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« Le Ledger Plaza », ce palace de Bangui au coeur de toutes les convoitises

Lu pour vous

 

By La rédaction de Mondafrique 5 mars 2022

 

Central, climatisé, fonctionnel et stratégique, le « Ledger Plaza » de Bangui, un superbe hôtel financé par la Libye de Khadafi, est depuis deux ans au centre d’un nouvel épisode politico-judiciaire… dont l’épilogue est toujours repoussé.

Pendant des mois, Tunisiens, Russes, Libyens, et une « sorcière blanche » du pouvoir centrafricain se sont affrontés et enfin entendus pour récupérer l’usufruit de cet hôtel « prestigieux », symbole du soft power du pouvoir libyen sous le règne de feu le colonel Mouammar Kadhafi.

Un lieu de pouvoir incontournable

Symbole ou symptôme de la déliquescence du pays, le Ledger Plaza Bangui est un hôtel 5 étoiles situé sur une artère principale de Bangui. Géographiquement, l’hôtel est implanté au centre de la capitale, en surplomb, aux pieds des collines, un endroit facile d’accès. L’hôtel est aussi très protégé. Peu intéressant sur e plan architectural et loin d’être une œuvre d’art, son emprise foncière est telle qu’elle surpasse la surface au sol de l’Assemblée nationale qui se trouve à un kilomètre.

Le palace concentre aussi une diversité de fonctions : mise à part une offre très qualitative de logements, le Ledger c’est notamment des magasins de téléphonie, une bijouterie, une salle de sports, une piscine, des salles de conférences.. une piste de danse et un casino. Autant de services qu’un Centrafricain, payé misérablement et au mieux 40euros par mois, ne peut s’offrir. Le prix total d’une bière et d’un croquemonsieur représente déjà la moitié du salaire moyen du Centrafricain, soit environ 20euros.

Le Ledger est le seul lieu de la capitale où l’on peut y boire un coca frais, à l’ombre d’un parasol ou d’une clim toujours en service dans une ville étouffée par la poussière.

Le Ledger, c’est surtout l’accès électricité, alors que la plupart des quartiers de la ville sont frappés par les coupures de courants intempestives. Un paradis ? Sans doute pas, lorsqu’onvoit les comportements des « expats » vis-à-vis des salariés. Mais c’est un monopole fonctionnel, assurément. C’est au Ledger que le président putchiste Djotodia installe son gouvernement en 2013. 

Un peu à l’image de l’Holyday Inn de Sarajevo ou du Rick’s Café Club dans le film Casablanca, le Ledger attire une clientèle variée : des consuls européens y côtoient de sinistres hommes d’affaire à deux pas d’une interview entre un journaliste et un acteur du développement ; des conseillers à la présidence y dînent avec des chefs rebelles pendant que des humanitaires ou des staffs de l’ONU se prélassent au bord de la piscine, lieu de passage privilégié des diplomates en séjour à Bangui.

Députés, ministres, ONG et agences onusiennes, cercles de réflexion, et secteurs privés profitent de ces salles de conférence modernes : on y signe des accords « historiques » à peu près tous les trois mois. Pourquoi les garants du droit international se rencontrent dans cette  Tour de Babel mafieuse? « L’hôtel Ledger est réputé pour être un lieu de prostitution, une plaque tournante de la drogue, et de blanchiment d’argent », selon un témoin de ces scènes. En effet, on y trouve tous les trafics possibles et imaginables : commerce de passeports, trafic d’êtres humains, commerce d’or et de pierres précieuses. « Les gens ne se cachent même plus pour faire leur petit business », assure un autre ancien client de l’établissement. Un fonctionnaire international certifie que « les chambres sont truffées de micros, les couloirs et les salles sont bourrés de caméras ».  Tout se voit et tout se sait au Ledger. Qui contrôle le Palace est au coeur du pouvoir! 

La poule aux œufs d’or

Le Ledger est l’objet de très nombreuses convoitises. Depuis décembre 2021, la gérance du Ledger est au cœur d’une nouvelle bataille entre l’Etat Libyen, AREM, un conglomérat tunisien, BEAFRICA, un groupe centrafricain, des proches du groupe Wagner, et une Française conseillère des autorités centrafricaines.

