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Centrafrique: un dialogue laborieux et aux contours flous, sans les rebelles

 

 

Par Barbara DEBOUT AFP/.   Jeudi 17 mars 2022 10:56

Centrafrique / Centrafrique - AFP - A quatre jours de l'ouverture en Centrafrique d'un dialogue national annoncé à la hussarde par le chef de l'Etat, le flou règne sur son organisation et ses objectifs, au-delà d'une vague promesse de restaurer "la paix" mais sans les groupes rebelles qui ne sont pas conviés.

Réclamé par l’opposition, le "Dialogue républicain" de réconciliation nationale, avec "l'opposition non armée et la société civile", avait été promis il y a 15 mois par le président Faustin Archange Touadéra, à peine réélu dans un scrutin très contesté, dans un pays alors aux deux tiers aux mains de groupes armés. 

Après de nombreux atermoiements, M. Touadéra l'a annoncé mardi soir à la surprise générale, les leaders de l'opposition l'apprenant à la radio, pour une ouverture du forum six jours plus tard et pour durer moins d'une semaine. Dans un pays meurtri par une guerre civile depuis plus de huit ans.

  1. Touadéra l'avait promis au lendemain de sa victoire fin décembre 2020, avec 53,16% des suffrages, alors que moins d'un électeur sur trois avait eu la possibilité d'aller voter en raison de l'insécurité. 

Un engagement pour répondre aux pressions d'une communauté internationale qui a mis sous perfusion ce pays classé deuxième le moins développé au monde et dont la moitié de la population vit dans un état d'insécurité alimentaire aigüe selon l'ONU, qui y a déployé depuis 2014 l'une de ses plus coûteuses missions de Casques bleus.

"Mercenaires" russes -

Lors de la présidentielle, Bangui était menacée par une offensive de plusieurs des groupes armés occupant alors deux tiers du territoire. M. Touadéra avait appelé Moscou à l'aide et des centaines de paramilitaires russes étaient venus s'ajouter à ceux présents depuis 2018, à la rescousse d'une armée démunie. 

Ces "instructeurs non armés" selon Moscou, "mercenaires" de la société privée de sécurité russe Wagner selon l'ONU, ont, depuis, facilement repoussé les groupes armés de la majorité des villes et territoires qu'ils occupaient. Non sans être accusés, par l'ONU et la France notamment, de commettre des "crimes de guerre" et d'avoir fait main basse sur les ressources du pays.

Lundi donc, et jusqu'au dimanche 27 mars, l'Assemblée nationale accueillera le Dialogue républicain dont l'objectif affiché se résumait jusqu'alors à "restaurer la paix et la sécurité". C'est seulement jeudi que les organisateurs ont diffusé une liste de cinq "thématiques", dont "Paix et sécurité", "Gouvernance politique, renforcement démocratique et institutionnel" et "Développement économique et social".

Mais les attentes concrètes restent floues. "L’objectif principal est de constituer un forum républicain autour des valeurs et principes de la République", avance Obed Namsio, président du comité d’organisation. "Cela débouchera sur des feuilles de routes, des textes de loi", assure Albert Yaloke Mokpeme, porte-parole de la Présidence.

Sur 450 à 500 participants attendus, nombre de cadres de l'opposition n'avaient toujours pas reçu d'invitation jeudi matin. La liste n'était toujours pas consultable. "Les entités conviées ainsi que les participants seront annoncés à la radio dans les prochains jours, c'est une tâche fastidieuse", explique à l'AFP M. Mokpeme.

- Satisfaire les bailleurs internationaux -

L'opposition ne semble avoir guère plus de visibilité sur la finalité. "Nous attendons de la sincérité, nous voulons un accord politique qui permettra de retrouver la paix", avance seulement Aurélien Simplice Zingas, représentant au comité d'organisation de la principale plate-forme de l'opposition, la COD-2020.

"Notre population souffre, il ne faut pas seulement des paroles mais aussi des actions", lâche Simplice Marigai, un prof de handball de 52 ans, dans une rue de Bangui. Nombre de passants ne savaient même pas qu'un "Dialogue républicain" doit se tenir...

"Le dialogue a deux buts", résume sévèrement Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale à l'Institut français des relations internationales (Ifri): "permettre aux acteurs de l’opposition de revenir au pays sans être arrêtés et satisfaire une des conditions émises par les bailleurs internationaux". "Ce qui compte dans le dialogue est donc moins ses conclusions que sa simple organisation", assène le chercheur. 

"Je ne pense pas que le dialogue change quoi que ce soit dans le pays, mais un dialogue, même symbolique, rassure la Banque mondiale", renchérit Roland Marchal, du Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris. "On fait la paix avec ses ennemis, pas ses amis; or la réconciliation n'intègre pas les groupes armés", conclut-il.

