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Science: comment mieux valoriser la recherche africaine

 

https://www.rfi.fr/ 27/06/2022 - 13:17 Avec notre correspondante à Johannesbourg, Claire Bargelès

 À l'occasion de la Conférence mondiale sur l’intégrité au sein de la recherche, organisée au début du mois en Afrique du Sud, les chercheurs du continent ont demandé davantage d’égalité dans les collaborations scientifiques entre l’Afrique et les pays occidentaux. Selon eux, certaines mauvaises pratiques persistent encore.

Originaire du Zimbabwe, Edmond Sanganyado est spécialiste des questions de pollutions chimiques. Désormais enseignant à l’université de Northumbria, en Angleterre, il observe régulièrement des problèmes autour de la façon dont sont conduites les recherches en Afrique : « Il y a ce qu’on appelle la " recherche hélicoptère ", où des scientifiques occidentaux arrivent en Afrique, font leurs recherches, puis rentrent chez eux et publient leur travail, sans échanger avec les chercheurs locaux. Ces scientifiques occidentaux ne vont pas forcément comprendre le contexte africain et leurs recommandations ne seront pas toujours adaptées au terrain. »

Et lorsque les chercheurs locaux sont associés, leur rôle n’est pas forcément valorisé. « Les chercheurs africains sont souvent réduits à collecter les données, et parfois ils ne sont pas bien identifiés comme contributeurs de la recherche », continue Edmond Sanganyado.

Un groupe de chercheurs travaille désormais sur la « déclaration du Cap », un texte qui doit compiler les bonnes pratiques. « J’espère que cela permettra de mettre en lumière les inégalités auxquelles les scientifiques des pays à revenus faibles et modérés sont confrontés. Ils ont de nombreux défis qui concernent l’analyse de leurs données, leur publication dans des délais raisonnables. C’est presque comme si on ne faisait pas confiance à leurs données », déclare Glenda Gray, présidente du Conseil sud-africain de la recherche médicale.

 « La crédibilisation du chercheur africain passe par l’extérieur »

La revue The Lancet a déjà annoncé vouloir être plus vigilante et refusera tout papier qui ne reconnaîtrait pas la participation de chercheurs locaux pour des études effectuées en Afrique. Le très respecté journal scientifique médical britannique souhaite faire respecter l’intégrité et l’équité des travaux scientifiques qui, trop souvent, oublient les scientifiques africains.

Pour le chercheur Rachid Id Yassine, chercheur à l’université sénégalaise Gaston Berger et coordinateur de la nouvelle revue Global Africa, la source du problème de la recherche africaine est avant tout structurelle. « L’une des premières sources majeures, c’est celle du financement de la recherche. Dans les pays du Nord, les investissements dans la recherche par le secteur privé, mais également par la recherche publique, sont beaucoup plus massifs et colossaux. En revanche, sur le continent africain, ce sont les acteurs politiques et les décideurs politiques eux-mêmes qui sous-investissent dans la recherche scientifique », explique-t-il au micro de Sébastien Németh du service Afrique de RFI.

 « Les chercheurs africains sont en général mobilisés ou sollicités de manière pas suffisante, ou en tout cas de manière très peu crédible. On fait appel généralement à des cabinets de consultants à l’étranger ou à des chercheurs qui ont un parcours à l’étranger ou en dehors du continent, plutôt que de faire confiance à la recherche africaine elle-même. C’est-à-dire que la crédibilisation du chercheur africain passe par l’extérieur et c’est l’un des problèmes fondamentalement africains avant d’être celui du reste du monde », souligne Rachid Id Yassine.

« La crise est à plusieurs niveaux. Il y a un niveau local dans lequel, effectivement, les moyens de former de bons chercheurs sont insuffisants, et au niveau continental, les disparités sont très fortes en fonction des différents États et gouvernements, même des différentes institutions sous régionales. Il n’y a pas de politique scientifique africaine fondamentalement comme on pourrait avoir une politique européenne de la recherche scientifique » conclut le chercheur.

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