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La France révise sa stratégie en Afrique de l'Ouest pour faire face au djihadisme

Lu pour vous

 

https://www.slate.fr/ Pierre Coudurier — Édité par Natacha Zimmermann — 8 août 2022 à 9h44

Depuis son départ du Mali, en février, la France a perdu le centre névralgique de son dispositif militaire. Paris cherche désormais à consolider les liens avec le Niger et les pays du golfe de Guinée, où Bénin et Togo subissent de plus en plus d'attaques djihadistes.

De la présence française au Mali, il ne reste plus grand-chose. Huit années de déploiement militaire, mobilisant plus des deux tiers des troupes françaises déployées à l'étranger, auront coûté 880 millions d'euros rien que pour l'année 2020.

Il est néanmoins certain que la France dispose toujours d'un enracinement au Sahel. Mais si l'ancienne puissance coloniale garde des bases aériennes à Niamey, au Niger, et à N'Djaména, au Tchad, ces dernières années, le centre névralgique du dispositif militaire a bien été le Mali. Et plus précisément le nord du pays.

La Russie plutôt que la France

Échappant au contrôle de l'État central, c'est de là qu'est partie l'insurrection de groupes armés qui visait, en 2013, à faire tomber le gouvernement. Si la France a bien réussi à stopper net cette avancée, elle s'est ensuite enlisée en tentant vainement de combattre des djihadistes insaisissables, rompus aux techniques de guérilla, dont les effectifs sont sans cesse renouvelés et qui se dissimulent dans l'immense zone dite «des trois frontières»: Mali, Burkina Faso, Niger.

«Une guerre contre une insurrection ne peut être remportée qu'avec une volonté nationale, comme cela a été le cas en Mauritanie [le pays n'a pas connu d'attaques djihadistes depuis 2011, ndlr]», estime Pascal*, un officier supérieur déployé à plusieurs reprises dans le pays.

Enfin, deux coups d'État perpétrés en moins d'un an, en 2021, ont porté au pouvoir une junte militaire hostile à Paris, qui a décidé de faire appel à Moscou et à la société paramilitaire Wagner, sonnant le glas de l'opération Barkhane, officialisé en février 2022. Accueillie en libératrice en 2013, la France est mise dehors, et contrainte de repenser son logiciel. Cet engrenage est comparable à ce qui s'est produit en République centrafricaine, où après l'opération militaire française Sangaris (2013-2016), le pouvoir a là aussi décidé de se lier à la Russie.

Faire revivre l'esprit «Takuba»

Ce changement de paradigme fragilise la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), créée en 2014, et qui rassemblait 5.000 hommes jusqu'au départ du Mali le 15 mai dernier. Aujourd'hui, le Tchad et le Niger tentent de revitaliser la force avec le soutien de la France et de fonds européens.

La deuxième victime collatérale de la fin de l'opération Barkhane est la task force «Takuba», une agrégation de forces spéciales européennes créée en mars 2020. Toutefois, «la France a la volonté de faire perdurer l'esprit “Takuba”, afin de faire avancer dans le même temps la défense européenne», décrit Pascal, lui-même chargé d'opérations de logistique lors de l'implantation de la force à Gao, au Mali.

«L'objectif pour des pays comme l'Estonie ou le Danemark est d'effectuer un baptême du feu, afin d'éviter d'être des armées sociales comme on en voit dans 80% des pays européens. Les forces ont eu des bons retours d'expérience et la réflexion continue pour faire renaître l'esprit “Takuba”.»

Le Niger, un allié important

Le dispositif français se repositionne donc, notamment au Niger, pays encerclé par les groupes terroristes, et devenu le meilleur allié de la France dans la région. «Le président nigérien, Mohamed Bazoum, est très déterminé et compétent, contrairement à Ibrahim Boubacar Keïta, l'ancien chef d'État malien renversé par la junte [en août 2020, ndlr]», affirme Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, au Sénégal ou encore en Gambie.

