

Quoi qu’il en soit, le pari d’Assimi Goïta n’est pas sans risque et le soldat qu’il est en a pleinement conscience. Le 20 juillet 2021, il a échappé à une tentative d’assassinat lors des cérémonies de l’Aïd-el-Kébir à la grande mosquée de Bamako. Lui s’en est tiré sans égratignure, mais son assaillant est mort en détention quelques jours plus tard sans que soient connues les raisons de son acte.

Aujourd’hui, il semble évident que tous ceux que le jeune colonel s’est mis à dos – la France et ses alliés européens, plusieurs chefs d’Etat voisins, une bonne part de la classe politique malienne et selon des sources françaises, une partie de l’armée opposée à ses ambitions supposées et à son orientation prorusse – ne verraient pas d’un mauvais œil la chute de celui qui incarne la spirale nationaliste dans laquelle est engagé le Mali.

Le palais de Koulouba, où les points d’entrée ont été réduits et le nombre de gardes augmentés, compte désormais ses ennemis. Plusieurs des interlocuteurs d’Assimi Goïta décrivent depuis quelques semaines un homme vivant dans un « climat de paranoïa », avec la France comme première source d’inquiétude. « Il croit que les Français l’espionnent avec des drones. Que des satellites ont été déployés pour le surveiller. Il n’est plus vraiment très rationnel », s’inquiète un ancien officier des FAMa.

Les week-ends ou à la nuit tombée, c’est à Kati, le camp militaire en périphérie de Bamako, incubateur de tous les putschs au Mali, qu’Assimi Goïta retrouve les quatre colonels qui l’ont placé à la tête du pays. L’occasion sûrement d’évoquer l’horizon politique encore indéfini du premier d’entre eux et peut-être même de s’interroger sur l’incroyable manœuvre qu’ils viennent de réaliser : celle d’avoir en à peine dix-huit mois transformé un parfait inconnu que tout le monde attendait dans le combat contre les djihadistes en premier responsable d’un imminent retrait des troupes françaises du Mali et en incarnation de ce nouveau temps des prétoriens en Afrique de l’Ouest.

 

LU POUR VOUS...

 

Le Mali, c’est fini

 

Par Jean-Dominique Merchet Libération  16 février 2022 à 6h00

 

Emmanuel Macron est sur le point d’annoncer la fin de l’opération Barkhane, en concertation avec les partenaires africains et européens de la France. Un désengagement qui sera très complexe

 

Le président Emmanuel Macron participe mercredi soir à une réunion sur l’engagement militaire international au Mali avec les partenaires de la France, a dit mardi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, ajoutant que des annonces concernant l’engagement militaire au Mali seraient faites dans les prochains jours. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré lundi que les conditions n'étaient pas réunies pour y poursuivre le combat contre les militants islamistes.

« Je ne veux pas me faire piéger au Mali » , disait Emmanuel Macron au début de son mandat, rapporte le diplomate Xavier Driencourt dans L’Enigme algérienne (L’Observatoire, à paraître en mars). Trop tard, le piège s’est refermé. La France n’a d’autre solution que de quitter le pays, avec un sentiment d'échec que les éléments de langage ne parviendront pas à masquer. Cinquante-trois militaires français sont morts au combat, un nombre inconnu gardera des séquelles de blessures physiques ou psychologiques. La facture avoisine les 8 milliards. Un ministre l’avoue : « Le Mali aura plus d’impact dans l’opinion publique que l’Ukraine. Il y a une dimension de déclassement, ça résonne plus parce que ce sont nos hommes, notre armée. » Il ne reste qu'à éviter le pire : un départ comparable à celui des Américains de Kaboul, l'été dernier.

Mardi, tous les détails du désengagement n'étaient pas encore fixés, mais la décision politique est prise. Ce mercredi, Emmanuel Macron réunit huit chefs d’Etat africains – mais pas celui du Mali – pour un dîner à l’Elysée, à la veille d’un sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine, jeudi et vendredi à Bruxelles. Les annonces interviendront sans doute très rapidement, sauf coup de théâtre ou complications de dernière minute. La France prend grand soin à ce que la décision de retrait n’apparaisse pas comme une affaire entre son ancienne colonie et elle. D’où l’insistance à impliquer les Africains de la région et les Européens.

