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Présidentielle : les diamants de Bokassa, le scandale qui a fait chuter Giscard d'Estaing

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https://www.rtl.fr/ RTL Flavie Flament & Capucine Trollion publié le 05/04/2022 à 12:03

 

Le 10 octobre 1979, "le Canard enchaîné" révèle l’affaire des diamants de Bokassa. Selon le journal, le dictateur Jean-Bedel Bokassa aurait remis en 1973 à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des Finances, une plaquette de diamants de trente carats.

Alors que nous nous rendons aux urnes ce 10 avril pour le premier tour de la présidentielle 2022, nous avons décidé de revenir toute cette semaine sur les grands évènements qui ont marqué les présidentielles de la Vème République.

En octobre 1979, Valéry Giscard d’Estaing est installé à l’Elysée depuis 5 ans. Le président a de quoi être satisfait : un an auparavant, son parti, l’UDF, a remporté la majorité lors des élections législatives. Tout s’annonce au mieux pour l’élection présidentielle qui aura lieu dans 2 ans. Valéry Giscard d’Estaing compte bien se succéder à lui-même, et cela semble être en bonne voie.

Mais c’était sans compter sur celui qui deviendra son pire cauchemar : le dictateur africain déchu, Jean-Bedel BokassaIl fût un temps, ancien, où ils étaient amis et rivalisaient de sobriquets affectueux pour se parler. Ce temps où "VGE" allait chasser l’éléphant au lever du soleil dans des réserves que le dictateur lui mettait à disposition, ce temps où la République française acceptait et organisait le couronnement de Bokassa comme empereur à vie de Centrafrique. Mais ça, c’était avant que le despote ne se rapproche du libyen Kadhafi et devienne infréquentable. 

En 1979, la France prépare le renversement de Bokassa au prix d’un coup d’État. Depuis, contraint à l’exil, Jean-Bedel Bokassa fulmine. Dans le viseur, son vieil ami qui l’a trahi : Valéry Giscard d’Estaing. Alors, il sort les vieux dossiers. 

L'impact du "déni compulsif" de Valéry Giscard d'Estaing

Dans les kiosques à journaux, ce 10 octobre 1979, tout le monde n’a d’yeux que pour le Canard enchaîné et son titre évocateur : Quand Giscard empochait les diamants de Bokassa. Selon le palmipède, le dictateur aurait remis en 1973 à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des Finances, une plaquette de diamants de trente carats dont la valeur est estimée à 1 million de francs. 

"C'est une tache indélébile sur le blason de la Giscardie (...) le couronnement de sa majesté impériale Bokassa Ier, ce sacre afro-napoléonien est une obscénité. Il suffit de visionner les vidéos d'époque pour mesurer qu'on a là une mascarade made in France", analyse Vincent Hugeux , journaliste indépendant, essayiste et enseignant à Sciences Po au micro de Jour J.

Un président qui s’est enrichi sur les cadeaux d’un dictateur africain, c’est très moche. L’opinion est choquée, la classe politique s’insurge, Valéry Giscard d’Estaing, lui, choisit d’opposer à la calomnie un silence méprisant. "Quand on y réfléchit aujourd'hui, l'arrogance, le déni compulsif de Giscard va élever au rang d'affaire d'État ce qui n'était qu'une sorte de largesse protocolaire banale", poursuit Vincent Hugeux, auteur de Tyrans d'Afrique- Les mystères du despotisme postcolonial. En effet, l'Élysée se refuse à tout commentaire ce jour-là, Giscard va s'exprimer 7 semaines plus tard. 

"VGE" répondra à la polémique deux mois plus tard

Et pendant ce temps, Jean-Bedel Bokassa jubile. S’il est tombé, Valéry Giscard d'Estaing tombera aussi et il s’emploie à lui savonner la planche jusqu’à la dernière minute de l’élection de 1981 qui consacrera François Mitterrand. "En fait, cette affaire existe car Valéry Giscard d'Estaing est soupçonné d'avoir gardé les diamants de Bokassa et donc de s'enrichir personnellement, car on n'avait pas de trace de ces diamants", souligne Flavie Flament au micro de Jour J.

"À l'époque, le chef d'État n'est pas soumis aux astreintes de tous citoyens, par exemple déclaration en douane des cadeaux ou des achats faits à l'étranger. Mais, il [VGE, ndlr] va en réalité s'enferrer surtout dans le mépris et dans le déni", renchérit Vincent Hugeux. 

"Certains de ses conseillers lui suggèrent pour tuer dans l'œuf la polémique naissante de faire une mise au point factuelle (...) il s'y refuse, car ce n'est pas à la hauteur de l'image qu'il se fait de lui-même. Et donc c'est à reculons qu'il va finir près de deux mois plus tard, par répondre aux questions embarrassées de deux journalistes en fin d'interview. Et croyant ainsi se délester de ce fardeau, en fait, il ne fait que l'alourdir", conclut-il.

 

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