Sur la base militaire de Ouallam, au Niger, non loin de la frontière malienne, des légionnaires français en képi blanc travaillent ainsi avec les soldats nigériens. Toutefois, seul le drapeau orange, blanc et vert nigérien trône au dessus de la base, selon l'Agence France-Presse.

Un partenariat discret donc, en dépit des déclarations du président nigérien Mohamed Bazoum, pourtant partisan d'une coopération «totalement décomplexée» avec Paris. «Bazoum est très francophile et il sait que la France est en capacité de l'aider de façon importante, mais il n'est pas tout puissant, et le Niger est le pays de tous les dangers car gangrené par l'islamisme, la pauvreté et une démographie incontrôlable

Ce nouveau partenaire central peut aussi compter sur la pièce maîtresse de la lutte antiterroriste, qui permet de neutraliser 40% des combattants djihadistes: les drones américains Reaper, déployés sur la base militaire d'Agadez, deuxième plus grande base des États-Unis en Afrique après Djibouti, où la France est elle aussi présente.

 «Toujours est-il que le concept de la présence militaire française au Sahel doit évoluer dans le sens de la discrétion», renchérit Nicolas Normand. «Les autorités locales doivent communiquer seules, tandis que les forces françaises restent en deuxième ligne.» Les drones font partie intégrante de cette stratégie.

Faire face aux menaces

Depuis 2015, les forces djihadistes se sont étendues progressivement dans les pays du golfe de Guinée, situés à la limite de la zone sahélienne, notamment dans des parcs nationaux et zones rurales peuplées de populations musulmanes. Le Bénin et le Togo font l'objet d'attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières. Elles sont attribuées à Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn (JNIM), un groupe armé lié à Al-Qaïda et formé au Mali.

La France, qui a toujours des éléments déployés au Sénégal, au Gabon et en Côte d'Ivoire, veut intensifier sa coopération dans la sous-région, comme en témoigne la visite d'Emmanuel Macron à Cotonou, au Bénin, le 27 juillet dernier. «Ce que nous voulons faire, c'est bâtir ensemble de manière très concrète la rénovation de la présence française et de ce partenariat en appui, en soutien: formation, équipement et accompagnement», a déclaré le président français.

En outre, un nouvel instrument européen intitulé «facilité européenne pour la paix» va l'aider dans cette tâche. Il permet de financer les aides bilatérales directes et ainsi de financer les salaires, achats d'armes et munitions. «C'est une révolution institutionnelle très importante», affirme Nicolas Normand. «Le mécanisme devrait être appliqué en Afrique de l'Ouest pour renforcer, grâce à des fonds européens, les armées du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire ou encore du Bénin.»

Emmanuel Macron doit, en outre, participer en octobre à une réunion de l'Initiative d'Accra, qui réunit les pays du golfe de Guinée ainsi que le Burkina Faso. Une volonté de coordination pour faire face aux menaces donc, et pour la France une manière de réinventer sa stratégie militaire et politique en Afrique de l'Ouest.

*Le nom a été changé.

Wagner au Mali. Emmanuel Macron règle ses comptes avec Vladimir Poutine à Cotonou, et avertit l’Afrique.

 

 La tournée africaine de Emmanuel Macron se poursuit ce mercredi 27 juillet 2022. Le Président français, est à Cotonou.    Après les échanges à huis clos avec le président du Bénin Patrice Talon,   Emmanuel Macron a répondu aux questions des médias locaux et étrangers.   Interpellé sur le nouveau redéploiement militaire de la France en Afrique, et une possible coupure imminente du gaz russe, Macron s’est prononcé sur la guerre en Ukraine, et les agissements de Wagner au Mali. Pour lui, Poutine a commencé une « nouvelle guerre mondiale hybride ».

Emmanuel Macron soutient à Cotonou, que la Russie a déclenché un nouveau type de guerre mondiale hybride. « La Russie a décidé que l’information, l’énergie, et l’alimentation étaient des instruments militaires, mis au service d’une guerre impérialiste continentale contre l’Ukraine ». Pour lui, l’offensive en Ukraine est une guerre que l’Europe ne pouvait imaginer. ‘’C’est une guerre du début du 19ème  voire du 20ème siècle’’ . Emmanuel Macron peint alors la  Russie comme la  dernière  puissance  coloniale,  qui décide d’envahir un pays voisin pour y défendre ses intérêts. Le président français avertit donc l’Afrique, en insinuant que les russes tiennent un autre discours devant leurs partenaires (Ndl).