 

 

Centrafrique : le dialogue républicain convoqué du 21 au 27 mars à Bangui

https://www.radiondekeluka.org/ jeudi 17 mars 2022 07:40

C’est désormais officiel ! Le chef de l’Etat centrafricain a fixé, ce mardi 15 mars, la date de la tenue du dialogue républicain. Comme proposée par le Comité d’organisation, les assises se tiendront du 21 au 27 mars 2022. Le calendrier a été confirmé dans un décret lu sur les ondes de la radio nationale.

Le président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, a confirmé, ce mardi 15 mars, la date de la tenue des assises, initialement proposée par le Comité d’organisation. Ces pourparlers, d’après le décret lu sur les ondes de la radio nationale, se tiendront du 21 au 27 mars 2022 dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale à Bangui.

"Le président de la République, chef de l’Etat, sur rapport du président du comité d’organisation du dialogue, décrète : article 1er, le dialogue républicain est convoqué du lundi 21 au dimanche 27 mars 2022 à Bangui" a précisé le décret présidentiel.

Analyser les échecs des précédents dialogues

A cette occasion, les femmes centrafricaines souhaitent y être impliquées et que leur voix porte. Après avoir échangé entre elles, le samedi 12 mars à Bangui, elles veulent avoir un langage commun et unique durant ces assises afin de contribuer à un retour définitif de la paix en République centrafricaine.

"Nous avons organisé plusieurs dialogues dans ce pays mais nous n’avons obtenu rien de concret. Pour nous, il faut remettre sur la table les recommandations du Forum national de Bangui qui n’ont pas été vraiment prises en compte et c’est ce qui nous a ramenés en arrière. Nous ne pouvons pas toujours aller de dialogue en dialogue sans obtenir la paix" a fait remarquer Chantal Touabena, présidente de la Société civile de la République centrafricaine (SCRCA).

Débattre du chômage des jeunes

De son côté, le Conseil national de la jeunesse centrafricaine annonce qu’elle portera lors des discussions la question du chômage des jeunes.

"Des questions politiques sont toujours évoquées pendant ces pourparlers tout en oubliant que les premières victimes des crises en Centrafrique, sont toujours des jeunes. La situation des jeunes centrafricains doit être mise sur la table et qu’on en débatte surtout de l’éducation qui pose aujourd’hui problème. Les jeunes de ce pays doivent être accompagnés pour son relèvement" a insisté Pamela Audrey Derom, présidente du Conseil national de la jeunesse (CNJ).

Plus de 400 délégués issus de différentes entités de Bangui et des autres régions de Centrafrique sont conviées à ce dialogue républicain. Cependant, les groupes armés y sont exclus. Selon le comité d’organisation, les mouvements armés restés fidèles à l’Accord politique du 6 février 2019 poursuivront les discussions avec le gouvernement dans le cadre de cet accord. Par ailleurs, ceux qui ont rejoint la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), seront pris en compte dans le cadre de la feuille de route de Luanda initiée par la CEEAC et la CIRGL.

 

 

RCA: un Dialogue républicain, pour quoi faire ?

https://www.rfi.fr/  17/03/2022 - 08:41  17/03/2022 - 08:41 avec notre correspondant à BanguiCarol Valade

En Centrafrique, le dialogue républicain promis depuis de plus d’un an par le président Touadéra devrait débuter ce lundi 21 mars à Bangui. Une semaine durant, 450 participants censés représenter les « forces vives de la nation » devront débattre autour de grandes thématiques telles que la sécurité, la justice, la bonne gouvernance ou encore le développement. Les groupes armés sont exclus de cette concertation qui rassemble donc le pouvoir, l’opposition et la société civile. Sur la forme, l’organisation du dialogue semble bien avancée mais sur le fond, les objectifs et les résultats concrètement attendus restent encore un peu flous.

Objectif de ce dialogue : « réfléchir ensemble sur les maux qui gangrènent notre société », résume le président du comité préparatoire, Obed Namsio, avec une priorité pour le ministre d’Etat, « mettre un terme à l’insécurité qui règne depuis des années dans le pays ».

« Mais concrètement comment y parvenir sans dialoguer avec les rebelles comme le font les Tchadiens ? », interroge l’opposant Joseph Bendounga, qui lui refuse de participer à une concertation « en forme de plébiscite du chef de l’Etat pour modifier la Constitution ».

« Cette question n’est pas inscrite à l’ordre du jour », rétorque le ministre d’Etat Obed Namsio.

Dans les chancelleries, on se fait peu d’illusions quant aux résultats du dialogue mené par un pouvoir « en position de force et Principalement destiné à contenter les bailleurs de fonds », résume un diplomate.

La tenue du Dialogue fait en effet partie des conditions posées par les partenaires occidentaux pour maintenir leurs appuis financiers.

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