« Voie divergente ». Au sommet de l’Etat, on constate que le Mali suit désormais une « voie divergente » qui empêche de poursuivre une opération militaire, Serval puis Barkhane. Celle-ci en est à sa dixième année. Après deux coups d’Etat et le report des élections par la « junte », l’arrivée des mercenaires russes de Wagner a changé la donne. A Paris, on estime qu’il y a eu « rupture de confiance » et que le Mali a franchi « une ligne rouge ». Selon des sources militaires françaises, les hommes de Wagner seraient entre 800 et 900, engagés essentiellement dans le centre du pays pour des missions de contre-terrorisme. Leurs méthodes, jugées « brutales » et «violentes, sont « incompatibles un » grâce à la coopération entre l’armée malienne (FAMa) et Barkhane, le climat se détériorait rapidement depuis plusieurs semaines. Un proche du dossier confiait il y a peu que « certains éléments des FAMa reçoivent des consignes de ne plus travailler avec nous [les Français]. Il y a des ordres de la junte de créer des embûches sur le passage de nos forces, avec des contrôles tatillons. La relation opérationnelle va malheureusement se dégrader ».

Partir du Mali n’est pas une mince affaire, ni sur le plan logistique, ni pour la poursuite de la lutte antiterroriste. L'état-major des armées estime qu’il faudra « de six à douze mois » pour un retrait total. Sur les 4800 militaires français présents dans la bande sahélo-saharienne, environ 2500 sont sur le sol malien, la plupart à Gao, depuis la récente fermeture des bases du nord (Kidal, Tessalit, Tombouctou). On compte 780 véhicules, dont 260 blindés lourds. Seuls les matériels les plus sensibles seront évacués par la voie aérienne. Faute d’une capacité nationale suffisante, la France devra faire appel à ses alliés européens et américains en matière d’avions de transport militaire. L’essentiel du désengagement se fera par la route, mais la saison des pluies qui débute en mai complique les liaisons. Le matériel sera rapatrié en France par voie maritime, les pays voisins – en particulier le Niger – ne manifestant pas un enthousiasme démesuré à l’idée de servir de base de repli pour Barkhane.

A la complexité logistique, s’ajoute une double menace sur le retrait français. D’abord, celle des groupes terroristes « qui ne vont pas partir en vacances pendant que nous nous réarticulerons », dixit un officier. Plus l’empreinte française se réduira et plus elle deviendra vulnérable aux attaques. Ensuite, les populations locales, au Mali et dans les pays voisins, pourraient manifester contre les Français en bloquant les convois, comme on l’a vu ces derniers mois. Des discussions ont lieu entre l’armée française et la gendarmerie du Niger pour l’organisation des déplacements. Les militaires français redoutent que les populations soient «manipulées » par le pouvoir malien ou au travers « d’attaques informationnelles de nos amis russes ». Les opinions publiques du Sahel ne parviennent pas à comprendre comment l’armée française, dont la puissance est sans commune mesure avec les armées locales, n’est pas parvenue à vaincre les groupes terroristes. Cette incompréhension est le terreau de toutes les théories du complot.

Etat souverain. Neuf ans après le début de l’intervention militaire, le 11 janvier 2013, la France n’a pas gagné sa « guerre contre le terrorisme », malgré des succès tactiques qui ont vu l'élimination de nombreux cadres des « groupes armés terroristes ». Lorsque François Hollande a engagé l’armée, il s’agissait, racontait-on alors un peu vite, d'éviter que des « colonnes jihadistes » venues du Nord ne prennent Bamako. Aujourd’hui, on parle de protéger les pays du Golfe du Guinée (Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin) et leurs capitales, à 1000 kilomètres plus au sud... « La menace a évolué », reconnaît-on à Paris. Avant 2013, les « terroristes » voulaient s’assurer d’un « sanctuaire territorial dans le Nord du Mali. Désormais, leur stratégie consiste en une action plus diffuse, en se répandant dans les pays de la région », constate un bon connaisseur du dossier.

Dans ces conditions, comment « rester engagé au Sahel dans la durée pour maîtriser la menace terroriste », comme Paris s’y engage ? Comment « agir au Mali », qui reste l'épicentre du foyer terroriste : à partir des pays voisins ? Dans quel cadre juridique ? Personne, à la veille du retrait français, ne le sait. Les forces spéciales françaises (Sabre) basées à Ouagadougou (Burkina Faso) pourront-elles encore traquer les chefs terroristes sur le territoire malien ? Les drones et les avions de combat français basés à Niamey (Niger) pourront-ils encore voler dans l’espace aérien du Mali, un Etat souverain ?

Côté militaire français, on espère « garder de bons rapports avec l’armée malienne en matière de coopération opérationnelle » mais la dégradation du contexte politique ne le garantit pas. D’autres interrogations pèsent sur la mission européenne EUTM-Mali et sur celle des Nations Unies (Minusma). Quant à Takuba, qui devait témoigner de l’engagement des Européens aux côtés des Français, « c’est fini », constate un proche du dossier. Fermez le ban.

 

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