Par ailleurs, Macron accuse la Russie d’organiser également des campagnes de désinformation, à travers des tournées diplomatiques  et les médias . La Russie utilise RT et Spoutnik comme  des outils de propagande. Le président français, affirme que les journalistes russes ne sont pas libres de leur opinion. Ils sont au service  d’un régime et  payés. Emmanuel Macron confie que les russes font du chantage sur l’alimentation, en bloquant les céréales en Ukraine, et en fixant les prix selon leur bon vouloir. « Ils font pareil pour l’énergie avec les Européens ». Il espère cependant , que la Russie retrouvera bientôt le sens de la raison et de la responsabilité.

Pour finir, il a  évoqué la présence de Wagner au Mali qui constitue l’une des raisons du départ des troupes  françaises de ce territoire. Le cadre de l’action des forces françaises à Mali n’existait plus. La junte au pouvoir a changé de priorité et opère avec la complicité de Wagner, a clarifié Emmanuel Macron .

 

 

 

Mali : le redéploiement à marche forcée de l’opération Barkhane

Paris soigne ses relations avec ses partenaires de la région du Mali, face à l’hostilité de la junte malienne. Les derniers militaires français auront quitté le Mali à la fin de l’été.

 

Par Bertrand Gallicher Franceinfo

 

 

Le nouveau commandant de la force Barkhane, le général Bruno Baratz, est venu mardi 2 août remercier le président du Niger pour le soutien qu’il apporte à l’armée française dans son retrait du Mali.

Le Nigérien Mohamed Bazoum est un allié précieux de la France, dans cette dernière phase de retrait des militaires français du Mali, une manœuvre logistique sensible. Le nouveau patron de Barkhane en a conscience, lorsqu’il remercie chaleureusement le dirigeant nigérien pour son appui. Plusieurs milliers de conteneurs français doivent encore transiter par l’ouest du Niger, afin d’évacuer les derniers matériels de la base de Gao, au Mali.
Le déplacement de convois militaires au Sahel est toujours risqué. En novembre 2021 – en sens inverse – des véhicules militaires partis d’Abidjan pour Gao avaient été bloqués par des manifestants. Trois d’entre eux avaient trouvé la mort lors de tirs d’origine indéterminée. Les convois militaires, qui peuvent atteindre en ce moment 10 km de long, perturbent la circulation au Niger comme au Burkina Faso.

Un retrait français du Mali à la fin de l’été

Tout est mis en œuvre pour que le dernier soldat français ait quitté le Mali dans les semaines qui viennent. Le but étant aussi de réduire de moitié la présence française dans la région, désormais limitée à 2 500 hommes répartis entre le Niger et des pays du golfe de Guinée.

La France n’a d’ailleurs pas d’autre choix, compte tenu des relations exécrables entre Paris et Bamako. Il y a trois jours encore, la junte au pouvoir au Mali s’en est pris directement à Emmanuel Macron pour "exiger du président français qu’il abandonne sa posture néocoloniale, paternaliste et condescendante". En réalité, le gouvernement malien se retrouve aujourd’hui dans une impasse politique, sécuritaire et diplomatique, après avoir poussé dehors les militaires français. Le nationalisme attisé par la junte contre la présence française ne suffit plus à fédérer la population malienne, qui commence à s’inquiéter de l’avenir du pays après le départ des soldats français, et à en comprendre les conséquences.

Le groupe de mercenaires russes Wagner appelé en renfort par le Mali est accusé d’exactions en tous genres, et l’armée malienne ne parvient pas à freiner l’avancée des jihadistes. Sur le plan international, les putschistes au pouvoir à Bamako sont largement isolés. Dimanche 31 juillet, l’Algérie à son tour les appelait à organiser des élections dans les meilleurs délais.

 

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