Souvenez-vous, comme le révélait Mondafrique, l’encombrant patron du Plaza Ledger de Bangui depuis 2014, Zeyad Alzarzour Khalifa, a été expulsé de la gestion de l’établissement en septembre 2021. Le groupe LAICO-RCA, dont le Ledger fait partie, revient alors à l’Etat Lybien. Soucieux de se débarrasser de ce legs encombrant à quelques mois d’une élection présidentielle sans cesse repoussée, la Libye fait une offre publique aux repreneurs. La société Beafrica parvient à décrocher ce marché, non sans avoir distribuée quelques gateries.

Néanmoins, cette décision n’est pas du goût du groupe tunisien « Arem », déjà propriétaire de nombreux complexes hôteliers LAICO dans toute l’Afrique et qui tente tout pour torpiller la gestion de la société Beafrica : recours, plaintes, enveloppes, subsides aux conseillers à la présidence, encouragement en tout genre, rien y fait. La société Beafrica n’entend pas lâcher la poule aux œufs d’or. Pourtant avec l’aide du président Touadera, le groupe AREM parvient à évincer la société centrafricaine. Le 1er février dernier, les Tunisiens d’AREM signent un compromis entre de nombreux ministres, dont celui de la Justice et celle du Tourisme, en présence des patrons de la Gendarmerie et de la Police. La presse centrafricaine est au rendez-vous.

Une parodie de transparence.

En effet, le soir même, d’après des videos et des audios largement diffusés sur les groupes what’s app, et depuis opportunément apparu sur les murs facebook des griots, on voit débarquer dans un restaurant de Bangui le petit groupe de Tunisiens: un certain Dimitri Sytiy, un chargé d’affaires de la Russie et surtout les proches du puissant conseiller russe  Prigojine en Centrafrique, Delphine P, une « sorcière blanche » et conseillère multicartes…

Qui est cette femme d’affaires qui séjourne dans le pays depuis  set ans ? Que fait-elle ? Quels sont ses réseaux ?

Au printemps 2015, à tout juste 32 ans, Delphine P.  est nommée conseillère technique du Quai d’Orsay auprès du ministre centrafricain de la justice, Aristide Sokambi, cousin de Catherine Samba-Panza. En Avril 2016,  Delphine P, continue à conseiller auprès du nouveau Ministre de la justice, Flavien Mbata, neveu du Président Touadéra alors officiellement intronisé président 2 mois plus tôt.  Le 12 Août 2016, le nouvel ambassadeur de France à Bangui Christian Bader présente ses lettres de créances au Président Touadéra. Il succède à Charles Malinas, en poste à Bangui depuis décembre 2013 qui est lui nommé ambassadeur de France à Prague.

La Mata-Hari du pauvre

Un mois plus tard, l’ambassadeur Bader déclenche «l’Affaire des visas» qui entraîne le rappel de Malinas de son poste à Prague et entame d’une procédure disciplinaire. Pendant ce temps, Delphine P. poursuit sa petite carrière de conseillère auprès du ministre Mbata.  En Janvier 2017, un incident mineur survient. Delphine P. refuse de faire installer chez elle, dans une résidence de l’ambassade de France, un compteur électrique au forfait. De multiples relances, puis la visite d’un colonel de la police. Ce jour-là, les témoins rapportent qu’une altercation éclate entre la conseillère qui-connait-du-monde et le policier. Après un coup de fil à son ministre Mbata, Delphine P. fait arrêter le fonctionnaire de police, lequel est détenu pendant plus de 72 heures avant d’être libéré, après avoir été accusé, mais à tort,  « d’agression sexuelle ».

En guise d’épilogue, l’ambassade de France met fin au contrat de coopération de Delphine P. En Juin 2017, elle dépose un signalement pour « agression verbale à caractère sexuel » contre l’ambassadeur de France en RCA Christian Bader. Ce signalement est transmis au parquet, une enquête sur Bader aurait été ouverte bien que personne n’ait eu accès au dossier. En Juin 2018, Eric Gérard succède à Christian Bader au poste d’ambassadeur de France à Bangui. Le compagnon de Delphine P. ancien attaché de défense à l’ambassade de France en RDC, demeure en RCA sous contrat avec la MINUSCA.

Delphine P. finira par obtenir un poste de conseillère spéciale à la Présidence centrafricaine, « en matière de lutte contre l’impunité ». On la voit danser avec le porte flingue de Prigojine, dont le groupe de mercenaires Wagner pille, viole, et tue des civils en toute impunité à quelques kilomètres de la capitale. Pour qui roule la jeune Française ? Piquée au vif par les interrogations des journalistes centrafricains, la Mata-Hari du pauvre a porté plainte contre toute la presse locale. 

Décidément, Bangui la coquette a perdu de sa superbe d’antan !

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